En petits morceaux

Les joseki, ou comment régler les questions d'encoignure entre gens civilisées

Mercredi 4 janvier 2006 à 22:37 | Et ce n'est pas tout | Permalien

Au jeu de go, les joseki sont des séquences classiques qui se jouent de manière plus ou moins conventionnelle en réponse à des situations communément rencontrées dans les coins en cours de partie. Ce ne sont à strictement parler ni des coups d'attaque ni des coups défensifs, mais plutôt des sortes d'aménagement permettant de gérer les frictions (avec beaucoup d'étincelles). Le débutant qui ne veut pas se faire bouffer tout cru par un adversaire compétent se doit d'assimiler au plus sacrant les joseki de base.

En ayant pour ma part un peu marre des cuisantes défaites que l'on m'inflige systématiquement depuis que je prétends faire la différence entre le nord et le sud d'un goban, j'ai décidé de m'y mettre. J'ai ainsi imprimé les notions de base des joseki et je m'y suis attelé ce midi, dans la salle à manger du bureau, entre deux bouchées de fusilli à la sauce tomate.

Or voilà, au-delà des détails stratégiques propres à chaque séquence, l'étude de ces antiques automatismes s'est avérée fort intéressante.

D'abord, leur exécution répondant à la nécessité, leur dénouement est généralement prévisible. Un joueur qui s'engage dans un joseki « sait que l'autre sait ». Ça peut paraître emmerdant, dit comme ça, mais en fait, sur le terrain, c'est passionnant, parce qu'on ne sait jamais ce qui va se passer à l'issue d'un joseki — en supposant que son exécution soit respectée (ce qui en soit est difficile à établir, compte tenu des nombreuses variations possibles pour chaque séquence). Qui veut le coin? Qui veut établir une connexion avec un groupe situé à proximité? Et surtout, qui réussira à le faire? Loin d'émasculer le jeu en le figeant dans une série de mouvements prédéterminés, ce type de séquence revient en fait à gifler l'adversaire avec un gant, et l'on sait que les duels sont généralement plus palpitants que les provocations. Qui plus est, les joseki permettent souvent de s'approprier du territoire comme ça, boum, dans le temps de le dire, ce qui ne gâche rien.

D'un autre côté, en rendant presque automatique le traitement de certains événements relevant plus de la tactique que de la stratégie, la connaissance des joseki permet au joueur de go de s'extraire momentanément de la fastidieuse microgestion de la partie et d'accéder à une vision de plus haut niveau du champ de bataille. Or, fût-il débutant, le joueur qui bénéficie d'une telle vision d'ensemble peut se permettre d'échafauder de machiavéliques plans de conquête et de gloire tout en contrecarrant ceux de son adversaire. En revanche, celui qui se voit forcé de réinventer la roue chaque fois qu'il doit se sortir d'un coin renonce inévitablement à l'initiative (sente), abandonne le contrôle du jeu à l'ennemi, s'attire les quolibets du public et mène sans doute sa vie n'importe comment de toute façon.

Bref, il m'apparaît crucial de maîtriser les joseki dans les plus brefs délais — même si, de toute évidence, ce ne sera pas tant leur apprentissage que leur étude qui fera réellement du bien à mon jeu.

Quand ça sera fait, je pourrai passer aux coups classiques (tesuji), à la lecture des échelles, aux ouvertures (fuseki), aux formations à éviter et au Cri qui tue.

CommentairesCommentaires

S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...

Nic, le Jeudi 5 janvier 2006 à 05:25 [permalien] :

Ça y est, il va devenir invincible.

iwl, le Jeudi 5 janvier 2006 à 06:32 [permalien] :

j'en doute.

Hugo, le Jeudi 5 janvier 2006 à 06:56 [permalien] :

J'en doute aussi.

Nic, le Jeudi 5 janvier 2006 à 09:53 [permalien] :

Je parlais naturellement depuis mon étroite perspective.

Hugo, le Jeudi 5 janvier 2006 à 11:16 [permalien] :

Ouais, bin, même depuis ton "étroite perspective", Nico, je dirais que tu n'as rien à craindre de moi. Je crains fort que mon intérêt pour la théorie du go ne soit encore celui du dilettante, et qu'en conséquence je continue à jouer comme un authentique pied.

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