Plus j'y pense, moins je m'inquiète.
Au fond, c'est l'heure du reality check pour l'ADQ. Jusqu'ici, tout ce que les candidats adéquistes ont pu démontrer, c'est qu'ils sont redoutables lorsque vient le temps d'accaparer les médias en partant sur des dérapes populistes. À partir de maintenant, il leur faudra articuler leur pensée et défendre leurs idées face à un parterre de députés expérimentés qui ne souffriront pas qu'on les boulechite.
Et c'est ça qui est rassurant : pour défendre des idées, encore faut-il en avoir qui tiennent un tant soit peu la route. Or, quand on retire de leurs déclarations le chiâlage réactionnaire, les clichés anti-« gau-gauche » et les généralités stériles, que reste-t-il?
Ceci dit, on verra bien comment ils s'en sortiront. Plusieurs ont dit, depuis lundi, qu'il leur serait profitable de constituer l'opposition officielle pendant un certain temps, que ça leur donnerait de l'expérience. Sans soute. À mon avis, cependant, leurs sympathisants risquent d'être déçus du résultat : la maturité, s'ils en acquièrent, s'accompagnera vraisemblablement d'une certaine modération. Ils se rapprocheront du centre, ils feront des compromis, ils négocieront avec les syndicats, ils s'accomoderont raisonnablement. Rendu là, CHOI-FM leur rentrera dedans, ils commenceront à faire élire des députés de diverses origines ethniques sur l'île de Montréal, on apprendra qu'un (ou plusieurs) de leurs candidats-vedettes étaient homosexuels et on entendra Mario Dumont chanter les louanges de l'État-providence.
Hum.
Il est aussi possible, comme le disait lundi un de mes collègues, qu'on aie donné aux adéquistes la corde avec laquelle ils vont se pendre.
S'il vous plaît, dessinez-moi un mouton...
Barrès, le Mercredi 28 mars 2007 à 17:17 [permalien] :
Les Wisigoths ne sont pas encore maîtres de Rome, mais ils sont aux portes de la ville. Et pour ajouter à une situation déjà inquiétante, le cheval de Troie de Stephen Harper a plein de soldats bleus dans son ventre qui n'attendent qu'un signal pour passer à l'attaque. Là, ça va être laid. Très laid. Plusieurs envisagent déjà le pire. Ainsi, le fort en gueule Michel Gauthier a déjà capitulé, sans même livrer bataille. Quant à Duceppe, il est grillé des deux côtés. Une parfaite "no win situation" pour cet admirateur de Mao: ou bien il reste à Ottawa avec à peine une vingtaine de députés, ou bien il se fait battre par l'ADQ dans 18 mois.
Au fait, pourquoi Duceppe ne deviendrait-il pas, avec les deux autres rêveurs du Plateau, le troisième chef de Québec solidaire? Trois têtes valent mieux que deux après tout...
Mo (avec un bébé qui chigne dans un bras !), le Jeudi 29 mars 2007 à 05:52 [permalien] :
Ce qui me fait peur, personnellement, ce n'est pas la montée de la droite, même si je ne la souhaite pas. Ce qui me sidère, comme toujours, c'est qu'on élise des gens sans savoir de qui il s'agit, sans comprendre minimalement les enjeux, parce que les commissaires scolaires ont une plus grosses maisons que la nôtre, parce qu'on veut le bien de son chauffe-eau, parce que le Plateau est plus hot à la télé que ville Vanier et parce que le chef a le charisme d'un vendeur de char (ils n'ont pas vu Daniel Boucher sur scène vendredi soir, cette bande de ploucs refoulés !) En cela, le mal est fait, l'inculture, l'anti-intellectualisme l'ont emporté : les calottes blanches qui roulent en civic ont uni leurs voix et sont allées fêter leur victoire à la cage aux sports (n'était-ce pas le point de ralliement à Québec ? ). Ça t'enlève le goût de faire l'indépendance, assez brusquement.
Bernard, le Jeudi 29 mars 2007 à 07:04 [permalien] :
« Les rêveurs du Plateau » Ah! Ah! Ne me dites pas cher Maurice que vous, si provocateur mais pas du tout stupide, que vous gobez cette fiction du Plateau.
