En petits morceaux

Inutilisabilité

Vendredi 18 novembre 2005 à 16:18 | Marottes professionnelles | Permalien

Utilisabilité : Capacité d'un système donné à être utilisé par un individu. Par extension, l'ensemble des moyens et des ressources permettant d'évaluer et de faciliter l'utilisation d'un système.

Le Yahve de l'utilisabilité, Jakob Nielsen, s'est fendu hier d'une liste de commandements — ou plutôt d'anti-commandements — à l'usage des blogueurs, sous la forme d'une liste des 10 problèmes d'utilisabilité les plus fréquemment rencontrés sur les blogues. Ça s'intitule « Weblog Usability: The Top Ten Design Mistakes » et je vous en recommande chaudement la lecture s'il fait mauvais dimanche après-midi.

En tant que praticien du Web et ayant été nourri au biberon de la Sainte Parole de monsieur Nielsen, je n'ai pu m'empêcher d'examiner mon propre blogue à la lumière de cette dizaine d'anti-critères de l'orthodoxie ergonomique. Permettez-moi, pour votre divertissement, de vous en présenter le résultat.

Les dix erreurs à ne pas commettre

1. Pas de biographie de l'auteur

Bon, on pourrait croire que ça commence bien puisqu'une sorte de biographie ramasse la poussière dans un coin depuis belle lurette. Néanmoins, comme l'explique Dieu le Père :

It's a simple matter of trust. [...] Does [Joe Blogger] have any credentials or experience in the field he's commenting on? (Even if you don't have formal credentials, readers will trust you more if you're honest about that fact, set forth your informal experience, and explain the reason for your enthusiasm.)

Il me faut bien avouer que ma biographie ne sera, à ce titre, pas très utile au lecteur qui ne me connaît pas déjà. Verdict : 0.5/1.

2. Pas de photo de l'auteur

Ouais, enfin, bon, même si mon portrait par Nico est à mon sens très ressemblant, il se trouvera sans doute des esprits chagrins pour chipoter sur son côté un peu schématique. C'est mieux que rien, mais il faut être honnête : 0.5/1.

3. Titres de billets non significatifs

Personnellement, j'aime bien mes titres, mais je suis conscient que ça n'engage que moi et que Reuters en rejetterait sans nul doute la vaste majorité. Appelons un chat un chat : 0/1.

4. Des liens qui n'annoncent pas leur destination

Nous nous en rendons tous coupables, un jour ou l'autre, et même si je faisais attention à ça au début, un bref examen de mes récents billets m'oblige à reconnaître que je suis devenu paresseux et que je place très souvent mes hyperliens sur des mots qui ne laissent rien deviner.

Mes amis ne suivent pas mes hyperliens, ma blonde ne suit pas mes hyperliens... et, ma foi, je crois bien que même moi, je ne les suivrais pas, ces maudits hyperliens mystères. Je n'ai que moi à blâmer : 0/1.

5. Les « grands classiques » ne sont pas visibles

Évidemment, ici, c'est un peu embêtant : encore faut-il qu'il y en ait, parmi mes billets, des « grands classiques ». Enfin, je suppose que je pourrais à tout le moins classer mes billets préférés (j'en ai sûrement) dans cette catégorie, et qu'ils pourraient apparaître dans le menu permanent (colonne droite) de mon blogue. En attendant le jour où je trouverai le temps de remédier à la situation : 0/1.

6. Le calendrier constitue le seul moyen de navigation

Pas de calendrier sur mon blogue : c'est le premier élément que j'ai floché en préparant la maquette. À la place de ce cossin encombrant, le takefunaute dispose de la liste des mois, de la liste des catégorie, de pointeurs vers les plus récents commentaires et vers le billet suivant/précédent, et, ô joie, d'archives classées par date ou par catégorie. C'est, à mon avis, plus que suffisant. Notons fièrement 1/1.

7. Fréquence de publication irrégulière

Sans commentaire. 0/1.

8. Mélange de sujets

Dixit Nielsen :

If you publish on many different topics, you're less likely to attract a loyal audience of high-value users. Busy people might visit a blog to read an entry about a topic that interests them. They're unlikely to return, however, if their target topic appears only sporadically among a massive range of postings on other topics. The only people who read everything are those with too much time on their hands (a low-value demographic).

The more focused your content, the more focused your readers. That, again, makes you more influential within your niche.

On peut être d'accord ou non avec un tel hybride de blogging for money et How to Win Friends & Influence People, mais, en ce qui me concerne, je m'imagine difficilement en train de catégoriser mes visiteurs en tant que high-value users ou low-value demographic.

Je ne serai sans doute jamais riche. 0/1.

9. Oublier que l'on écrit pour son futur patron

« Think twice before posting. If you don't want your future boss to read it, don't post ». Je ne souscris que partiellement à ce conseil. Si je ne publie rien dont je puisse avoir honte, ce n'est pas parce que j'ai peur de ce que mon employeur actuel ou futur pourrait en penser, c'est parce que je m'abstiens, de manière générale, de dire ou d'écrire des choses qui ne correspondent pas à mes convictions. On peut évidemment changer d'idée, dans la vie, et relire avec un peu de gêne des choses indexées par Google quelques années auparavant, mais bon, vous voyez ce que je veux dire. (Ceci dit, j'admets exercer une auto-censure minimale en ce qui concerne mon travail actuel. Je n'ai jamais identifié explicitement la compagnie qui m'emploie et personne ne sait, au bureau, que je publie sur Takefu.)

