En petits morceaux

De retour après la pause

Vendredi 29 avril 2005 à 16:57 | Et ce n'est pas tout | Permalien

Montréal, mercredi 27 avril 2005, 12h50. Assis dans un Van Houtte défraîchi du centre-ville, je prends quelques notes avant de retourner au Centre Mont-Royal pour assister aux dernières conférences du Symposium Interdoc.

Je suis à Babylone depuis dimanche. Je suis fatigué. Il fait frais et humide, on parle anglais partout, je dors depuis lundi dans un hôtel pas exceptionnellement confortable et je bouffe resto ou traiteur à tous les repas. Je suis constamment entouré de gens d'affaires, de directeurs de ci, de vice-présidentes de ça, tous à l'affût de la sonnerie de leur précieux cellulaire. Je me sens, en un mot, un peu décalé.

J'ai décidé, ce midi, d'échapper au small talk déprimant du dîner collectif censé « favoriser le réseautage des participants du symposium » — exercice fastidieux que j'ai enduré hier et avant-hier :

Lui : Et puis vous, vous êtes d'où?

Moi : Je suis analyste Internet chez Untel à Québec.

Lui : À Québec?

Moi : C'est ça.

Lui : Analyste Internet.

Moi : Oui.

Lui : Chez qui ça, vous dites?

Moi : Untel.

Lui : Hum.

Moi : ...

Lui : Comme ça, vous n'êtes pas chez Hydro-Québec?

Moi : Ben non.

Lui : ...

Moi : ...

Lui : Connaissez-vous Richard Trucmuche? Il travaille à Québec lui aussi.

(Etc.)

À cause de la pluie, le Van Houtte est presque vide. Je suis assis près de la vitrine. Dehors, à un mètre de ma table, les gens marchent rapidement, d'un pas frileux, leur parapluie contre le vent qui s'amuse entre les grandes tours de béton.

Des hauts-parleurs encastrés dans le plafond diffusent des tubes rock and roll des années 50, des tounes de plage et de surf qui sonnent le fond de canne.

À côté de moi, un faux piano demi-queue électronique, inutile et ridicule, encombre un coin du petit café franchisé. Il est couvert de poussière.

13h15. Faut que j'y retourne, de passionnantes études de cas de gestion de contenu d'intranet m'attendent. Je me lève, j'enfile mon coupe-vent. Avant de partir, je trace du bout de l'index un point d'exclamation dans la poussière du piano, comme pour tenter de le réveiller.

Pas de réaction.

Je sors.

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