En petits morceaux

Nous sommes tous morts (sauf erreur)

Mardi 12 avril 2005 à 17:43 | Aujourd'hui j'ai appris | Permalien

Aujourd’hui j’ai appris qu'au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le monde physique tel qu'on le connaît est passé fichtrement près de l'annihilation en bonne et due forme.

En vertu du modèle thermodynamique qui prévalait alors, selon lequel l’énergie du rayonnement émis par un corps quelconque était proportionnelle à sa fréquence (c’est-à-dire inversement proportionnelle à sa longueur d’onde), on pouvait supposer que plus on se rapprochait de l’« extrémité ultraviolette » du spectre (le spectre non visible n’a été exploré qu’à partir de la fin du XIXe siècle), plus l’énergie était grande.

Le modèle étant linéaire, un problème un peu inquiétant finissait par se poser : en tendant vers les fréquences infinies (longueurs d’onde nulles) de l’extrémité théorique du spectre, l’énergie devenait elle aussi infinie. Autrement dit, de graves emmerdes devaient, en principe, être envisagées lors de la mesure du rayonnement ultraviolet. Le physicien autrichien Paul Ehrenfest, de toute évidence pourvu d’une âme romantique, nomma joliment ce problème « catastrophe ultraviolette ».

Bien entendu, cette prévision théorique n'étant pas corroborée par l'observation, la communauté scientifique en conçut le soupçon que quelque chose devait clocher avec le modèle classique — qui de toute façon prenait déjà l'eau en raison, par exemple, de son inaptitude à expliquer l'effet photoélectrique. De fait, Max Planck résolut la question avec la publication, en 1901, de sa fameuse loi du rayonnement du corps noir, laquelle vint paver le chemin d'Einstein et de Bohr vers la mécanique quantique et, ultimement, reléguer la mécanique newtonienne au rang de « physique de l'observable ».

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