(des idées comme ça)
Étant donné l’abondant bavardage suscité par le billet portant sur le mot fin de semaine, je livre ici, pour le bénéfice et l’amusement de mes lecteurs, deux textes de référence.
Le Laborantin, mardi 30 novembre 2004
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Ce laboratoire révèle au monde ébahi des aspects cachés de ma personnalité. Sans doute suis-je d’un naturel belliqueux, car lorsque j’ai lu sur le Relais (canal de discussion des herbogénistes québécois) l’entrée suivante :
« Rien que pour ton information, Tommy, "fin de semaine" est un québécisme pour l'expression française correcte "weekend"!!! Personnellement, je préfère mon québécisme, mais les adeptes du weekend ont tout à fait raison! »
Le Laborantin, vendredi 26 novembre 2004
Visitez la section : Le mot juste ; 3 commentaires
Hier, je me suis laissé aller à dire du mal de Catherine Lambert, en lui reprochant d’avoir traduit et chanté en français « Across the universe ». Au fond, il n’y a pas de mal à traduire une chanson quand on l’on aime et qu’on veut la faire connaître et, de toutes façons, ce n'est pas elle qui a traduit les chansons. Alors j’ai retiré la référence et l’insulte qui ne cadraient pas avec le billet.
Catherine Lambert n’est pas une p***, c’est une chanteuse. Elle a travaillé notamment avec Bundock, Villeray et Dominique Lanois. Comparée à Enya, elle est connue surtout pour ses spectacles de chansons médiévales. Elle a commis, en 2003, avec la collaboration de Normand Vanasse, un album hommage aux Beatles intitulé « Des mots qui vont bien ensemble ». Sur les quatorze pièces de l’album, neuf sont des traductions en français et cinq des versions instrumentales.
Les extraits que j’ai entendus ne m’ont pas renversé, mais le projet musical est intéressant : les arrangements rock, pop ou psychédéliques cèdent ici le pas à la guitare de Vanasse, parfois flamenco, accompagnée à l’occasion d’un violoncelle. Mais ce n’est pas parce qu’on est un bon guitariste qu’on est un bon traducteur…
La suite de ce billet plus tard dans la section « Le mot juste »
Le Laborantin, vendredi 26 novembre 2004
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Pensant à demain, je m’attends à ce que le ciel me tombe sur la tête. Et si on ne parvenait pas à relouer notre appartement dans Maisonneuve? Et si le muffler du char restait dans la rue? Et si les brakes lâchaient en bas d’une côte? Et si les wipers rêlaient le windshield? Et si le toit de notre cottage coulait? Et si la chaudière au gaz explosait? Et si les fondations se fissuraient? Et si les égouts refluaient et envahissaient le sous-sol? Et si une équipe d’archéologue découvrait un cimetière indien dans notre cour, serions-nous expropriés?
J’écoute Across the universe, cette merveilleuse chanson de John Lennon. Les paroles, la mélodie, le son de la douze cordes, tout dégage une impression de paix, de bonheur et de calme. Poème d’amour universel d’un dieu sur l’acide redécouvrant et confondant ses sens. Rien ne changera le monde, tout va bien.
Au fond, on pourrait relouer l’appartement demain et faire un tour à Verdun en voiture pour revoir la petite maison qui nous attend bien sagement.
Le Laborantin, jeudi 25 novembre 2004
Visitez la section : Des problèmes de grands ; aucun commentaire
La fin de semaine dernière, on m’a demandé comment se portait Josué, la lecture de mon dernier billet (Correspondances pharmaciennes), ayant laissé croire à certains qu’il se trouvait malade. En fait, l’aventure décrite dans ce petit récit s’est déroulée il y a de cela un bon mois et il faut savoir qu’à l’heure qu’il est, le petit pète littéralement de santé. Cette question qu’on m’a posée m’amène cependant à préciser quelle est la nature de mon travail dans ce Labo.
La Laborantine, mercredi 24 novembre 2004
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Intéressé à me familiariser avec mon futur quartier, je me suis plongé dans le guide Ulysse de Montréal. On y lit :
« Entre 1852 et 1856, on aménage le canal de l’aqueduc de Montréal dans la partie nord des terres de Verdun. Un village voit le jour au sud du canal, mais mettra du temps à se développer à cause des crues printanières fréquentes. À la suite de l’aménagement d’une digue en bordure du fleuve (1895), le développement s’accélère » (Montréal, Guide Ulysse, p. 235)
Le Laborantin, mardi 23 novembre 2004
Visitez la section : Babylone ; aucun commentaire
Addendum au billet « Scène policière »
J’ai revu hier la sous-compacte et la mini-fourgonnette. La première était stationnée en double à côté de la seconde, son moteur en marche crachait dans l’avenue De LaSalle des nuages de gaz pestilentiels. Pas de trace du moustachu chelou par contre, sans doute s’était-il dissimulé sous l’un de ses deux véhicules, cannibalisant les pièces de l’un pour prolonger la vie de l’autre.
