Léger traumatisme hier : pour la première fois de ma vie, je vais cotiser à un REER. Ajoutez cela au fait que de plus en plus de soupers bibuleux du samedi soir se transforment en brunches du dimanche matin pour cause de fatigue ou d'indisponibilité des convives, et vous aurez une idée du vague sentiment de ne plus être un jeune flo m'ayant accablé tout l'après-midi.
L’investissement n’étant historiquement pas ma tasse de thé, modestie des économies oblige, j’ai choisi un véhicule de placement plutôt conservateur, que je n’aurai pas à administrer moi-même et qui devrait avoir un rendement suffisamment stable pour se fondre dans le décor de mes finances. Alors que je remplissais le formulaire faisant de moi l'heureux propriétaire de cet équivalent financier d'un char de mononcle, j'ai eu la nette impression que des générations de planificateurs financiers (au fait, aviez-vous remarqué qu'il n'existe aucun synonyme du mot « financier »? Pas très lyriques, ces gens-là) se tenaient derrière moi, tout souriants, approuvant mon geste, rajustant leur cravate et me félicitant de tant de prévoyance. Exit la cigale, bonjour mouches et vermisseaux — à ne consommer qu'à la retraite, bien entendu.
Au moment d'apposer ma signature en pattes de fourmi au bas du formulaire, je vous l'avoue, je n'ai pu retenir un long soupir de lassitude; la page était lourde à tourner.
...
Enfin, bon. Je me console en me disant que cette décision a beau être aussi palpitante que l'achat d'un ensemble laveuse-sécheuse, le petit vieux que je vais devenir m'en sera vraisemblablement reconnaissant. Après tout, il aura, je suppose, des petits-enfants à gâter, possiblement un prêt étudiant à finir de rembourser, et le bordeaux ne sera sûrement pas plus gratuit dans trente ans qu'aujourd'hui.
Aaah! maudit vieux, quand même.
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Nic, le Mardi 21 février 2006 à 06:14 [permalien] :
Nous avons un premier rendez-vous avec notre planificateur financier dans 47 minutes. Soupir.
Martin, le Mardi 21 février 2006 à 07:22 [permalien] :
Bah, il ne faut pas prendre ça si négativement, avec un enfant qui s'en vient, l'achat d'une première propriété (si ce n'est déjà fait) peut devenir nécessaire et peut GRANDEMENT bénéficier de ce RÉER.
Dans le domaine de l'immobilier, RAPer, ce n'est pas chanter de la poésie avec rythme, c'est le fait d'utiliser son RÉER comme cashdown sur le montant d'achat de la propriété. Comme il est nécessaire de mettre minimum 5% du montant d'achat, l'option d'utiliser son RÉER comme capital est vraiment intéressante. Le hic, c'est que cet argent doit avoir été placé dans un RÉER 6 mois avant la transaction chez le notaire, alors il faut être prévoyant. Par la suite, le gouvernement nous laisse 15 ans pour rembourser ce RÉER avec un sursis de deux ans avant de commencer les paiements. Il est important de savoir que le motant qui sort d'un RÉER pour le RAP n'est pas imposable.
Bref, bien que les planificateurs sentent la bonne affaire, on ne peut que se réjouir du fait qu'en bout de ligne, on en sort gagnant tout de même...
Mo, le Mardi 21 février 2006 à 07:35 [permalien] :
En janvier, je suis aussi allée à ma caisse pour cotiser à un REER - j'y étais forcée. Grâce à un questionnaire tout à fait semblable au tien, Hugo, j'ai découvert que j'appartenais à un profil d'investisseur un ti-peu moins mononcle que toi, mais quand même... Disons que je roule en familiale avec un volant gainé de cuir. Vive la grande aventure !
Bernard, le Mardi 21 février 2006 à 08:37 [permalien] :
Un REER c'est comme la mort : moins on y pense, mieux on se porte. C'est là, ça nous attend, on se sent totalement dépourvu et on n'y comprend rien. Flatte-toi un peu la bedaine en pensant que tu es, avec Monik, une des douze personnes au Québec qui écrit REER correctement (c'est-à-dire sans ce maudit accent pas rapport).
En passant, moi aussi j'ai le profil pépère.
Nic, le Mardi 21 février 2006 à 11:14 [permalien] :
En fait, ça devrait être REÉR. Avec l'accent ainsi placé, ça évoque un groupe de musique pop danoise.
Pour ma part, je suis dans la catégorie sub-pépère.
