On s'étonne souvent, dans mon entourage, de ce que je travaille essentiellement sur papier, comme au bon vieux temps d'avant les petites boîtes beiges.
J'ai maintes fois dû expliquer à un interlocuteur incrédule (« un informaticien qui se sert d'un crayon? ») que la transition du problème à la solution ne s'effectue, chez moi, que par l'intermédiaire de schémas, d'idées notées puis raturées, de boîtes, de flèches, de listes à puces et de petits hiéroglyphes personnels, le tout griffonné plus ou moins élégamment à l'endos de feuilles 8,5" × 11" ayant déjà fait un détour par l'imprimante. Mon crayon — de préférence un porte-mine, ou même un classique crayon de bois (oh, l'indicible plaisir de l'aiguisage!) — demeure incontournable pour l'appréhension d'un problème encore au stade du défrichage. Le graphite, à mon sens, agit comme catalyseur de la pensée, comme lubrifiant cérébral.
Contrairement à beaucoup de mes collègues, qui me voient sans doute comme un fieffé luddiste, je n'ai jamais réussi à assimiler l'usage d'outils logiciels pour le traitement en première ligne des idées brutes — sans même parler de la conception d'interfaces web. La manipulation du clavier et de la souris, la multiplication des opérations de dessin (dans Visio) ou de saisie de texte (dans MindManager ou Word) sont autant d'obstacles au libre épanchement de ma réflexion. J'ai beau utiliser assez instinctivement Windows et posséder un doigté honorable, le travail à l'écran me demande toujours un minimum de « méta-travail », ne serait-ce que pour la correction des inévitables erreurs de manipulation. Rien, à mes yeux, ne remplace la totale liberté et la parfaite intuitivité du crayon et du papier.
Et puis j'ai un problème fondamental avec l'utilisation d'un ordinateur : pas moyen de travailler en mode « brouillon ». Le papier, médium analogique par excellence, permet la vitesse, les ratures, les abbréviations. Pas l'écran. Le caractère booléen du fonctionnement des logiciels ainsi que la sauvegarde sur disque dur, qui confère une certaine pérennité au résultat du travail, me font à tout coup tomber dans le piège du perfectionnisme. Je ne peux m'empêcher de vérifier l'orthographe des mots, de créer des connexions précises entre les flèches et les boîtes, de donner un nom significatif à chaque élément et d'en choisir la forme la plus appropriée, de centrer mon dessin sur la feuille, et cætera. Bref, je m'interdis, malgré moi, le laxisme technique nécessaire à l'ébauche.
Évidemment, mon approche artisanale fait un peu vieille école et n'est certes pas très compatible avec le rêve du bureau sans papier que caresse mon employeur, mais on n'a pas encore cru bon de me le reprocher. Tant mieux : je vois mal comment je pourrais faire autrement.
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Mo, le Vendredi 19 août 2005 à 14:05 [permalien] :
En tout cas, tu vas bien avec ta blonde, qui préfère les fiches aux logiciels.
Mo, le Vendredi 19 août 2005 à 14:52 [permalien] :
Ayoye ! Je viens d'aller voir le site Das keyboard... Il faut vraiment vouloir flasher pour acheter un clavier en blanc !
(Et je suis soulagée de constater que tu fais partie de "l'élite" comme programmeur ! Je n'en attendais pas moins de toi !)
Hugo, le Vendredi 19 août 2005 à 15:16 [permalien] :
Quoique j'aimerais un jour tâter de ce clavier (il est censé être très ergonomique), je ne peux pas dire que je le trouve si hot que ça. Et tant qu'à avoir un clavier design, j'irais plutôt voir du côté d'Apple ou de Sony.
Par ailleurs, je suis loin de pouvoir me faire passer pour un "über-geek", ou pour un programmeur d'élite ("l33t"). J'ai des sueurs froides quand je vois du C++ et j'ai l'impression d'avoir dix ans de retard en Java... Heureusement que ce n'est pas mon boulot.
(Euh, à bien y penser, J'AI dix ans de retard en Java.)
Nic, le Lundi 22 août 2005 à 08:34 [permalien] :
Ce qui, à bien y songer, est sidérant, vu que le Java a dix ans.
Hugo, le Lundi 22 août 2005 à 17:55 [permalien] :
Je ne dirais pas sidérant, plutôt angoissant. J'ai appris le Java il y a à peu près dix ans, à l'université, et je n'ai pas eu beaucoup l'occasion d'en refaire depuis... sauf maintenant (on est en train de migrer vers Oracle et Java au boulot) et je dois dire que c'est chouette mais un peu stressant.
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