Ce matin, une strap de fan gisait devant la mini-fourgonnette abandonnée.
Le Laborantin, mardi 23 novembre 2004
Visitez la section : Babylone ; un commentaire
En allant chercher son café à la cuisinette, les yeux à peine éclos, on le voit qui s’affaire. Il est là, comme s’il avait passé la nuit entre le frigidaire et le distributeur d’eau. Parfois, il déjeune d’un hot-dog réchauffé au micro-onde. Il le décore d’un serpentin de ketchup. Il l’engouffre, une, deux, trois bouchées. Parfois, il étend sur une tranche de pain aux raisins grillée une généreuse truellée de beurre d’arachides au chocolat.
Ouache ! L’étiquette est rose, le contenu est brun. Le pot traîne en permanence sur le comptoir, sans couvercle, la languette de métal repliée vers l’arrière, ouvert à tout venant. Mais même les mouches ne s’en approchent pas. Je l’ai planqué derrière une pile de serviettes de papier pour ne plus le voir.
Il a respecté cet exil.
Le Laborantin, mardi 23 novembre 2004
Visitez la section : Au quinzième ; aucun commentaire
Dans le stationnement bondé des halles de Sainte-Foy, une jeune calotte conduisant une voiture sport attaque un cinquantenaire qu’il accuse de lui avoir volé sa place. Je coupe le moteur, je sors : « On se calme ! » La calotte ne se calme pas, mais il lâche le cinquantenaire qui, abandonnant ses courses, regagne son véhicule et s’en va en essuyant une nouvelle bordée d’injures de son agresseur. En passant devant la voiture sport, j’aperçois la petite copine de l’autre, ratatinée sur le siège du passager.
Je quitte moi aussi le champ de bataille tandis que l’agressif me susurre de douces paroles « Toé t’es chanceux, t’es chanceux hostie! » Bouillant de colère, il lance ses clefs en direction de la voiture, je les vois grossir dans le rétroviseur, puis heurter le sol, puis resurgir entre les roues avant. Je regretterai toujours de ne pas avoir ouvert la portière pour emporter le projectile.
Ça a pris une bonne demi-heure avant que mes bras cessent de trembler. Je suis chanceux : j’aurais pu me faire péter la gueule vingt fois. Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait?
J’espère pour la copine qu’elle l’a largué le soir même.
Le Laborantin, lundi 22 novembre 2004
Visitez la section : Vices et vertus ; aucun commentaire
Dans la tour où je travaille, confidentialité oblige, il faut une petite carte pour aller aux toilettes. Cette même carte nous permet d’entrer presque partout sur tous les autres étages, car nous sommes une grande famille. En fait, nous sommes les seuls occupants de la tour à bénéficier d’une intimité complète et nos nombreux visiteurs sont furieux de se casser le nez sur notre porte.
Un jour, un complet-cravate introduit quatre demi-dieux des affaires dans notre prison. Le complet-cravate commente la visite des lieux en détaillant les services offerts par les indigènes. Les demi-dieux, faussement intéressés, jettent des regards nerveux autour d’eux, tâtent fébrilement leurs poches et serrent contre leur cœur de pierre les attachés-cases qui renferment la sève de leur ennui. On sent la peur qui transperce leurs complets ajustés ou leurs tailleurs griffés. Ils parlent à voix basse, comme si nous n’y entendions rien. N’y a-t-il vraiment rien à craindre des mœurs primitives des anthropoïdes évoluant dans ces frêles cubicules? Le complet-cravate les rassure. Ils s’éclipsent rapidement et personne ne les regrette.
Le Laborantin, lundi 22 novembre 2004
Visitez la section : Au quinzième ; aucun commentaire
L’étymologie est un sujet passionnant; appliqué à l’onomastique il l’est encore plus. La racine indo-européenne de Dieu (quelque chose ressemblant à « dei ») signifie brillant, lumineux. Très tôt utilisé comme une épithète, il désigne un être céleste : un Brillant, c’est un dieu. Par extension, le terme en vint à désigner toute divinité.