Bernard, le Mardi 21 février 2006 à 12:22 [permalien] :
Désolé Nico, mais REÉR n'est guère mieux que RÉER : on ne met pas l'accent sur les sigles. Il est possible que REER suive un jour le même chemin que cégep, mais alors on ne l'écrira plus en majuscules (des réers, ça fait drôle non ?).
Nic, le Mardi 21 février 2006 à 13:36 [permalien] :
Oui, mais si les REER suivent le chemin du cégep, alors on dira reér -- ce qui fait de plus en plus Danois.
Afin de créer un palindrome parfait, on pourrait carrément écrire: réér.
Évidemment, cette histoire d'acronyme non accentué est strictement arbitraire. Pour ceux qui croient à l'usage, les grands logos illuminés de l'UQÀM juchés un peu partout au centre-ville (et dont le poid total doit avoisiner les deux tonnes) doivent constituer un sacré précédent.
En devanture d'une institution universitaire, en plus.
Mais je nous égare...
Nic, le Mardi 21 février 2006 à 13:37 [permalien] :
On pourrait brasser encore un peu les cartes en insistant pour conserver les tirets dans les acronymes. Ça donnerait reé-r.
Nic, le Mardi 21 février 2006 à 13:46 [permalien] :
Les finances ne riment pas toujours avec la grammaire.
Ce matin, notre conseillère ramait dur pour m'expliquer la différence entre un régime et un placement. D'après ce que je comprenais, le régime et l'option de placement étaient deux concepts différents et complémentaires.
Pourtant, pendant toute l'explication, elle n'a jamais cessé de dire que l'on "plaçait son argent dans un régime".
La pagaille, je vous dis.
Hugo, le Mardi 21 février 2006 à 13:49 [permalien] :
Sans compter que la plupart des institutions financières offrent un site permettant de gérer ses placements en ligne. Il y a sûrement un CyberREER (creé-r) ou un e-REER (e-reé-r) qui nous guette quelque part. Beuh.
Sinon, j'imagine bien Maurice Druon déguisé en Don Quichotte tentant de décrocher l'enseigne de l'UQÀM à l'aide d'une perche télescopique (et s'électrocutant dans un grand éclair bleu-blanc-rouge)...
Hugo, le Mardi 21 février 2006 à 13:54 [permalien] :
Moi j'ai appris qu'on achetait un régime d'épargne-retraite (RER) et non un REER. Ça ne devient un REER qu'une fois enregistré aux termes de je ne sais plus trop quelle loi. Bref, on est techniquement dans les patates de toute façon, ça n'arrange rien.
Bernard, le Mardi 21 février 2006 à 14:02 [permalien] :
Nico, si les REER suivent le chemin du cégep, cela pourrait bel et bien donner «réer», sinon, explique-moi d'où vient l'accent sur le premier e de cégep, pas de Énseignement toujours?
Hugo, si Maurice Druon s'amène avec une perche pour décrocher l'accent de UQAM, je vais l'aider à tenir l'échelle (je le pousserai peut-être en bas une fois sa tâche accomplie, mais cela est une autre histoire). Un peu d'histoire : www.radio-canada.ca/radio...
Nic, le Mardi 21 février 2006 à 14:17 [permalien] :
Tour de la question par notre très estimée M.-É. de V. : neumann.hec.ca/~x067/chro...
Bernard, le Mercredi 22 février 2006 à 07:29 [permalien] :
Il n'y a pas de norme absolue en français. J'ai un grand respect pour Marie-Éva et suit la plupart de ses positions comme paroles d'évangiles, mais il faut se rappeler qu'il n'y a pas de norme absolue en français. Il y a des usages, plus ou moins répendus, plus ou moins sanctionnés par des organismes ou des lexicographes plus ou moins respectables.
Dans le cas de REER, pour compléter le tour de la question entamé par Marie-Éva, on ira notamment faire un tour sur le GDT (w3.granddictionnaire.com) qui, suivant la position de l'Office québécois de la langue française, refuse l'accentuation des sigles.
Ramat (j'ai un faible pour Ramat encore plus que pour Marie-Éva) écrit REER sans accent et tout en majuscules. Mais il rappelle que « quand l'acronyme est très connu (...) on peut l'écrire en bas-de-casse avec une capitale initiale (...) Dans ce cas, on met l'accent sur cet acronyme (...) afin qu'il soit prononcé selon les règles d'accentuation française, sans tenir compte des accents des mots quand ces derniers sont écrits au long. »
Dorénavant, je cotiser donc à un réer ou à un REER, mais surtout pas à un RÉER ou à un REÉR.
Nic, le Mercredi 22 février 2006 à 07:49 [permalien] :
Le bas-de-casse est toujours très classe.
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