Un projet de loi visant à régir la façon dont les compagnies de technologies Internet font des affaires avec les pays reconnus pour leurs violations des droits humains devrait être déposé d'ici peu aux États-Unis.
Dans le cadre des travaux de préparation de ce projet de loi, des représentants de Google, Yahoo, Microsoft et Cisco ont fait face hier à une commission du Congrès qui enquête sur leur collaboration avec le gouvernement chinois. Celui de Cisco a ainsi dû répondre à des questions sur des ventes de matériel permettant la surveillance et le blocage du trafic Internet; celui de Microsoft, à des questions sur la censure des blogues de MSN Spaces; celui de Yahoo a dû s'expliquer sur la censure de leur moteur de recherche et sur la dénonciation de « dissidents » ayant utilisé leurs services (lesdits dissidents étant maintenant en prison); celui de Google, enfin, a été interrogé sur la censure de la toute récente version chinoise de son moteur de recherche.
Les réponses, comme on pouvait s'y attendre, n'ont pas été très impressionnantes. Outre l'argument trivial utilisé par tous depuis longtemps, à savoir que les compagnies qui veulent faire des affaires en Chine doivent se conformer à la législation chinoise, les délégués des quatre compagnies en ont sorti de bien bonnes. On a par exemple affirmé qu'au bout du compte, les Chinois profitaient de plus d'opportunités de communication et d'expression avec leurs services que sans (Microsoft), que le fait de placer un avis de censure à la suite des résultats de recherche constituait un compromis acceptable (Google), ou que la question des droits humains relevait plus des relations gouvernementales que des pratiques d'affaires (Microsoft et Yahoo). Au bout d'un moment, un représentant Démocrate dégoûté par l'attitude des délégués a fini par déclarer : « I do not understand how your corporate leadership sleeps at night ».
De fait, aucun des quatre porte-parole n'a paru se sentir spécialement interpellé par l'idée d'un citoyenneté corporative responsable. Dans le meilleur des cas, le vice-président aux relations publiques de Google a affirmé que l'entreprise n'était ni très enthousiaste, ni très fière (!) à l'idée de censurer son service chinois. De toute évidence, l'attrait du très très très lucratif marché chinois — le plus gros bassin d'internautes au monde — suffit à assurer un sommeil raisonnablement tranquille aux dirigeants des géants américains d'Internet.
Dans ce contexte, le fameux projet de loi américain, ambitieusement baptisé « Global Online Freedom Act », m'apparaît extrêmement intéressant (notez ce que je viens de dire et remettez-le moi sous le nez la prochaine fois que je diaboliserai ces diaboliques républicains). Selon la rumeur, l'encadrement des pratiques d'affaires des entreprises voulant vendre des services Internet à l'étranger passerait par la création d'un « Office of Global Internet Freedom » qui verrait à établir :
(Notez les similarités avec les propositions publiées par Reporters sans frontières en janvier dernier.)
Reste à espérer que ce projet de loi, si toutefois il voit le jour, porte fruit et fasse des petits ailleurs dans le monde. Il serait temps que l'industrie se réveille et prenne au sérieux ses propres déclarations d'intentions en matière de responsabilité sociale.
D'ici là, le gouvernement chinois pourra poursuivre la censure en toute tranquillité, tout en assurant le monde que c'est dans l'intérêt des citoyens.
* Citation complète : « Google's mission is to organize the world's information and make it universally accessible and useful ». Rappelons aussi que la devise corporative de Google est « Don't be evil ».
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Nic, le Vendredi 17 février 2006 à 11:19 [permalien] :
Notons itou que la célèbrissime devise de Google date d'avant leur introduction en bourse.
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