En petits morceaux

Dernier recours

Vendredi 10 août 2007 à 22:16 | Et ce n'est pas tout

Le poids du monde (3)

Sur la banquette qui me fait face, il y a une femme dans la trentaine avancée, plutôt laide, tristement coiffée et habillée d'un survêtement de jogging qui la rend difforme. Son visage, trop ridé pour son âge, porte de nombreuses cicatrices; son nez, de toute évidence, a déjà été cassé. Un gros sac à main en vinyle craquelé est posé sur ses cuisses et lui sert de lutrin. La bouche légèrement entrouverte, elles est plongée dans Guérir avec l'aide des anges.

Commentaires2 commentaires

Le poids du monde (2)

Mercredi 8 août 2007 à 22:12 | Et ce n'est pas tout

J'entre au casse-croûte du deuxième étage pour acheter un muffin. De l'autre côté du comptoir, au fond de la cuisine, la gentille préposée, une femme début cinquantaine, petite et grassouillette, me tourne le dos. Elle ne m'a pas entendu entrer. Elle se tient un peu penchée devant un étal en inox, appuyée sur ses bras tendus de part et d'autre, les mains à plat sur la surface métallique. Un panini en cours de préparation repose devant elle au milieu de tranches de charcuterie. Elle ne bouge pas.

Elle porte l'uniforme d'un quelconque service de traiteur, un polo marine informe avec des pantalons élimés, et ses cheveux ramassés dans une résille industrielle forment un amas sombre qui lui cache la nuque. Ses épaules remontées lui arrondissent le dos; ses omoplates poussées l'une contre l'autre font saillir un vague repli de chair au milieu. Sa tête est inclinée vers l'avant comme celle d'un christ en croix. Je crois qu'elle pleure, je ne suis pas sûr.

Commentaires1 commentaire

Le poids du monde

Mardi 7 août 2007 à 20:20 | Et ce n'est pas tout

Dans le hall, une femme attend l'ascenseur à côté de moi. Mi-quarantaine, mince, sophistiquée, très élégante dans son tailleur ivoire. Elle porte des boucles d'oreilles et un collier de perles, des talons hauts et un sac en cuir fin parfaitement coordonnés. Son maquillage et sa coiffure sont impeccables. Dos droit, tête haute. De profil, elle ressemble à Nicole Kidman. En entrant dans l'ascenseur, elle retire ses lunettes de soleil Dolce & Gabbana et appuie sur le bouton du sixième.

Puis elle ferme les yeux, baisse la tête et pousse une sorte de long soupir silencieux. Un soupir profond, appuyé, comme si elle luttait contre un sanglot. Pendant deux secondes, elle a l'air si oppressée que je crains qu'elle ne s'évanouisse. Pris de court, je retiens mon souffle, immobile.

Un instant plus tard, lorsque je sors de l'ascenseur, elle est redevenue une actrice célèbre.

Commentaires3 commentaires

« En petits morceaux » est un projet Takefu qui sent le bambou. Certains droits sont réservés.