Je remarque souvent, le midi, des piétons qui tentent de traverser la route de l'Église un peu en aval de l'intersection avec le boulevard Laurier, côté sud, hors des passages cloutés. Leur but, je suppose, est d'aller au Presse Café ou au Cosmos en passant par le long stationnement qui donne sur de l'Église; en tout cas, leur empressement laisse croire qu'ils sont affamés.
Or, vue de haut, la chose semble diablement périlleuse.
Tenez, aujourd'hui même, deux agentes du service à la clientèle de ma compagnie ont échappé de justesse à un VUS ayant jailli du boulevard Laurier comme un diable de sa boîte, puis à un petit camion de livraison fonçant à toute allure vers les feux de circulation jaunissants. Je n'ai rien entendu, mais j'ai cru les voir hurler de terreur pendant qu'elles sprintaient bras tendus, cheveux épars et sacoches au vent vers le trottoir d'en face. Une fois celui-ci atteint, elles se sont arrêtées quelques secondes pour souffler, toutes pâles, les mains sur les genoux, avec des airs de miraculées, et j'ai moi-même pu recommencer à respirer.
C'est comme ça sans arrêt, tous les midis. Je l'avoue, je ne peux m'empêcher d'observer, fasciné, les exploits de tous ces quidams qui, l'espace d'un instant, deviennent pour moi la source d'une vive inquiétude ou parfois même d'un réel affolement. Pensez à un documentaire du Service canadien de la faune dans lequel des marmottes essaieraient de traverser une autoroute très achalandée, avec une voix off donnant les statistiques d'aplatissement des pauvres bêtes. Ou pensez aux mouches tentant d'éviter les pare-brise des véhicules circulant sur ladite autoroute. Ce n'est qu'une question d'échelle, je vous jure. Je vais sûrement finir traumatisé.
(Ah! Un minibus de transport adapté vient de rater un homme en paletot noir. Étrange impression, comme voir une nonne tabasser un jeune yo.)
Évidemment, un tel spectacle, en plus de constituer un vaste réservoir de métaphores, suscite des questions fondamentales : les usagers de cette intersection n'ont-ils donc aucun respect pour la vie? Les gens à pied, aucune prérogative? Les conducteurs vicieux qui passent sous ma fenêtre sont-ils tous des maniaques ricanants qui se réveillent, le matin, en pensant aux piétons qu'ils vont pulvériser sur le chemin du bureau? Je présume que non, mais n'oublions pas que je suis candide.
Il y a tout de même un phénomène étrange que je ne peux passer sous silence. Vous vous souvenez du vieux monsieur qui va chercher son café au Van Houtte tous les jours? Éh bien voilà, il est bossu et se déplace avec difficulté mais finit toujours par traverser la route de l'Église sans encombre, à son propre rythme, exactement là où plein de jeunots frôlent la mort le reste du temps. Ça me laisse perplexe. On dirait que la réalité s'altère ponctuellement lors de son passage, que tout se déroule au ralenti, comme au fond d'une piscine, ou que Monsieur Café constitue un tabou pour les habituels conducteurs de poids lourds, jeunes flos à calotte et autres sociopathes motorisés.
À moins, plus simplement, que les automobilistes de Sainte-Foy n'aient des scrupules à écraser les vieux?
Allez savoir. Le monde est tellement bizarre.
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Bernard, le Samedi 18 décembre 2004 à 15:24 [permalien] :
Je me rappelle un reportage assez comique à CBC sur les jaywalkers de Toronto. Un journaliste s'était posté à une intersection et commentait les plus belles traversées avec un praticien émérite. On peut, paraît-il, se faufiler entre les voitures avec plus ou moins de style.
Bernard, le Samedi 18 décembre 2004 à 15:26 [permalien] :
Je me dis également que je ne dois pas être le seul à avoir joué pendant des heures à Carmaggeddon. Certain des passionnés de ce jeu possèdent aujourd'hui des voitures et ça m'inquiète.
Bernard, le Samedi 18 décembre 2004 à 15:28 [permalien] :
J'ai bien aimé tes sacoches au vent ainsi que cette nonne qui tabasse un jeune yo. Nous ignorions Hugo ce petit côté rock'n nonne de ta personnalité.
Bernard, le Samedi 18 décembre 2004 à 15:31 [permalien] :
Un dernier commentaire (promis) concernant l'othographe de flo. Ferron utilisait Flow, parlant tantôt de jeunes hommes, tantôt d'apprentis débardeurs. Flo viendrait donc simplement de fellow.
Mo, le Samedi 18 décembre 2004 à 15:32 [permalien] :
Heille, le smart,
tu as un blogue en passant pour t'exprimer...
Hugo, le Lundi 20 décembre 2004 à 09:22 [permalien] :
Merci Bernard pour cette commentorrhée.
Laisse-moi au passage t'assurer que les longues veillées passées à rouler sur des piétons virtuels (avec ton Mac, disons-le) constituent un épisode révolu de ma vie, quoique j'en garde de bons souvenirs.
Le pire qui me soit arrivé de faire avec mon automobile a été de traîner -- par inadvertance -- un petit lézard pogné entre la jante et l'enjoliveur de ma roue arrière gauche sur 7000 kilomètres lors d'un voyage en Arizona l'an dernier. Je le regrette, bien sûr, mais il faut savoir que la présence de la pauvre bête a été constatée à un moment où celle-ci était déjà trop dégueuse pour être enlevée à la main. On a bien essayé avec un petit bâton, mais la sacripante était bien collée. Ce sont hélas des choses qui arrivent.
Et je n'ai jamais écrasé de vieux, je le jure.
tubs, le Jeudi 30 décembre 2004 à 05:12 [permalien] :
Il n'y a pas à redire, c'est du bon boulot. Il n'empêche, si on compare ça à une scène de descentes de pantalons, de coups de pied au tibia, ou de lancers de tartes à la crème dans les films de Leo mac Carey, il y a pas photo. Je veux parler de l'écriture sur le net. On voit bien le développement qu'a pu prendre l'industrie du x par la grâce du produit, mais surtout de l'image. Alors, pour lutter contre la disparition - qui est la maladie de notre ère - j'ai supposé l'expression du texte soutenue par la voix et sa richesse.
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