En petits morceaux

Concert intime

Samedi 2 octobre 2004 à 12:18 | Musique | Permalien

Ma douce moitié et moi avons eu la chance dimanche dernier d'assister à un concert du Quatuor Cartier accompagné par Daniel Taylor (contre-ténor) et Suzie LeBlanc (soprano) à la Chapelle historique Bon-Pasteur de Québec. Quand je dis la chance, je pèse mes mots.

Quelle fabuleuse soirée... Non seulement les membres du jeune quatuor québécois sont-ils bourrés de talent, mais ils savent en plus composer un programme à faire baver de plaisir. Imaginez Haydn, Haendel, Gluck, Mozart, Glass, Pärt, Mahler, Strauss et Gershwin en deux heures! Ils paraissaient en outre très heureux d'avoir Daniel Taylor et Suzie LeBlanc à leur côté.

Ces derniers, comme toujours, nous ont gratifiés de prestations émouvantes, d'une beauté à couper le souffle. Et un peu déstabilisantes, aussi : Taylor et LeBlanc, deux des plus emblématiques représentants de la scène baroque québécoise, ne font pas souvent incartade dans les répertoires plus récents. Les lieder pour voix et orchestre de Mahler et de Strauss, adaptés par Benoît Cormier, violoniste du quatuor, ont fait à ce titre figure de joyaux rares et précieux puisque les deux intéressés n'entendent apparemment pas remettre ça trop souvent. Dommage, car l'expérience fut, à mon sens, plus que concluante dans les deux cas. Au moins est-il possible de réentendre Daniel Taylor chanter le motet Es sang vor langen Jahren — un moment fort du concert — sur l'excellent disque Arvo Pärt - Stabat Mater paru chez ATMA en mars 2004.

J'aime mon public (mais mon public ne le sait pas encore)

Diantre, dira-t-on au vu des prestigieux interprètes susnommés, mais la minuscule chapelle devait être bondée, remplie jusqu'aux lustres de mélomanes béats, non? Éh bien non, justement. À notre très grande surprise, près de la moitié des bancs sont restés libres. Pis encore, on nous a annoncé en début de concert que celui du lendemain était annulé en raison du nombre trop restreint de billets vendus. Perplexité! Mystification!

Une intervention de Daniel Taylor au cours du concert et une conversation avec Suzie LeBlanc et l'altiste Karine Rousseau en fin de soirée nous ont éclairés. Le Quatuor Cartier ne pouvant compter que sur ses propres moyens pour publiciser l'évènement et ayant conséquemment dû s'en remettre à un carton modestement diffusé, l'information sur la tenue de ce concert pourtant exceptionnel a peu circulé. Ailleurs, dans un marché plus large — disons à Montréal —, le bon vieux bouche-à-oreille aurait sans doute suffit à remplir une si petite salle, mais les formations québécoises n'ont pas cette chance. Par ailleurs, il semblerait que le réseau Billetech ait contribué à la situation en rendant les billets plutôt difficiles à trouver : « Daniel Taylor?... Suzie LeBlanc?... Quatuor Cartier?... non, désolé monsieur, aucun concert ne correspond à ça. Chants d'automne? Ah oui, mais je ne peux pas vous vendre de billet au téléphone ». Euh?

Bref, toute cette situation est déplorable, cela s'entend, et heureusement que tout ce beau monde se dévoue par amour de l'art (bien sûr) parce que sinon, disons-le, nous aurions dû nous rabattre sur le Scrabble ce soir-là et j'aurais encore été humilié par ma chère épouse.

De show mosse go onne

Ceci dit, tout n'est pas perdu. La série « Ondes de choc » du Quatuor Cartier est à peine entamée, d'autres concerts chouettissimes s'en viennent, à savoir :

  • 27 novembre : L'Âme russe (Borodine, Glazunov et Schnittke)
  • 28 février : L'Éloge de la beauté en quintette avec le pianiste Jean-François Latour (Brahms et Fauré)
  • 7 mai : Pluralité des cordes en quintette avec la harpiste Isabelle Fortier, à ne surtout pas manquer selon Karine Rousseau (Beethoven, Debussy et Shafer)

À 15 $ le billet (10 $ pour les étudiants), croyez-moi, c'est pratiquement donné; ils vont coûter beaucoup plus cher dans un an ou deux. Courez les entendre et profitez-en pour les saluer, il sont tout à fait sympathiques.

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