Le Laborantin, vendredi 19 novembre 2004
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Il y eut un moment dans ma carrière de lecteur où il me semblait que tout me conduisait au Paradis perdu de Milton. Cette impression s’est un peu estompée aujourd’hui, mais j’ai commencé la lecture du poème épique et il n’est plus question que je l’interrompe. Au moment de procéder à l’achat de ce livre, j’ai hésité entre la version anglaise (dont la lecture risquait d’être difficile puisque le texte est versifié et qu’il date du 17e) et la traduction française de Chateaubriand (dont la lecture risquait également d’être difficile, en raison d’un curieux parti pris de François-René qui avait choisi de traduire l’anglais presque littéralement; « J’ai calqué le poème de Milton à la vitre », disait-il). Tout bien pesé, j’ai finalement pris la décision de me procurer une version française de ce texte, décision que je ne regrette pas aujourd’hui.
Je me suis donc dirigé vers le Renaud-Bray situé sur la rue Ste-Catherine Ouest, dans le voisinage de l’université Concordia. J’y ai travaillé pendant quelques mois, peu après mon arrivée à Babylone, et je comptais profiter de cette emplette afin de saluer quelques-uns de mes anciens collègues. Voyant l’achat que je m’apprêtais à faire, Umberto s’anima : son mémoire de maîtrise portait justement sur Paradise Lost. Il y étudiait l’influence du personnage de Lucifer sur une certaine littérature anglo-saxonne des 17e et 18e siècles, comment, notamment, l’ange déchu dépeint par Milton avait servi de modèle à certains personnages de brigands justiciers, un peu comme Robin des bois ou Arsène Lupin.
Quand je vous disais que le Diable était un personnage fascinant…
Le Laborantin, vendredi 19 novembre 2004
Visitez la section : Des lettres (mais pas de chiffres) ; aucun commentaire
Pourquoi s'intéresser au personnage du Diable ? Pourquoi ne pas disserter plutôt des mœurs sexuelles des orchidées, du programme spatial canadien ou d’une éventuelle reformation des Beatles ? Pour le commun, s'intéresser au diable cela signifie prononcer des messes noires où l'on égorge des chèvres pour recueillir leur sang et le verser en torrents sur le sein d'une jeune vierge, pendant que cette dernière, agenouillée au centre d'un pentacle, entourée de sept fois sept bougies et d'objets ésotériques symbolisant les onze forces primordiales des mondes subtils, récite des vers latins écrits au miroir dans un grimoire relié en cuir d'opossum.
Le Laborantin, vendredi 19 novembre 2004
Visitez la section : Des lettres (mais pas de chiffres) ; un commentaire
Quand vient le moment d’occuper un nouveau territoire, la première tâche de l’envahisseur est de repérer l’authentique pataterie qui servira à lui encrasser les artères, celle où l’on prépare ses frites à la main depuis trois générations. Tant qu’à risquer un pontage, aussi bien le faire en dégustant des patates cuisinées avec amour.
Ce midi, me promenant dans le sud-ouest afin de photographier la pancarte « vendu » ajoutée à l’enseigne fichée dans le parterre de notre cottage verdunois, je suis tombé par hasard sur notre futur fournisseur de friture. Il s’agit du très-classe, du très-noble « Normand Patate de l’Hambourgeois »
Enfoncé, PAT-Patate de Pointe-aux-Trembles !
Le Laborantin, jeudi 18 novembre 2004
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L’ascenseur que j’utilise pour gagner mon poste dessert les 11 derniers étages de l’immeuble. Étant toujours le premier à débarquer, je me tiens près de la porte, à côté du tableau des commandes. La capacité maximale de cet ascenseur est de 22 personnes, et il n’est pas rare aux heures de pointes de s’y entasser à quinze ou seize. Pourtant, depuis près de 10 mois que je l’emprunte quotidiennement, il n’est pas arrivé une seule fois que les 11 boutons aient été sélectionnés; pis encore, je ne crois pas que nous ayons rempli plus d’une quinzaine de fois l’une ou l’autre des lignes comptant à peine trois boutons. Que voilà une bien piètre performance…
Le Laborantin, jeudi 18 novembre 2004
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Je maintiens ouverte une porte-panique afin de permettre à un préposé d’introduire dans la cuisinette un chariot supportant une centaine de boîtes de poudre de chocolat, de café et d’autres produits de qualité inférieure utilisés pour maintenir en état de veille des travailleurs occupant l’essentiel de leur temps devant le terne moniteur de leur ronronnant PC. Il me remercie et s’arrête un instant, épuisé. Il m’explique que « avec le tapis, c’est deux fois plus lourd ».
Stupéfiant : les fournitures commerciales auraient donc la faculté de modifier les forces élémentaires de l’univers…
Le Laborantin, mercredi 17 novembre 2004
Visitez la section : Au quinzième ; aucun commentaire
(Je dédie ce billet à tous les étudiants étrangers dont j’ai écorché le nom en début de trimestre.)
