En petits morceaux

La fille de l'Élysée

Vendredi 11 mars 2005 à 13:48 | Musique | Permalien

Ma chère et tendre et moi avons assisté, hier soir, à la répétition générale du concert de l’Orchestre symphonique de Québec qui sera donné ce soir au Grand Théâtre dans le cadre du « Printemps Beethoven ». Sous la direction de Yoav Talmi, l’OSQ interprétera les deux dernières symphonies de Beethoven avec le concours du Chœur de l’OSQ pour le dernier mouvement de la Neuvième.

Symphonie no 8 en fa majeur, op. 93

J’avoue d’emblée que je ne suis pas un fanatique de la Huitième. Petite symphonie gentille coincée entre la magnifique Septième et la magistrale Neuvième, je l’ai toujours trouvée un peu trop légère et pimpante, un peu trop galante, un peu trop... mozartienne (bon, avant que l’on ne m’invective et me vilipende, ouiii j’aime Mozart, même si je ne peux absorber sa production symphonique qu’à petite dose). Beethoven, pour moi, c’est grave, c’est sérieux. La Huitième – comme les deux premières, d’ailleurs – cadre moins bien avec mes attentes à ce titre. Il est vrai que je suis longtemps resté fidèlement accroché aux interprétations de Karajan armé du Philarmonique de Berlin, et que sa vision borderline du corpus beethovenien favorisait les symphonies plus sombres (ou plus musclées).

Toujours est-il que j’ai en quelque sorte eu l’impression de redécouvrir cette œuvre hier soir. Peut-être est-ce dû à l’opportunité de voir Yoav Talmi la soigner avec amour, la ciseler comme un bijou, interrompant l’orchestre à tout bout de champ, lui expliquant dans son franglais pittoresque comment rendre telle ou telle nuance, faisant répéter un passage aux violons ou aux violoncelles jusqu’à ce que chaque note se détache parfaitement et ait sa vie propre. Peut-être était-ce l’élégance et la finesse que lui a conférée le chef qui m’ont séduit. Peut-être étais-je simplement dans de bonnes dispositions.

C’était bien la première fois, en tout cas, que je me retrouvais avec un large sourire à la fin du menuet ou du rondo final, même rendus deux fois plus longs en raison des passages travaillés à part.

Bravo, monsieur Talmi.

Symphonie no 9 en ré mineur, op. 125

Hélas, trois fois hélas – l’OSQ n’a répété hier soir que le finale de la Neuvième, ma préférée parmi les neuf. Question de temps, bien entendu (c’est un très long mouvement), et aussi d’expérience des interprètes, cette œuvre étant jouée régulièrement par l’orchestre, le chœur et les solistes invités.

Ceci dit, je ne peux pas me plaindre.

L’orchestre, d’abord, était irréprochable. On aurait vraiment dit qu’il constituait une extension du cerveau de Yoav Talmi, réagissant au moindre frémissement de sa main. Les forte exubérants, l’ivresse de la fugue, la précision des cuivres, tout y était. J’ai particulièrement apprécié le début du mouvement, assumé par les violoncelles et les contrebasses qui, de toute évidence heureux d’occuper l’avant de la scène pendant deux minutes, se sont révélés poignants d’intensité.

Les quatre solistes, pour leur part, s’annoncent très intéressants aussi. À la droite du chef, les hommes – le baryton-basse Olivier Laquerre et le ténor Frédéric Antoun, tous deux relativement jeunes – sont assurés de se distinguer ce soir. Leurs voix sont magnifiques et leur enthousiasme manifeste. De l’autre côté, Dominique Labelle (soprano) et Noëlla Huet (mezzo-soprano) étaient peut-être un peu moins impressionnantes hier soir. La soprano semblait peu encline à soutenir les notes plus longues (peut-être pour ménager sa voix?) et on entendait peu la mezzo (mais Anne-Marie me dit que c’est normal, qu’il s’agit d’un rôle ingrat pour une mezzo). Cependant, compte tenu de leur expérience et de leur renommée, on peut certainement s’attendre à des prestations satisfaisantes.

Enfin, que dire du chœur! À en croire Anne-Marie, le cinquième mouvement de la Neuvième symphonie serait une partition ennuyante à chanter, du moins pour les soprani. J’aurais pourtant été bien en peine de déceler le moindre ennui chez les choristes hier soir! Comme d’habitude, ils étaient d’une nuance et d’une précision sans égales à Québec, avec en plus cette espèce d’énergie jubilatoire que semble toujours susciter le poème de Schiller. Hier, lorsqu’ils ont pris le relais de la basse, j’ai été littéralement électrisé. Ce soir, je n’en doute pas, le Chœur de l’OSQ sera parfait, il fera voler tuques et perruques à grand renfort de « Freude! »

Le miracle de l’Ode à la joie se reproduira donc, pour le plus grand plaisir des auditeurs qui auront eu la bonne idée d’acheter leurs billets longtemps d’avance – car ce soir, qu’on se le dise, l’OSQ joue à guichet fermé, ce qui est déjà un petit miracle en soi.

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