En petits morceaux

Cachez ces questions auxquelles je ne saurais répondre

Samedi 9 octobre 2004 à 23:36 | Joies de la démocratie | Permalien

Richard Martineau, qui signe la chronique Ondes de choc dans le Vouère, et Laurent Laplante, billettiste émérite de Dixit lui-même (entre autres), évoquent tous deux cette semaine le premier « débat » entre Bush et Kerry. Cela constitue une rare coïncidence, et c'est d'autant plus remarquable qu'ils ont choisi le même angle, soit l'absence de la question israélo-palestinienne du débat télévisé.

Bon, remarquez, là où Laplante écrit « silence tonitruant », Martineau, égal à lui-même, parle virilement d'éléphant « énorme, dégueulasse, pataugeant dans sa merde » et que personne ne semble voir. Du moment que le message passe...

Ceci dit, je me demande un peu à quoi ces messieurs s'attendaient. Les questions que le médiateur a posées aux deux politiciens, croyez-vous qu'elles étaient destinées à les déstabiliser, à leur faire prendre des risques? Bien sûr que non. Les mascarades que constituent les débats télévisés, aux États-Unis, sont régies par des contrats établis par les deux partis et excluant tout sujet susceptible de les mettre dans l'eau chaude. Connie Rice, du réseau radiophonique public NPR, dans son récent commentaire Top 10 Secrets They Don't Want You to Know About the Debates, rappelait notamment que :

Under the ridiculous 32-page contract that reads like the rules for the Miss America Pageant, there will be no candidate-to-candidate questions, no rebuttal to your opponent's points, no cross questions or cross answers, no rebuttals, no follow-up questions -- that's not a debate, that's a news conference. [...] Really important but sticky or tough issues get axed, because the parties control the questions and topics. [...] For example, in 2000, Gore and Bush mentioned the following issues zero times: Child poverty, the drug war, homelessness, working-class families, NAFTA, prisons, corporate crime and corporate welfare.

Or, il se trouve que les Républicains, d'une indulgence coupable envers les stratégies sécuritaires d'Ariel Sharon, n'ont pas de quoi être fiers de leur gestion du dossier palestinien, et que les Démocrates, trop opportunistes pour vouloir mettre en péril le « vote juif » ou laisser paraître de la mollesse face à quelque question terroriste que ce soit, n'ont rien de mieux à proposer. Qui plus est, le premier ministre Sharon, par les temps qui courent, s'adonne à de véritables acrobaties politiques pour tenter d'éviter la fission du Likoud à la suite de ses propositions controversées de retrait des colonies juives; on devine que ni Kerry ni Bush n'ait eu envie de s'avancer sur ce terrain miné.

Non, il faut bien le reconnaître : les débats électoraux télévisés, aux États-Unis, visent essentiellement à donner un peu plus de visibilité aux deux principaux candidats. Aucune nouvelle information n'en ressort, aucune discussion n'atteint une quelconque profondeur, aucune question compromettante n'est posée, aucune réponse directe n'est donnée; il s'agit d'une opération de relations publiques, d'un concours de personnalité.

« La situation était complètement surréaliste », écrit Richard Martineau, parlant des « détours incroyables pour ne pas mentionner le sujet ». Ce que je trouve surréaliste, pour ma part, c'est qu'une grande partie de l'électorat étatsunien puisse se contenter de regarder ce show et considérer voter de manière informée.

Mais pourquoi pas, après tout. Ils élisent bien des acteurs.

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