Lors de mon arrivée au bureau, ce matin, mon collègue G***, programmeur de son état, est venu me voir dans mon cubicule, avec la circonspection suspecte de quelqu'un qui a un service à demander.
— J'aurais une question à te poser, me dit-il en s'adossant contre une tablette. Ou plutôt, c'est ma blonde qui m'a posé une question hier soir et je n'ai pas su quoi répondre. Je me suis dit que tu pourrais peut-être m'aider.
Sa blonde? Hum. Je déposai mon stylo et fit pivoter mon fauteuil.
— Les « enjeux éthiques et politiques », à ton avis, qu'est-ce que ça veut dire? demanda-t-il en fronçant légèrement les sourcils.
— Euh... c'est quoi, le contexte?
— Un travail de philo, au Cégep. Maintenant que les étudiants sont revenus, le prof de philo leur a demandé d'écrire un texte d'une page sur les « enjeux éthiques et politiques » de leur grève. C'est quoi ça, des enjeux éthiques et politiques?
Il avait l'air vaguement irrité. Sans doute était-il scandalisé par la démesure des exigences de l'enseignant en question.
— Ben, répondis-je, disons que les enjeux politiques, ça peut être les raisons motivant les positions du gouvernement et des associations étudiantes, pis les répercussions des solutions souhaitées et/ou trouvées au conflit. Par exemple, pourquoi, au départ, les 103 millions ont-ils été convertis en prêts? Pourquoi le ministre Fournier a-t-il refusé de faire marche arrière? Y'a des questions économiques intéressantes derrière ça, des choix de société, mais c'est vrai que ça déborde vite dans le champ éthique.
— ...
— Pour les enjeux éthiques, justement, ta blonde pourrait commencer par se poser des questions du genre : comment expliquer que les étudiants aient dû descendre dans la rue pour réclamer justice? Faut-il penser que le gouvernement n'écoute pas le monde qui n'a pas d'argent tant qu'il ne crie pas et ne casse pas de vitrines? Pourquoi, en tant que société se voulant moderne et compétitive, accepte-t-on de saboter à petit feu notre système d'éducation?
Gorgée de café.
— Les enjeux éthiques, en fait, ce sont les questions morales, les questions dont les réponses nécessitent un recours aux valeurs. Personnelles et collectives. On ne fait pas la grève dans l'absolu. On fait la grève par choix, parce qu'on décide d'exercer une résistance collective à quelque chose qu'on juge être une injustice.
— Ouin, mais justement, elle n'était pas tellement d'accord avec la grève, ma blonde.
— C'est sûr, elle a le droit de ne pas être totalement d'accord. Mais il y a quand même une question de solidarité. Tiens, elle pourrait commencer son travail en se posant la question : « pourquoi ai-je malgré tout décidé de laisser faire mes cours et de descendre dans la rue avec une pancarte? » Ta blonde n'a sûrement pas fait la grève juste pour le trip d'étudier jusqu'à l'été. Y'a certainement quelque chose qui valait la peine, de son point de vue, de déstabiliser le système scolaire et le monde de l'emploi étudiant, et d'aller gueuler dans la rue avec les autres.
— Euh, ouin... Tiens, comme eux-autres dehors, genre? fit-il en pointant ma fenêtre de l'index.
Je tournai la tête. Arrivant à point nommé, un groupe d'une vingtaine de personnes reliées les unes aux autres par un cordon rouge et brandissant des pancartes « SPGQ » était en train de traverser l'intersection de la route de l'Église (j'appris plus tard qu'il s'agissait de fonctionnaires provinciaux en grève-éclair). De là où nous nous trouvions, nous pouvions voir leurs lèvres bouger, et même s'il nous était impossible de les entendre, l'effet était convaincant.
Je me retournai vers G***.
— En plein ça, conclus-je.
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Mo, le Mercredi 13 avril 2005 à 19:55 [permalien] :
Hugo ! Un conseil : ne dis jamais à un PROFESSIONNEL qu'il est un fonctionnaire !
Roy Dupuis, le Mercredi 13 avril 2005 à 19:57 [permalien] :
G***
Mo, le Mercredi 13 avril 2005 à 19:59 [permalien] :
Tranche de vie : lundi, une nouvelle étudiante, à qui je disais que son introduction manquait de cohérence, m'a répondu avec dédain : "Madame, j'comprends rien quand vous parlez".
Marguerite Duras, le Mercredi 13 avril 2005 à 20:07 [permalien] :
Groumph.
Voilà ce que l'acteur avait voulu dire. Et on allait sentir toute la détresse de l'acteur à travers le Groumph qu'il allait prononcer.
Et l'acteur avait prononcé : Groumph.
Treize, le Mercredi 13 avril 2005 à 20:08 [permalien] :
Miaou
Léon le millepattes, le Mercredi 13 avril 2005 à 20:39 [permalien] :
Crounch.
Hugo, le Mercredi 13 avril 2005 à 21:58 [permalien] :
Tiens, en guise d'épilogue, "Charest donne raison aux étudiants". Méchante belle tentative de récupération... radio-canada.ca/nouvelles...
Hugo, le Jeudi 14 avril 2005 à 09:50 [permalien] :
On me pardonnera d'avoir changé le titre de ce billet. Le premier, choisi à la sauvette, me tapait sur les nerfs.
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