Ma tendre moitié et moi revenons tout juste de voir I ♥ Huckabees au Clap et, ma foi, le diagnostic de misanthropie semble se confirmer.
D'abord la critique du film : j'ai trouvé I ♥ Huckabees tout à fait excellent. Dans le genre thérapie psycho-pop surréaliste pour idéalistes en crise existentielle, c'est vraiment bien foutu — bien au-dessus du reste de l'oeuvre du réalisateur David O. Russell, de qui l'on n'avait retenu jusque là que l'intéressant Three Kings. C'est plus léger que l'air, soit, mais ça change des trucs lourds et sanguinolents, et la musique est bonne (cf. Eternal Sunshine of the Spotless Mind).
Russell, il faut le dire, a su s'entourer d'une distribution béton. On a notamment droit à Dustin Hoffman en harmonie avec le cosmos, Jude Law pétulant et cynique, Mark Wahlberg névrosé, Naomi Watts en tentative d'Amish et Isabelle Huppert qui est en train de se transformer en Susan Sarandon en vieillissant — et tout ce beau monde s'amuse très, très ferme. Je ne connaissais pas l'acteur principal, Jason Schwartzman, mais, sans parler d'une révélation, je l'ai trouvé plutôt drôle et convaincant en activiste écolo qui pète les plombs. Il faut dire qu'il ne tient pas dans ce film un rôle facile à jouer (difficile d'être naturel dans ce genre de rôle).
Enfin, j'accorde une mention spéciale à Fox Searchlight qui a eu la bonne idée d'accompagner le film de trois sites Internet bidons en plus du site officiel de rigueur : un pour la compagnie Huckabees (un petit bijou de « verdissement »), un pour les enquêteurs existentiels Jaffe & Jaffe, et un pour l'organisme environnemental Open Spaces. Dans les trois cas, il s'agit de véritables études de genre, très finement menées.
Et maintenant... le coup de gueule.
(Soupir.)
Comment diable voulez-vous aimer votre prochain quand celui-ci, soit par crétinisme avancé, soit par intoxication psychotropique, passe les 106 minutes du film à rire à gorge déployée (même quand voit seulement quelqu'un faire du vélo de façon tout à fait générique) et à s'exclamer bruyamment « Nooon, c'est paaas vraaai?! ». Je vous jure! Nulle part ailleurs qu'au Clap — ni à Place Charest, ni même au défunt Égyptien — n'avons-nous eu à endurer de pareils enquiquineurs.
Le pire, c'est que ce soir les chut irrités, les soupirs courroucés et les regards appuyés n'y ont rien fait : l'imbécile heureux est demeuré parfaitement imperméable aux signaux de son entourage jusqu'à la fin de la bobine. Encore heureux qu'il n'ait pas disposé d'une trompette de carnaval.
À quoi sert le fameux message « Au Clap, on écoute LE FILM » qui passe désormais au début de chaque projection, voulez-vous bien me dire? Où est passée la belle époque où un surveillant habilité à saisir les importuns par les ouïes et à les bouter hors de la salle demeurait posté près du projecteur pendant tout le film?
C'était bien mieux avant!
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
La Laborantine, le Mardi 8 février 2005 à 08:18 [permalien] :
Les crétins sont partout, même parmi le public de l'Opéra de Montréal : quand nous sommes allés voir Turandot, le voisin de Bernard s'est mis à fredonner l'air de Nessun Dorma...
Anne-Marie, le Mercredi 9 février 2005 à 13:22 [permalien] :
C'est drôle que tu dises ça, Laborantine! Il nous est arrivé exactement la même chose lorsque nous sommes allés voir Turandot à l'Opéra de Québec. Mon voisin de droite, chevrotant et ému, a jugé bon d'accompagner la soliste tout au long de cet air.
Bernard, le Mercredi 9 février 2005 à 15:38 [permalien] :
Ah le con! C'est le même, j'en suis sûr. Il ne manque pas une représentation.
La Laborantine, le Jeudi 10 février 2005 à 10:18 [permalien] :
La soliste ? Le ténor était-il malade ? Était-ce une version modifiée de Turandot ? Le pauvre Calaf s'est-il fait voler bourses et bijoux de famille dans un coin sombre du jardin ?
Bernard, le Jeudi 10 février 2005 à 10:33 [permalien] :
J'étais allé voir 28 Days Later au Star Cité voisin du stade olympique. À un moment donné, on voit un hélicoptère parmi un amas de véhicules immobilisés. Un type derrière a cru bon livrer un commentaire transcendant : « hey, un hélicoptère ». C'était comme ça tout le long.
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