Vous l’aurez deviné : j’aime les grenouilles.
Petite fille, j’étais une infatigable chasseuse de grenouilles et de crapauds. J’avais, en fait, une nette préférence pour ces derniers, que je jugeais plus petits, plus mignons et plus malléables. Je rapportais régulièrement ces aimables bestioles à la maison afin de les offrir à ma mère, comme le ferait un chat. J’aimais leur poids agréablement réparti dans ma main ouverte... c’était un peu comme tenir à plat sur la paume un galet poli par la mer. J’aimais la fraîche douceur de leurs petites pattes et de leurs ventres rebondis. Les grenouilles étaient toujours très calmes, se laissaient manipuler sans frayeur, me semblait-il (mais qui peut savoir ce que ressent au juste une grenouille?) Je les libérais après quelques heures, les déposant à l’endroit précis où je les avais trouvées.
Il n’y avait ni étang ni sous-bois près de notre maison. Je découvrais toutes mes grenouilles dans le champ de l’Hydro qui s’étendait derrière chez nous, à Sainte-Foy. Allez savoir ce qu’elles faisaient là...
Un peu plus tard, j’ai mis au point, à la base de plein air Jouvence, un moyen de « pêcher » la grenouille. Il suffisait de se munir d’une drôle d’herbe coiffée d’une petite boule brune et d’agiter ladite boule à la surface de l’eau. En un clin d’œil, une grenouille bien verte surgissait et mordait à l’appât. Suspendue au bout du long brin d’herbe, elle se voyait alors hissée hors de l’eau afin que je puisse la contempler. Gigotante et incrédule, la grenouille pouvait se balancer ainsi un certain temps dans les airs avant de comprendre son erreur, d’ouvrir la bouche et de retomber à l’eau. C’est bête, une grenouille : je pouvais attraper la même plusieurs fois de suite.
Il y a quelques années, lors d’un stage culturel en Martinique, j’ai eu la joie de découvrir, au hasard d’une promenade nocturne au sommet d’un morne, des dizaines de crapauds de la taille d’un ballon de plage. J’ai voulu en prendre un dans mes bras. Placide, la bête s’est laissée faire. Ce fut pour moi un intense moment de bonheur et d’émerveillement : je tenais entre mes mains le plus gros crapaud du monde! Car oui, c’était un crapaud bœuf. Un Bufo marinus, pour les scientifiques parmi vous. Le poids de l’animal était imposant. Je l’ai remis sur le sol, me contentant ensuite de l’admirer. Un gros crapaud est tout de même plus intimidant qu’un petit.
J’ai appris, depuis, que certaines grenouilles sont toxiques au contact. Ce n’était heureusement pas le cas du Bufo marinus, bien qu’il soit hautement toxique si on s’avise de vouloir le manger. Quoi qu’il en soit, sans doute ne me risquerai-je plus à attraper des espèces exotiques.
J’aimerais bien, un jour, avoir une belle grenouille rouge ou bleue, dont je prendrais soin. Elle bénéficierait d’un grand vivarium et aurait le plaisir de chasser elle-même les insectes que je lui fournirais. Joyeuse perspective que celle-là!
Ceci dit, en bonne herpétophile, j’aime aussi les serpents et les lézards.
Vos commentaires sont toujours les bienvenus!
Marie, le mercredi 5 janvier 2005 à 16:46 :
que l'on n'en conclue pas que, pour ma part, j'aime les choses vertes et poilues!
Valérie G., le jeudi 6 janvier 2005 à 11:07 :
Anne-Marie aime les grenouilles. Géniale celle-là. Je pensais connaître un brin la Anne-Marie amoureuse de plein d'affaires, mais de crapauds boeuf, ça, jamais. Tu es courageuse, tu sais. Avoir pris dans tes le plus gros crapaud du monde, c'est héroïque.
Moi, je n'aime pas les grenouilles, sauf, peut-être, les petites rainettes, minuscules et sèches, à mille lieues d'un gros crapaud dodu. J'ai toujours été comme ça. Et ce n'est pas parce que je n'ai jamais fréquenté la grenouille. Au contraire, ton bel hommage à la gent amphibienne m'a fait revivre mes souvenirs d'enfance avec mes cousins au chalet de mes parents. Un chalet dans le bois, avec plein d'étangs pleins de (ouach!) grenouilles grouillantes. Avec mes deux cousins un brin fous, "Jackass" avant l'heure, on s'embarquait dans de joyeuses combines allant du sacrifice de l'écrevisse - Dieu ait son âme - jusqu'au "jump" de roches en bicycle (exercice téméraire qui a d'ailleurs eu raison de ma clavicule à cette douce époque où Michael Jackson était encore noir et que Ronald Reagan régnait sur l'Amérique). Mes cousins, eux, ils aimaient les grenouilles. Pas moi. Pourtant, je crois que pendant ces années, j'ai su communiquer un brin avec la nature. Amenez-en des cabanes dans les arbres, des feux de camp gros de même, des ratons-laveurs et autres truites arc-en-ciel. Mais des grenouilles....j'ai toujours eu, comme qui dirait, un sérieux blocage. Je crois que je n'ai jamais su les aimer. Pourtant, elles ne m'ont jamais rien fait. Heureusement qu'un texte comme le tien existe, pour leur rendre justice et ainsi, peut-être, compenser pour le mépris que j'ai toujours bassement éprouvé pour elles. Au nom de tous les batraciens de la Terre, merci!
Daniel Rondeau (visitez son site), le mardi 16 août 2005 à 22:39 :
Eh bien, je commence à peine à découvrir ton blogue que déjà j'y passe pas mal de temps!
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Un projet Takefu qui grouille et qui grenouille.