En petits morceaux

Une poussière dans l'oeil

Jeudi 5 mai 2005 à 17:42 | Cubicule avec vue | Permalien

J'ai eu ce matin de la belle visite dans mes fenêtres cubiculaires : monsieur le laveur de vitres est venu enlever à grand renfort d'eau savonneuse la déplaisante crasse qui s'interposait depuis cet hiver entre mon intersection — que dis-je? le vaste monde — et moi.

Au revoir poussière, pollen, résidus de combustion, chiures de mouches et autres particules de matière organique et inorganique! Bonjour clarté nouvelle et précision cristalline du panorama fidéen!

Quand j'y pense, quel beau métier que celui de laveur de vitres de tours à bureaux! J'espère que cet ouvrier saisonnier sifflottant connaît et apprécie sa chance. Je m'imagine, moi, dans ma salopette de fonction, occupé à promener un essuie-glace sur de vastes vitrines, debout entre ciel et terre, ma plate-forme suspendue se balançant doucement sous l'action des courants ascendants chauffés par le soleil, comme le léger esquif du pêcheur sur un Pacifique aérien, devant les fenêtres du quatrième, du seizième, du trente-troisième étage! Quelle simplicité, quelle tranquillité, quelle grâce!

Et je ne serais pas du genre à tourner les coins ronds, ni à écornifler dans les bureaux. Ça non! Lorsque j'actionnerais le petit moteur électrique qui m'amènerait à l'étage inférieur, ce serait avec la fierté paisible de laisser au-dessus de moi des baies vitrées étincelantes, vierges de toute traînée de savon, de véritables pièges à oiseaux. Ce serait aussi avec la douce satisfaction d'avoir redonné aux malheureux cols blancs captifs de leurs cubicules le bonheur d'un regard inaltéré sur le monde extérieur.

Ô céleste squeegee, humble compagnon d'Éole! Ô honorable ancistrus de nos modernes édifices de verre, qui, t'acquittant dignement de ton honnête besogne, rends le ciel plus bleu, les épinettes plus vertes et l'enseigne de Shell plus jaune, que ne puis-je laisser là ce diagramme de flux de données et m'élancer comme toi vers le sommet des tours, vers le zénith urbain, une chaudière à la main et la tête pleine du murmure du vent et du chant des oiseaux!

CommentairesCommentaires

S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...

Hugo, le Jeudi 5 mai 2005 à 17:45 [permalien] :

Post scriptum : cette envolée lyrique est une gracieuseté de Tylenol Rhume.

Mo, le Jeudi 5 mai 2005 à 20:18 [permalien] :

On a les paradis artificiels qu'on peut, je suppose.

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