Je vois plutôt la question dans l'autre sens : si mon futur patron a quelque chose à reprocher à ce qu'il trouvera à mon sujet sur Google, je ne suis pas sûr de vouloir travailler pour lui.

En attendant, 0/1.

10. Publier sur un nom de domaine appartenant à un fournisseur de blogues gratuits

Étrange critère que celui-ci : il ne faut pas confondre utilisabilité et crédibilité, il me semble. Quoi qu'il en soit, Nielsen a raison sur un point : si on prend son blogue un peu au sérieux, mieux vaut se payer son propre hébergement (au risque de devoir gosser un peu sur le serveur si ça tourne mal) et s'assurer ainsi de ne pas être confronté à de la publicité obligatoire, à un interface à moitié en anglais, ou à quelqu'autre désagrément sur lequel on n'a pas son mot à dire.

Qui plus est, un bon nom de domaine (surtout s'il est promu par un robot aussi sexy que Marvin) vaut son pesant d'or. 1/1.

Mon résultat

Roulement de tambour.... 3 sur 10! (Grand fracas de cymbales.)

Horreur, enfer et damnation, dites-vous? Bah non. À vrai dire, je m'y attendais. Nielsen prend en effet la peine de préciser, dans ses notes préliminaires, que ses directives ne s'appliquent pas vraiment aux blogues s'adressant à un public restreint de parents, d'amis, d'amis d'amis, d'ennemis, d'amis d'ennemis, etc.

Some weblogs are really just private diaries intended only for a handful of family members and close friends. Usability guidelines generally don't apply to such sites, because the readers' prior knowledge and motivation are incomparably greater than those of third-party users. When you want to reach new readers who aren't your mother, however, usability becomes important.

Dieu merci, je me classe dans la catégorie « journaux privés ». Je continuerai donc à dormir sur mes deux oreilles en pensant à tout ça, et vous, chère lectrice, cher lecteur, continuerez à froncer docilement les sourcils devant la nébulosité de mes titres, l'irrégularité de ma publication, la mixité de mes sujets — bref, à souffrir l'inutilisabilité de mon blogue.

CommentairesCommentaires

S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...

Mel, le Vendredi 18 novembre 2005 à 16:44 [permalien] :

Je pense que ta politique sur les commentaires est un grand classique. Je te donne donc 1/1 à cette rubrique, même s'il n'y a pas d'hyperlien. D'ailleurs, je ne suis ni un membre de ta famille ni (sans vouloir t'attrister!) une amie proche et j'apprécie beaucoup l'éclectisme de ton blogue (et de Takefu en général): 1/1 et tant pis pour Nielsen. (Tiens tiens, je réalise à l'instant que ton blogue n'a pas de nom, tsut tsut tsut... -1 ;-) )

Mel, le Vendredi 18 novembre 2005 à 16:46 [permalien] :

Oups!

Bien sûr, Takefu s'appelle Takefu parce que c'est toi qui l'as ainsi baptisé.

Mille excuses.

Nic, le Samedi 19 novembre 2005 à 07:55 [permalien] :

Ça fait un bout de temps que je préconise ce genre de Top 10. Ça fait partie de mes manies de recyclage de l'information : toujours faire faire le plus de cycles possibles à l'information avant de l'archiver.

À ce titre, je suis évidemment un cordonnier mal chaussé.

Par ailleurs, j'aimerais souligner que l'inutilisabilité constitue une composante essentielle du charme.

Nic, le Samedi 19 novembre 2005 à 08:07 [permalien] :

Par ailleurs, les liens mal signalisés ne sont pas nécessairement une mauvaise pratique. Ils permettent d'enraciner tout en douceur le billet dans l'hypertexte ambiant (ouch!). Leur compréhension dépend certes du degré d'implication (ou d'intérêt) du lecteur, mais n'en va-t-il pas ainsi pour la lecture de n'importe quel texte?

On pourrait aussi bien dire que l'allusion est à proscrire...

J'aime bien, pour ma part, écrire des billets dont la clé de lecture se trouve dans le lien. Qui ne clique pas ne comprend pas.

(Il me semble d'ailleurs significatif qu'au Québec, sous l'influence de l'anglais, nous utilisions 'cliquer' pour désigner à la fois l'activation d'un hyperlien et la compréhension soudaine d'une situation.)

Hugo, le Samedi 19 novembre 2005 à 12:10 [permalien] :

Mel : merci, merci.

Nico : je suis, à vrai dire, parfaitement d'accord avec toi sur la question des hyperliens. J'étais un peu de mauvaise foi en disant que c'était par paresse -- en fait, c'est par choix. De toute façon, je ne crois pas que Nielsen avait le genre de Takefu en tête en préparant sa liste.

Par ailleurs, j'aime beaucoup l'idée d'hypertexte ambiant.

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