En petits morceaux

The War On Anxiety

Jeudi 11 août 2005 à 17:30 | Joies de la démocratie | Permalien

Dans un article intitulé « Canadians want strict security, poll finds », le quotidien torontois Globe and Mail a publié aujourd'hui l'analyse des résultats d'un sondage de l'opinion des Canadiens sur la probabilité d'un attentat terroriste dans leur pays et sur leur niveau de confort avec les mesures de sécurité qui pourraient être mises en place.

Souriez, c'est le temps de votre pause-consternation.

Liberté! Je crie, etc.

Première constatation : les Américains qui craignaient de voir leurs voisins du Nord se tranformer en dangereux extrémistes de gauche (fumeurs de pot de surcroît) peuvent dormir tranquille. Les Canadiens ont parlé : au diable la protection des renseignements personnels et de la vie privée, au diable les libertés civiles, au diable les preuves de l'inefficacité des « mesures de sécurité » prises jusqu'à maintenant par divers pays.

Pollster Allan Gregg [...] said that underlying concern about an attack probably left Canadians more willing to trade off rights for security, especially after four years of the so-called war on terror. "It has caused kind of a quiet national anxiety that gnaws at part of the public consciousness," Mr. Gregg said. But he suggested the national character has always been security-conscious, asserting that the imposition of the War Measures Act in the 1970 October crisis was popular. "We have never had a very strong civil-libertarian tradition. The interests of stability and security has almost always trumped civil liberties in this country."

Seconde constatation : la peur agit remarquablement bien à distance. En effet, selon le sondage, 62 % des Canadiens croient que leur pays sera la cible d'un attentat terroriste à plus ou moins court terme, en dépit de l'absence de précédents et d'indices suggérant ce genre d'éventualité. Quoique j'en sois mystifié, je tenterai deux hypothèses : 1) les Canadiens s'identifient tellement aux Britanniques qu'ils font de la projection et se disent « pourquoi pas nous », ou 2) le Canada demeurant l'un des seuls pays occidentaux à n'avoir jamais eu maille à partir avec des terroristes islamistes, ses citoyens se sentent un peu marginalisés (oui, quoi, un attentat constitue la reconnaissance d'une certaine stature à la victime) et se disent « pourquoi pas nous ».

Troisième constatation : le Canada est décidément le plusse meilleur pays du monde, un pays modéré dont la population demeure ouverte et essaie sincèrement de faire la part des choses. Ce n'est pas moi qui le dit :

Overall, about half of poll respondents — 51 per cent — think Canada has struck the right balance between civil liberties and combatting terrorism. But those who think the balance is wrong tend to believe there is "too much emphasis on protecting civil liberties." Mr. Gregg said Canadians appear to be more concerned when it comes to measures that they believe are more likely to harm the innocent. They are evenly split on whether they would allow suspected terrorists to be detained without trial, or whether the government should send agents to infiltrate the Muslim community. A majority, 53 per cent, are against "severely restricting the numbers of immigrants from Muslim countries."

Où l'auteur évoque des affaires poches

De manière générale, et sans plus d'ironie, je trouve ces résultats absolument désolants. Je croyais sincèrement, sans doute un peu naïvement, que l'exemple des États-Unis (je pense aux abus perpétrés dans le cadre du fameux Patriot Act, récemment reconduit par le Congrès américain) serait suffisant pour empêcher la dérive sécuritaire et xénophobe chez nous. Je m'imaginais que nous avions collectivement compris que l'avantage du Canada résidait dans son attitude ouverte, dans son refus du militarisme, dans ses initiatives humanitaires et diplomatiques.

Bref, j'étais aussi naïf que le sont de toute évidence nos concitoyens du ROC qui semblent se figurer qu'Ottawa (qui cultive, comme on le sait, un rigoureux sens de l'éthique) puisse éviter les ornières anti-démocratiques dans lesquelles ont glissé bien d'autres États leurrés par le sécuritarisme.

En fait, s'il faut en croire le sondage, rien ne nous empêchera de connaître nous aussi, avant longtemps, les intrusions dans la vie privée, les incitations à la délation, les fouilles dans le métro, les caméras de surveillance, les milices civiles, les arrestations arbitraires, les centres de détention échappant au droit de regard des citoyens, la rhétorique sécuritaire dans les médias, et cætera. Les jours de l'exception canadienne sont-ils comptés? J'espère être ridiculement alarmiste.

La caractère latin du Canada

Enfin, une ultime remarque complètement hors propos, que je me permet d'adresser directement à notre honorable ministre fédéral des Transports. Monsieur Lapierre, si on se fie sur les propos que le Globe and Mail vous attribue vers la fin de l'article, force est d'admettre que avez fait un effort linguistique louable; je me dois néanmoins de souligner que l'expression que vous cherchiez était « modus operandi » et non « modus vivendi ». (Mais c'est quand même mignon de vous entendre chrétienniser.)

CommentairesCommentaires

S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...

Nic, le Jeudi 11 août 2005 à 17:37 [permalien] :

radio-canada.ca/regions/m...

Julie, le Jeudi 1 septembre 2005 à 23:36 [permalien] :

Je pensais, quand tu parlais du caractère "latin" du Canada, que tu allais parler du Québec. Généralement le Globe and Mail aime bien montrer les disparités régionales et, surtout sur ce genre de sujet, le Québec a vraiment une opinion distincte.

Ce qui est à la fois rassurant (pour nous), mais effrayant, quand on considère qu'il s'agit d'un sondage national et donc que les Canadiens-anglo sont bcp plus éloignés de nous pour les choix sociaux en matière de sécurité, et beaucoup plus que le laissent deviner les résultats d'un tel sondage...

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