Tous les jours, de 8 h 30 à 17 h, elle est assise devant un écran d'ordinateur et tape des chiffres et des lettres sur un clavier beige. Des mémos périmés sont piqués sur les cloisons en tissu vert pastel de son cubicule de 2,25 mètres².
D'où elle se trouve, elle ne voit pas de fenêtre. Même en étirant le cou. Elle ne passe d'ailleurs devant aucune fenêtre en se rendant à la toilette, au photocopieur ou à la distributrice d'eau de vaisselle. Lorsqu'elle doit changer d'étage, elle emprunte un escalier qui se tortille dans un puits en béton gris foré au centre de l'édifice. Des tubes fluorescents fournissent à chaque recoin de l'édifice — même dans les ascenseurs — l'exacte quantité de lumière blafarde requise pour éviter de coûteux accidents de travail.
Été comme hiver, beau temps mauvais temps, la climatisation contrôlée électroniquement assure la constance de la température (23°C) et de l'humidité (45 %) des espaces occupés par les employés. Heure après heure, jour après jour, sans la moindre variation, le système de ventilation fait entendre son ronronnement monotone.
Elle pourrait tout aussi bien travailler dans un sous-marin.
Chaque jour, à 17 h 05, lorsqu'elle passe le sas chauffé du hall d'entrée et se retrouve, un peu étourdie, sur le trottoir devant le bureau, elle s'étonne de la fraîcheur de l'air du soir, de la pluie ou de la neige qui vient lui mouiller les cheveux, du vent qui souffle la flamme de son briquet alors qu'elle tente d'allumer une cigarette afin de prendre, comme le dit sa voisine de cubicule, « une petite bouffée d'oxygène ».
« En petits morceaux » est un projet Takefu qui sent le bambou. Certains droits sont réservés.