En petits morceaux

Misanthrope

Lundi 24 janvier 2005 à 23:52 | Cinéma | Permalien

En fin de compte, il semblerait qu'une partie de toute assistance de cinéma soit inévitablement et irrémédiablement conne. Même au Clap, pourtant haut lieu de cinéphilie.

Marie, comme je te comprends!

Ma chère et tendre et moi-même revenons du renversant Secret des poignards volants, plus récent opus de Zhang Yimou. Comme ça fait déjà un bout de temps qu'il est en salle, je présume que vous avez déjà dû le voir; si toutefois ce n'était pas le cas, n'attendez plus. Ne serait-ce que pour la photographie de Christopher Doyle, ça serait dommage de le rater et de devoir vous rattraper sur petit écran. Le seul avantage que vous y trouveriez serait sans doute d'éviter les commentaires navrants des abrutis de l'ère DVD qui, se croyant dans leur salon, ne peuvent s'empêcher de nous faire profiter de leurs profondes et subtiles analyses :

Aaah! C'était lui! Yé jaloux...

Yé donc ben méchant lui!

Y vont se faire pogner! Y vont se faire tuer!

Aaaah nooon!

Et caetera. À vous donner envie de mettre le film sur « pause » et d'expliquer les choses de la vie à la demeurée qui, de toute évidence, se soucie de son entourage comme de son dernier coton ouaté.

Bon, enfin, il y a des imbéciles partout, c'est sans doute la fatalité. Peut-être veut-on nous rappeler ainsi que la beauté réside dans l'imperfection.

Tout de même, je me sens un peu misanthrope.

Dégaine, foie jaune!

Sur une autre note, en revenant à la maison, tout à l'heure, je me faisais la réflexion qu'au-delà des références tragiques (Lancelot, Roméo et Juliette), les récents films d'arts martiaux à la sauce chinoise — ou taïwanaise, avec Ang Lee (Tigre et dragon) — étaient en passe de devenir les nouveaux westerns. Paysages sauvages, aventuriers solitaires épris de liberté, brutaux mais quand même tendres des fois, duels virils dans la plaine, violence justifiée par des principes moraux « indiscutables » (justice, honneur, vengeance, lutte contre l'oppression ou pour la pitoune, etc.)... Les clichés des spaghettis y passent tous, du gros plan sur le regard du guerrier au changement d'idée du compagnon fidèle qui revient sur ses pas pour sortir les copains de la schnoute. On a même droit, dans les Poignards volants, au héros galopant dans un coucher de soleil.

La Chine, nouveau Far East? Pourquoi pas? Les parallèles entre la Chine d'aujourd'hui et les États-Unis des années soixante sont nombreux, et le nationalisme arrogant issu et nourri du mythe de la frontière, s'il a probablement son équivalent chinois, est de toute manière plus fort que jamais chez nos voisins républicains, ce qui procure au genre un débouché potentiellement eldoradesque : le eastern arrive à point nommé pour fournir aux nouveaux pionniers américains des héros à leur image.

Culturellement frileux, le public américain n'est peut-être pas encore tout à fait prêt à gober sans réticence les oeuvres de Yimou ou de ses compatriotes (quoique leur goût pour la superproduction les y dispose naturellement), mais ce n'est sans doute qu'une question de temps.

CommentairesCommentaires

S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...

Cuisse-de Mouche, le Samedi 14 mai 2005 à 00:00 [permalien] :

Petit truc très efficace que j'ai découvert pour faire sortir de la salle un magnétophone en marche derrière soi qui vous empêche de savourer un film au cinoche.

Je lui avais suggéré d'abord d'attendre la sortie du film en DVD, ce qui lui permettrait de regarder (mais pas écouter le film, est-ce qu'un humain peut écouter et parler en même temps? C'était peut-être un mutant?) Mais mutant ou pas il m'empêchait de savourer le film.
J'ai alors sorti l'arme magique. Je suis allée voir le portier et je lui ai dit que ce garçon m'avait traitée de "sale pute". Alors, ce champion a fait sortir le couple en brandissant sa torche Excalibur. La fille, je ne vous en avait pas parlé, car elle semblait n'avoir pas plus d'émotions devant le film qu'au moment où on les a expulsés. C'était peut-être une cinéphile gonflable.

Bon, je voulais rendre l'histoire plus intéressante en parlant d'arme magique, car en fait, le mutant m'avait réellement traitée de "sale pute".

Mais je vous demande, est-il acceptable éthiquement parlant de sortir l'arme magique quand après un avertissement la personne est incapable de se taire?

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