Browse happy, un mini-site lancé très récemment par le WaSP, s'adresse aux utilisateurs d'Internet Explorer et vise à promouvoir le passage aux fureteurs « alternatifs ». Initiative louable, certes, et d'ailleurs abondamment louée (sur Clagnut, Standblog et Digital Web Magazine, par exemple). L'auteur s'est directement inspiré de la mémorable campagne Switch d'Apple — avec peut-être un peu plus de subtilité que l'émule firefoxienne, qui, disons-le, frôle la caricature — mais quelque chose me laisse tout de même dubitatif.
D'abord, l'aspect très, euh... gris du site. Sincèrement, si l'on désirait me convaincre que le soleil brille plus fort du côté des Firefox, Safari et Opera, il me semblerait plus avisé d'utiliser une palette de couleurs conséquente. Pour le moment, le design mis en ligne fait pratiquement baisser la température de la pièce. On me dit browse happy, mais j'entends browse depressive.
D'autre part, comment diable expliquer le choix des photos des usagers migrateurs? Browse happy est le fruit du bénévolat, je veux bien l'admettre, mais un minimum d'attention à la qualité des photos m'apparaît essentiel dans un projet de relations publiques tel que celui-ci. Or, non seulement les sujets retenus arborent un teint rien moins que cadavérique, mais ils ont tous une imbuvable tête de geek (sans compter que ce sont tous des hommes). Désolé, je ne peux pas m'identifier à de tels types. Peut-être suis-je trop habitué aux photos éhontément incitatives des sites corporatifs, mais au moins le contenu non verbal véhiculé par ces dernières est un tant soit peu valorisant. Dans tous les cas, l'équipe de BH semble avoir fait peu de cas de la diversité de son public cible.
Parlant de public cible, je crois qu'il reste du travail à faire avant que BH puisse aspirer à une plus large diffusion. Contrairement aux sympatiques monsieur-madame-tout-le-monde d'Apple, aucun des six bonhommes qui tentent de nous vendre leur salade ne semble avoir un usage réellement « grand public » de son ordinateur. Ce sont tous des power users qui nous parlent dans un langage d'initié, avec moult termes techniques qui ne sont ni à la portée de tous, ni intéressants per se; chacun, par ailleurs, tient à nous faire savoir que sa quête a été longue et douloureuse, et que c'est avec l'énergie du désespoir qu'il a courageusement fait le grand saut. Ce n'était pourtant pas le but du projet. Selon sidesh0w :
Browse Happy was intended to be the kind of site to which you could point your parents, your grandparents, or non-technical friends: our aims are to show them that there are choices available, and that people like them can easily switch.
Oups.
Malgré tout, comme je l'ai d'abord mentionné, l'initiative est louable et je la salue. Quelqu'un, quelque part, devait bien finir par tenter une réplique positive et optimiste aux innombrables coups bas de Microsoft. Qui de mieux placé que le Web Standard Project pour le faire? La maladresse du départ ne peut de toute façon être que temporaire, étant donné l'indéniable talent de ceux qui gravitent autour du projet. Souhaitons donc humblement bonne chance à l'entreprise.
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