En petits morceaux

Le square (reconstruction)

Mercredi 9 novembre 2005 à 20:55 | Et ce n'est pas tout | Permalien

Prenez deux artères de quatre ou cinq voies à sens unique et faites-les se croiser au milieu de l’une des plus grosses villes d’Amérique du Nord. Plantez des immeubles d’au moins quarante étages de part et d’autre de l’intersection ainsi formée, en les assujettissant de manière à former de belles grandes murailles sans interstice, parfaitement verticales, qui plongent les avenues dans la pénombre.

Recouvrez ces parois d’immenses et multicolores panneaux d'affichage électroniques qui, tout en engloutissant à chaque seconde plus d’électricité que le Liberia n'en consomme en un an, éclairent la rue d'une joyeuse lumière artificielle et permettent de remplacer le ciel par des réclames géantes.

Disposez ensuite d'énormes enseignes lumineuses, aussi criardes que possible, partout où l'oeil piétonnier est susceptible de se poser, afin d'attirer l'honnête consommateur dans les mille commerces ayant pignon sur ces rues.

Le décor étant en place, souillez-le d'une épaisse couche de poussière et de suie, de mégots de cigarettes, de chewing-gums gris et aplatis, de petits papiers, de pièces de monnaie, de déjections animales, de contenants alimentaires divers, et faites flotter sur le tout une lourde odeur d'égoût, de sueur et de gaz d'échappement.

Et puis les autos. Faites-les entrer dans ce théâtre à la queue leu leu, pare-choc à pare-choc, pétaradantes, bosselées et rouillées. Que les moteurs des VUS rugissent dans un brouillard d'hydrocarbures mal brûlés! Que les kamikazes au volant des yellow cabs se faufilent les uns entre les autres, freinent à mort pour éviter l'emboutissement et repartent pédale au plancher en lançant jurons et imprécations contre leurs semblables! Et surtout, que cet absurde trafic klaxonne avec fureur, avec acharnement, comme si sa vie en dépendait! (Elle en dépend.)

Enfin, remplissez tout l'espace qui reste avec cinquante mille êtres humains de tous âges, de toutes tailles, de toutes couleurs; des êtres humains en train de marcher, de manger, d'engueuler leur cellulaire dans la langue de leur choix, de lire, de rire, de vendre des hot dogs ou des bretzels, de distribuer des tracts ou des coupons-rabais, de piquer ou de se faire piquer un portefeuille, de jouer de la guitare au milieu de la rue vêtu seulement de bottes de cowboy et d'un speedo blanc. Pensez Babel dans toute sa splendeur.

Vous êtes sur le trottoir, et à ce stade, mieux vaut lâcher prise.

Fermez les yeux. Imprégnez-vous de cette cacophonie, de ces odeurs, de ce mouvement. Laissez grouiller cette masse tonitruante de corps et de carrosseries autour de vous quelques instants. Ouvrez les yeux. Souriez. Les mains dans les poches, marchez, vous aussi, vers quelque destination imprécise, juste pour le plaisir de la chose, en glissant comme une anguille entre vos congénères.

Inspirez. Expirez. This is Time Square.

CommentairesCommentaires

S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...

Bernard, le Jeudi 10 novembre 2005 à 05:58 [permalien] :

Ouf! Pendant un instant j'ai pensé que tu parlais de Victoriaville.

Bernard, le Jeudi 10 novembre 2005 à 07:38 [permalien] :

Hugo, c'est bon de te savoir de retour.

Mo, le Jeudi 10 novembre 2005 à 09:19 [permalien] :

Time Square, c'est trop pour moi. Je ne peux personnellement y tenir plus de quinze minutes.

Anne-Marie, le Jeudi 10 novembre 2005 à 15:25 [permalien] :

À ma grande surprise, je m'y suis sentie dans mon élément. Time Square, c'est le pied!

Hugo, le Jeudi 10 novembre 2005 à 17:47 [permalien] :

Pour ceux que ça intéresse, il y a une webcam qui diffuse en direct de Time Square :
http://www.earthcam.com/usa/newyork/timessquare/index.php?cam=1

Allumez vos haut-parleurs, il y a du son!

(Connexion rapide et Java requis)

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