Anne-Marie, takéfactrice

Femmes disparues

mercredi 15 mars 2006 à 13:34 | Désarroi | Permalien

Avez-vous déjà entendu parler du phénomène des avortements sélectifs, en Inde?

Selon les dernières données, il manquerait actuellement plus de 40 millions de femmes dans ce pays, 40 millions de femmes disparues, qui n’ont pas eu le droit de naître uniquement parce qu’elles étaient des femmes. C’est qu’une fille coûte cher : il faut la marier, lui trouver une dot. À l’opposé, un garçon rapporte : il recevra une généreuse dot au moment de son mariage et pourra ainsi prendre soin de ses parents devenus vieux. Un ancien dicton ne dit-il pas qu’« élever une fille, c’est comme arroser une plante dans le jardin de son voisin »?

Aujourd’hui, les Indiens commencent à avoir du mal à se trouver une épouse, faute de jeunes femmes. Alarmé par la situation, le gouvernement indien a interdit aux médecins échographistes de révéler aux parents le sexe du bébé, et les sanctions prévues pour les contrevenants sont sévères. Mais cette pratique étant fort lucrative, bien rares sont les médecins qui sont disposés à se priver d’un tel revenu. En outre, la demande pour « le test » n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Les femmes elles-mêmes refusent d’avoir des filles. Les raisons en sont nombreuses : il y a la question de la dot, bien sûr, mais il y a aussi que la société considère les femmes responsables du sexe de leurs enfants. Avoir une fille est perçu comme une défaillance personnelle. De plus, plusieurs femmes ne désirent pas que leurs filles aient une vie comparable à la leur (il semblerait qu’il ne fasse pas bon être une femme, en Inde). Enfin, les femmes refusant de se faire avorter sont souvent victimes de représailles dans leur belle-famille.

À ces avortements s’ajoutent les nombreux infanticides (filles tuées à la naissance) et abandons recensés dans ce pays. Les orphelinats débordent de filles. On n’y trouve pratiquement aucun garçon.

La situation serait tout aussi préoccupante au Pakistan et en Chine.

Pour l’instant, on table sur l’éducation pour faire changer cette mentalité. Si les progrès ainsi obtenus sont lents, voire quasi inexistants pour le moment, c’est la seule solution que voient les groupes humanitaires et féministes présents sur le terrain, les interdictions et les sanctions légales et religieuses s'avérant infructueuses.

C’est avec beaucoup de tristesse, de colère et d'impuissance que je m’intéresse à ce dossier depuis maintenant quelques années. Il va sans dire que le sujet me touche encore davantage, maintenant que je m’apprête à mon tour à donner la vie. Je lance donc un appel.

Pour en savoir plus et pour aider : http://www.unfpa.org

Commentaires

Vos commentaires sont toujours les bienvenus!

Marie, le mercredi 15 mars 2006 à 15:12 :

Il ne faut pas oublier que le mariage des garçons est encore compliqué par le fait que, bien souvent, il est impossible de se marier en dehors (ou trop en dehors) de sa caste.

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