En définitive, ma douce moitié et moi ne profiterons point d'un barbecue cet été.
Nous avons acquis, il y a moins d'un mois, la panoplie complète — gril, cylindre de propane, brosse et housse — d'un copain s'apprêtant à déménager. Très heureux d'enfin disposer de l'ultime accessoire d'une terrasse digne du nom, nous avons entamé avec détermination (il a beaucoup plu) la saison des grillades, allant jusqu'à inviter la tribu montréalaise à venir en province déguster un échantillon de la robuste cuisine du terroir montcalmois.
Après deux ou trois essais, déjà, je pouvais me flatter d'être devenu Grand Maître de la Grille du Bas, spécialiste du quadrillé bien net et de la petite broue sur la tablette de gauche. Les compliments fusaient à chaque fois et monsieur Labrie, notre estimé boucher, avait même commencé à m'appeler par mon patronyme. La vie était belle, nous nagions dans l'allégresse, les chats dormaient à l'ombre de la housse par temps chaud; le barbecue, en un mot, nous avait transportés dans un conte de fées.
Mais un tel bonheur ne pouvait durer.
14 juin, 17 h 30 environ. Nous recevons quelques amis à souper. Il fait beau, nous prenons tranquillement l'apéro sur la terrasse en attendant de faire un mauvais sort aux brochettes, puis nous finissons par décréter, autour de 19 h, qu'il est temps de faire chauffer la chose. Je retire la housse, ouvre le robinet de la bouteille, règle les brûleurs à high et allume le tout. Un charme. Je referme le couvercle sur un spectacle digne d'une pub de Gaz Métropolitain. Puis, quelques secondes plus tard, piiiiiou... ça s'éteint. Plus de propane. Fichtre.
Rapide aller-retour au Pneu Canadien pour faire le plein. Il est maintenant près de 19 h 30. L'estomac dans les talons, je réinstalle le cylindre de vingt livres puis réallume la patente. Joie! Le miracle de la petite flamme bleue à nouveau accompli sous les yeux ébahis des badauds!
Mais voilà, un étrange sifflement commence à se faire entendre, d'abord à peine audible, puis plus prononcé. Intrigués, nous en cherchons l'origine. Je remarque alors que la valve de régulation du propane émet une sorte de bourdonnement. Perplexe, je m'agenouille et tâte l'installation. Tout semble en bon état, sauf que le sifflement et le bourdonnement proviennent effectivement de ladite valve, laquelle, de surcroît, vibre comme un lit de motel de passe et laisse échapper un vigoureux petit jet d'air. Ce n'est qu'alors que je réalise, avec toute la stupeur que vous pouvez me prêter, qu'il ne s'agit évidemment pas d'air mais de propane, et que tout ça se passe à environ douze centimètres d'un orifice laissant paraître une zoulie petite flamme bleutée à travers la paroi du barbecue.
« Bin merde! (que je m'exclame) Y'a une fuite de propane! »
Ma douce moitié, assise à la table à l'autre bout de la terrasse, me répond qu'en effet, ça commence à sentir drôle dans son coin. Sans plus attendre, je tends la main vers le robinet de la bouteille, question de couper l'alimentation au plus sacrant, mais c'est déjà trop tard : à l'instant même, dans un grand pouf, je me retrouve à genoux devant une bouteille de propane en flammes, et il se met à faire très, très chaud.
...
Permettez-moi d'arrêter ici la narration au présent. Outre que ça soit fastidieux, je ne me rappelle pas tous les détails de ce qui s'est passé ensuite. (Je suppose que ça se passe souvent comme ça, en cas d'urgence. On ne réfléchit pas beaucoup, on agit vite, on s'arrange surtout pour mettre la famille, les amis et les voisins à l'abri. Ensuite seulement, si tout le monde est hors de danger et si la production d'adrénaline ralentit, on se met à considérer plus froidement les évènements.)
Toujours est-il que la première chose qui me soit passée par la tête au moment où j'ai vu la flamme surgir de la valve de la bouteille de propane, c'est que cette foutue bouteille allait péter. Que j'étais à genoux devant une foutue bombe. L'image des ruines fumantes de notre immeuble des années 20 s'est instantanément imposée. Sincèrement, une flamme jaune de cinq ou six pieds de hauteur qui danse en chuintant devant soi, c'est extrêmement impressionnant, je vous jure.
Quoi qu'il en soit :
Voilà. L'incident était clos en une petite demi-heure. Pas d'explosion, pas de mort, pas de blessé. Même pas de dommages à cause de l'eau. Juste une bonne grosse frousse.
A posteriori, j'ai un peu l'impression d'avoir surréagi. Un pompier à qui j'ai posé la question m'a appris qu'en théorie, une bouteille de propane ne peut pas exploser lors d'un feu tel que celui que je viens de décrire. Les valves modernes sont censées empêcher la flamme de pénétrer dans le contenant et celui-ci est conçu pour résister à de hautes températures. En principe, j'aurais donc pu prendre trente secondes pour tenter d'éteindre la flamme et de fermer le robinet, et je nous aurais évité un gros bordel. Mais bon, je ne le savais pas et ça ne sautait pas aux yeux (sans jeu de mots); j'ai par conséquent agi au meilleur de ma connaissance. La prochaine fois, je saurai.
Ceci dit, il n'y aura pas de prochaine fois, du moins à court terme. J'ai tenté dimanche de remplacer la valve de régulation, dont la molette en plastique a fondu, ainsi que la tuyauterie du barbecue avec des pièces neuves achetées su Rona. Quelle n'a pas été ma consternation lorsque j'ai constaté, petite broue à la main, que les pièces en question étaient en fait parfaitement inamovibles, donc irremplaçables!
Peste soit de ce vieux Fiesta! Il finira sur le bord de la rue, dès qu'une âme charitable m'aidera à le descendre au rez-de-chaussée. Notre budget estival étant par ailleurs déjà accaparé par la préparation du nid en vue de l'arrivée d'une certaine petite fille, l'achat d'un barbèque neuf attendra. Mes excuses à qui nous avions promis des grillades cet été.
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Bernard, le Mardi 27 juin 2006 à 18:19 [permalien] :
Surréagi ? Peut-être. Mais je ne saurais t'en faire reproche, moi qui avais fait surgir quelques services d'urgence, craignant une fuite de gaz, un beau soir où la voisine avait utilisé un pesticide à base de soufre (mais je crois qu'il y a un billet là-dessus). Et puis, c'est toujours rassurant de voir que les pompiers sont nos amis...
Mathieu, le Mercredi 28 juin 2006 à 10:08 [permalien] :
Personellement, je ne crois pas que tu aies surréagit, surtout après avoir vu l'édifice en face de chez nous brûler entièrement d'une manière spectaculaire et très rapide ! En seulement 10 minutes, un petit feu de cheminé s'est transformé en gros feu de bâtiment... Je vous jure ça fait peur !
Pour ce qui est du barbèque, un petit conseil toujours écrit dans les manuels d'utilisation que personne ne fait jamais :
Lors du branchement d'une nouvelle bouteille, mouiller les tuyaux, la valve, les connections avec de l'eau savonneuse afin de vérifier l'étanchéité AVANT d'ouvrir le feu... J'ai commencé à le faire depuis peu et, lors de mon dernier changement de bouteille, des bubulles m'ont indiqué que je n'avais pas serré suffisament le raccord. Qui sait ce qui aurait pu arriver ?
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