En petits morceaux

À gauche! ...Non, l'autre gauche!

Mardi 7 février 2006 à 20:58 | Joies de la démocratie | Permalien

Maintenant que le jeu se calme sur la scène fédérale, que tout le monde reprend son souffle et décide de donner sa chance au coureur (tout le monde? non : un petit village résiste), c’est au provincial que ça redevient intéressant.

D’un côté, les partisans de la souveraineté à tout prix accusent le tout nouveau parti Québec solidaire d’irresponsabilité, allégant qu’il divisera le vote souverainiste et compromettra à la fois le renversement du gouvernement Charest aux prochaines élections et l’atteinte de l’objectif du « grand soir ».

De l’autre, les partisans d’une gauche revitalisée rétorquent que le Parti Québécois n’a pas à décider de la légitimité de la fondation d’un nouveau parti politique, et qu’il devrait peut-être se livrer à un examen de conscience au lieu d’insulter les Solidaires (des « gérants d'estrade », selon Monique Richard) et de laisser entendre que tous les votes non libéraux de la province lui sont dus.

Il est vrai que la création du PQS vient en quelque sorte combler un vide et sanctionner le discutable bilan du PQ en matière de justice sociale et d’environnement. Théoriquement sociodémocrate, le Parti Québécois est devenu, en pratique, un parti centriste qui n’hésite pas à cruiser les électeurs plus à droite afin d’accéder au pouvoir. Il faut voir ce qu’André Boisclair aura à proposer, lorsqu’il se décidera à utiliser autre chose que la langue de bois, mais je parierais que son vertueux discours (PDF) de la soirée d’investiture restera en bonne partie lettre morte — ce n’est que mon opinion, bien sûr.

Le débat ne manquera évidemment pas de se polariser :

  • La fin (déloger les Libéraux, devenir souverain) justifie-t-elle le moyen (tous derrière le PQ, peu importe ses orientations)?
  • N’y a-t-il qu’une seule fin valable, soit la souveraineté au plus tôt? Autrement dit, la souveraineté est-elle la condition sine qua non d’un nouveau projet de société?
  • Faut-il voter stratégique ou éthique? (Y a-t-il une différence?)

Bien entendu, il faudrait d’abord savoir si le PQS est réellement susceptible de nuire au PQ. Peut-on par exemple envisager la collaboration ad hoc des deux partis sur la question nationale lors des prochaines élections? Certains le souhaitent. Dans tous les cas, je m'attends à ce que les Solidaires soient aussi pragmatiques — ils n'ont sûrement pas plus envie que vous et moi de voir les Libéraux reconduits au pouvoir, avec ou sans Jean Charest.

Et plus fondamentalement, y a-t-il encore une gauche suffisamment nombreuse, au Québec, pour faire vivre un parti qui se veut féministe, écologiste et altermondialiste (quoi que cela puisse signifier)? Si je me fie sur ce que je vois à Québec même, je ne peux qu’en douter (mais mon échantillon est peut-être biaisé).

On verra bien. Chose certaine, la discussion promet d’être intéressante.

CommentairesCommentaires

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L'Aut'Nico, le Mercredi 8 février 2006 à 10:07 [permalien] :

À priori je trippe pas full sur la politique politicienne mais...

Il me semble que les grandes considérations stratégiques des péquistes sont, en quelque part, antipolitique. On tente de faire taire les opposantEs avec une sorte de terrorisme intellectuel (vous allez faire passer les libéraux).

À un moment donné, les solidaires ne sont pas d'accord avec le P.Q.. Ils ont le droit. Et c'est logique, dans la mesure ou ils ne sont pas d'accord, de fonder une alternative politique. C'est ça la politique!

* * *

Personnellement, même en sachant que je vote rarement (conviction libertaire oblige), il me semble que, sauf en face d'une menace fasciste, le vote "stratégique" n'a pas vraiment sa place. Dans un contexte ou la marge entre libéraux et péquistes est mince (c'est pas mal blanc bonnet / bonnet blanc), le vote stratégique a encore moins sa place.

L'argument stratégique des péquistes ne porte pas parce que c'est essentiellement un argument nationaliste qui s'adresse à des gens qui ne sont pas essentiellement nationaliste. Le P.Q. est le parti d'une seule idée (ils sont prêtEs à tout sacrifier à la souveraineté). Or, il se trouve qu'il y a encore des souverainistes pour qui la souveraineté n'est qu'un moyen (c'est le cas des solidaires). Eux autres ne sont pas prêt à jeter le bébé avec l'eau du bain.

Plus profondément, il me semble que la question centrale est l'importance relative qu'on accorde à la question nationale versus la question sociale. Depuis belle lurette, la question sociale mange la claque au nom de la question nationale. À mon avis, et c'est l'avis des solidaires si je ne me trompe pas, la question sociale ne saurait plus souffrir d'ajournement. Pour moi la question sociale prime.

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