Mercredi après-midi. J’étais occupée à changer ma fille de couche quand elle s’est subitement mise à vomir en jet. Saisie, j’ai abandonné ses fesses pour m’emparer de sa tête et la tourner sur le côté. Un deuxième jet a alors suivi le premier. C’était impressionnant et complètement nouveau pour moi. Profondément bouleversée mais calme et souriante en apparence, je me suis affairée à apaiser, rassurer, laver et changer ma pauvre petite chouette, puis à nettoyer le plancher et la table à langer. Ensuite seulement ai-je téléphoné à Info-Santé. On m’y a conseillé de me rendre à l’Urgence le plus vite possible. Eh merde.
Nous voilà donc partis pour l’hôpital, mon homme, ma fille et moi, traînant avec nous un sac à couches bien rempli en prévision de moments potentiellement difficiles. Ophélie gazouille, sourit de toutes ses gencives, gigote. Elle n’a pas de fièvre, arbore un beau teint, ne présente aucun signe de maladie. Mais il faut y aller, m’a-t-on dit.
En chemin, nous convenons de nous installer dans le coin le plus reculé, à notre arrivée, le plus loin possible des autres patients, afin de ne pas hériter de problèmes supplémentaires. Seulement, sur place, notre plan s’avère irréalisable. En effet, l’Urgence est bondée. Partout, des bébés et des bambins en pleurs, des parents inquiets. Je suis horrifiée. Pourquoi autant de bébés? Y aurait-il une épidémie en cours? Mon premier réflexe, si je m’écoutais, serait de tourner les talons, d’arracher ma fille à ce répugnant nid de microbes, mais je me raisonne, nous entrons et prenons place au beau milieu du chaos. Serrant Ophélie dans mes bras, je zyeute les environs. Dans un coin, un bébé aux joues écarlates vomit copieusement sur le plancher, soutenu par une maman désespérée. Non loin de nous, une fillette à l’air triste présente une éruption cutanée de vilain aspect qui m’emplit de crainte. Derrière nous, un petit garçon tousse d’alarmante façon. Dans mes bras, ma fille gazouille et sourit, pimpante, en pleine forme.
On nous appelle au triage. L’infirmière y va de ses questions, de la pesée, du thermomètre, et nous informe que notre fille ne sera pas considérée comme un cas prioritaire. L’attente sera longue, nous prévient-elle. Je m'étonne : je croyais que les bébés de moins de six mois étaient automatiquement considérés comme des priorités, quel que soit la gravité de leur état. Elle m’affirme qu’il n’en est rien. Je lui demande si elle nous recommande tout de même de rester, elle me répond par l’affirmative. Bon. Nous retournons nous asseoir, consternés.
Je regarde autour de moi. C'est l'horreur. Les bébés pleurent, les parents sont inquiets. Certains sont visiblement furieux.
– On s’en va, décrète-je.
Soulagé, mon homme emmitoufle la petite, l’installe dans son siège d’auto et sort m’attendre à l’extérieur tandis que je vais poliment prévenir l’infirmière du triage de notre départ. L’air courroucé, elle m’explique alors sans détours que je prends une décision irresponsable et me demande mes raisons.
– Attendre cinq ou six heures avec un bébé de trois mois, c'est trop long. Elle va pleurer sans arrêt et…
– Mais tous les bébés qui sont ici pleurent, madame, m’interrompt-elle sur le ton condescendant de l’évidence.
– Écoutez, je sais que ce n’est pas de votre faute, dis-je doucement (après tout, un instant plus tôt, ne se faisait-elle pas engueuler par un papa en colère?), mais l’attente est beaucoup trop longue, voilà tout.
– C’est sûr, il n’y a qu’un seul médecin! s’écrie-t-elle, mécontente.
– Ah bon! Un seul médecin! Vous voyez bien que ça n'a pas de bon sens! D’ailleurs, vous le dites vous-même : l’état de ma fille n’est pas inquiétant. Je ne veux pas lui faire subir ça inutilement. En plus, il y a des bébés sérieusement malades, ici. Je ne veux pas prendre le risque qu’elle attrape quelque chose.