Le Plateau comme incubateur politique, c'est une fiction, un bouc émissaire inventé par le vrai monde. Mais le Plateau ne porte pas les valeurs d'un peuple, ni d'aucun groupe en particulier, sauf les siennes.
Sur le Plateau, on va bouquiner ou acheter des vêtements d'une certaine mode, on va boire des infusions de céréales ou se saouler dans des tavernes (des vraies comme des fausses) parce que ça fait bon genre, parce c'est bien situé, parce que c'est tout près du métro.
Sur le Plateau, on vit à douze dans un 6 1/2 et on ne lavec pas la cuvette souvent, ou à 1 et demi dans un condo de neuf pièces, et la réfugiée serbe désinfecte la cuvette à toutes les deux heures. Sur le plateau, on se promène avec des vélos de villes, faussement vieux, arborant panier, fleur artificielle et sonnette vintage qui fait dring dring et qui a coûté 50 dollars (mais il ne faut pas le dire). Sur le plateau, on trie son recyclage, on mange bio, on vote vert ou solidaire, on a des amis juifs ou arabes, on ne mange pas de porc et on ne va jamais à la cabane à sucre parce c'est elle qui vient à nous.
Le plateau est un mythe, une fiction pratique, un repoussoir. La culture québécoise et ses sous-cultures ne se rassemblent plus (plus uniquement du moins) autour de lieux réels, mais de médias. Des frais du plateau, il y en a à Mont-Joli comme à Terrebonne. Des ti-casques à Civic, il y a en rue Laurier et des colons de Québec, il en vit à Verdun comme à Drummondville.
Mo (avec un bébé qui chigne dans un bras !), le Jeudi 29 mars 2007 à 07:51 [permalien] :
Foglia, merci !
www.cyberpresse.ca/articl...
Mélanie, le Jeudi 29 mars 2007 à 11:20 [permalien] :
J'ai bien aimé et je ris encore de ''traverser l'Atlantique à pédalo''. Foglia n'aurait pas pu voir plus juste à mon avis.
Hugo, le Jeudi 29 mars 2007 à 12:07 [permalien] :
Mo : hélas, j'ai bien peur que les contigents adéquistes ne soient plus limités aux détenteurs d'autocollants « Libarté » ou à la faune vaniéroise. Si je dois en juger par tout ceux que j'ai entendu fièrement affirmer avoir gagné leurs élections, il y a pas mal de quadragénaires, de professionnels, de cols blancs... et un grand nombre de syndiqués. Je pense que tu as raison d'évoquer l'inculture ou l'anti-intellectualisme. On pourrait parler, en général, d'anti-élitisme (sauf dans les sports, où il semble que l'idée d'une élite soit tout à fait acceptable). Mais voilà, mon point, c'est justement que l'ADQ, au contact du pouvoir, va gagner en subtilité, va nuancer son discours — après tout, Mario Dumont ne se dit-il pas lui-même pragmatique? — et tout ça va forcément aliéner une bonne partie de ceux qui comptent sur ce parti pour simplifier des problématiques qu'ils ne comprennent pas.
Bon... Je me relis et je me trouve vraiment condescendant. C'est probablement normal : j'ai appris ce midi dans une lettre publiée dans le Devoir que j'étais bien-pensant, hautain, condescendant, bref, pas du « vrai monde ».
Bernard, le Jeudi 29 mars 2007 à 15:27 [permalien] :
Remarquez, cher Maurice, que j'étais moi-même un peu de mauvaise fois: je vous attaque sur le Plateau alors que vous ne me parliez que de ses deux rêveurs... Remarquez aussi que je ne conteste nullement l'onirisme de QS, mais nous savons vous et moi qu'il ne s'agit pas (du moins pas encore) d'un parti politique à part entière. Comme l'ADQ récemment, QS n'a aucune possibilité d'être porté au pouvoir, son programme en est donc un d'idéaux, et comme tel, ils peuvent bien rêver d'un état parfait où tout-le-monde-il-est-beau tout-le-monde-il-est-gentil mais pas communiste quand même et être de toutes les causes et ne pas se mettre les mains dans les dossiers les plus sales. Il était par contre un peu facile de leur reprocher leur bicéphalie.
Hugo, on ne te dérange pas toujours ?
Hugo, le Jeudi 29 mars 2007 à 17:18 [permalien] :
Meuh pas du tout.
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