– Bon, conclut-elle dédaigneusement avant de noter dans son rapport : « Mère ne veut pas rester, malgré avis contraire ».
Comme ça, si besoin est, je pourrai être accusée de négligence. Génial.
…
Je vous le demande, qu’est-ce qui est vraiment irresponsable? Renoncer à voir un médecin quand il ne semble pas y avoir urgence ou attendre des heures avec un bébé dans un endroit bourré d’enfants malades?
Foutu système.
Vos commentaires sont toujours les bienvenus!
Mo, le samedi 16 décembre 2006 à 08:44 :
Si jamais à l'urgence, un bébé de trois mois pimpant et gazouillant passe en priorité devant mon garçon de deux ans et demi, avec de la fièvre, bobo zoreilles et beaux yeux tristes, tout malade qu'il soit, c'est moi qui l'inviterai à « tout casser » dans la salle d'attente.
Anne-Marie, le samedi 16 décembre 2006 à 15:38 :
Le Laboranteau est donc malade?
Anne-Marie, le samedi 16 décembre 2006 à 15:55 :
Tu admettras néanmoins, Mo, que le système immunitaire d'un bébé de trois mois est peu susceptible de lui permettre de lutter contre tous ces microbes et que plusieurs maladies pas si graves plus tard peuvent être dangereuses à cet âge. Ceci dit, ce qui m'a surprise, ce n'est pas tant que l'on ne donne pas priorité aux tout petits bébés, mais bien que l'on considère irresponsable que dans ces conditions, je choisisse de partir. Si Ophélie avait été vraiment malade, je serais restée.
Marie, le dimanche 17 décembre 2006 à 05:26 :
info-santé nous envoie toujours à l'hôpital dès qu'il y a possibilité que ça soit grave. Ensuite, je crois que ce sont les infirmières de triage qui sont en mesure d'évaluer le cas des bébés et de leur assigner une priorité.Sans présence de fièvre et autres symptômes inquiétants, je crois qu'il est normal qu'Ophélie ait été classée comme non prioritaire.
Mo, le dimanche 17 décembre 2006 à 07:42 :
Je suis loin d'être certaine que les bébés soient si fragiles, surtout quand ils sont allaités et que leur mère participe de ses propres anticorps au combat du petit. En outre, contrairement aux enfants plus vieux, ils ne touchent à rien d'autre qu'à leur mère (qui n'a qu'à bien se purelliser), ils ne vont pas aux toilettes, ils n'explorent pas leurs cavités nasales de leurs petits doigts pleins de méningite, ils ne se roulent pas par terre sur un lit de gastro quand on leur demande quelque chose, ils ne se font pas des tinamis d'infortune choléreux, bref, le pire qui peut leur arriver, c'est de respirer les miasmes de l'urgence (ou si c'est à l'urgence de St-Luc, l'odeur de robine des itinérants venus passer la nuit au chaud)
Thierry Pon (visitez son site), le mardi 19 décembre 2006 à 09:15 :
Si tu appelles Info-Santé ils vont probablement t'envoyer à l'hôpital peut-importe la raison. Comme ça, si après il y a un problème (relier ou non) ça les protège. Et c'est la même chose à l'hôpital. Si ils te disent que tu peu retourner chez toi, et qu' en quittant l'hôpital tu échappes ton bébé par terre, tu pourrais en vouloir à l'hôpital et dire que c'est de leur faute.
Il me semble que c'est reconnu que les bébés vomissent. Je dirais même que c'est rare un bébé qui ne vomis pas. J'ai pas d'enfants, mais pourtant des bébé m'ont déjà vomi dessus.
La société en générale essaie de nous faire sentir coupable. C'est un bon moyens pour nous contrôler.
Anne-Marie, le mardi 19 décembre 2006 à 18:01 :
Tous les bébés régurgitent. Or, il ne s'agissait pas de régurgitations, mais d'authentiques vomissements, tout à fait comparables à ceux d'un adulte. Enfin, l'important, c'est qu'elle va bien maintenant.
TY, le dimanche 24 décembre 2006 à 17:32 :
Y avait-il des carottes dans son vomi?
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