Au moment de choisir un prénom pour notre fils, je me suis intéressée à ceux qui s’inscrivaient dans l’histoire et plus particulièrement à ceux qui relevaient de la tradition judéo-chrétienne. La tâche s’est avérée plus ardue que je ne l’aurais cru : aussi beaux étaient-ils, les Samuel, Jérémie et Mathieu posaient un problème d’originalité, alors que les classiques moins usités comme Moïse, Hérode et Zachée auraient pu laisser place, dans la cour d’école, à des quolibets bien mérités. À la fois sobre et non-conformiste, le prénom Josué possédait la plus harmonieuse des résonances : sa chuintante, sa sifflante et son hiatus ne forment-ils pas la plus jolie des musiques ? Prononcez le nom de mon fils : c’est un air de fado que vous entendrez.
La Laborantine, mardi 16 novembre 2004
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Nous avons reçu le rapport de l’inspecteur quelques jours après son passage dans la maison. À première vue, il était difficile de savoir si le texte était positif ou négatif : il nous paraissait simplement technique. Je crois qu’il faut se mettre dans un mode « castor bricoleur » pour en saisir (voire, pour en savourer) toute la portée. Or, vous le savez peut-être, nous ne sommes pas des castors bricoleurs.
Le Laborantin, mardi 16 novembre 2004
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Une maison est un être complexe et pudique qui ne se laisse pas découvrir facilement par le premier venu. Ainsi, pour accomplir son ministère, l’inspecteur en bâtiments doit-il contourner divers obstacles que nous pouvons regrouper en problèmes de taille, d’échelle temporelle et d’opacité.
Le Laborantin, lundi 15 novembre 2004
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Nous avions fait une offre d’achat pour un cottage situé dans la partie occidentale du quartier Mercier. L’offre ayant été acceptée, il ne restait plus qu’à faire inspecter les lieux par un spécialiste. Monik s’est fait recommander un inspecteur en bâtiment avec qui elle a pris rendez-vous.
Il n'était pas grand l'inspecteur, mais il y en avait dedans.
Le Laborantin, lundi 15 novembre 2004
Visitez la section : Des problèmes de grands ; aucun commentaire
Il est de ces choses que l'on côtoie presque tous les jours sans jamais les remarquer, jusqu'à ce que, un beau matin, tout bascule. Quelqu'un nous ouvre les yeux et l'on ne peut plus les ignorer.
Par exemple, au cours de vos dernières vacances à Cuba, pendant que votre douce rendait tripes et boyaux dans la salle d'eau attenante à votre chambre, vous êtes descendu de plus grand matin que d'habitude prendre seul votre petit déjeuner.
Le Laborantin, dimanche 14 novembre 2004
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Ça va mieux ! Ce blogue n’est pas encore parfait, mais j’ai tout même réussi à le mettre à ma main. Je ne suis pas un maître du style et j’espère bien qu’on ne citera jamais l’apparence, la disposition ou la construction de ces pages en exemple. Le bidouillage de code ne représente pour moi qu’un défi intellectuel auquel j’ai désiré me mesurer, mais dont je ne ferai ni un hobby, ni une spécialité et surtout pas une profession, faute de vouloir y investir le temps et l’énergie nécessaires.
Enfin, je célèbre aujourd’hui les retrouvailles de cette partie perdue de ma virilité. Il ne me reste plus qu’à refinancer mon hypothèque et à démonter le moteur de ma tondeuse.
Le Laborantin, vendredi 12 novembre 2004
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À peu près une fois par trimestre, les majors d’Hollywood tiennent un grand meeting où les bonzes de circonstance font le point sur l’industrie cinématographique et tentent de définir les grands axes de production des saisons à venir. C’est au cours de ces réunions que naissent les vagues de films clonés qui envahissent périodiquement nos écrans : « Il nous faudrait un film sur l’Atlantide, j’ai entendu dire par Duchmoll qui est lèche-botte de service à la Ouarner qu’ils en préparaient un avec Brouce Ouillis — Ouais, la Fox aussi, mais avec un acteur français — Ah ! Ah ! ».
Le Laborantin, vendredi 12 novembre 2004
Visitez la section : Le septième ; aucun commentaire
Plusieurs résidants du quartier en quête d’un foyer se sont rabattus sur d’anciens locaux commerciaux convertis tant bien que mal en logements. En guise de fenêtres, ces appartements ont des vitrines, et à moins que les locataires n’aient décidé de se camoufler derrière des rideaux – se privant ainsi des rares rayons de soleil qui peuvent se faufiler jusqu’au rez-de-chaussée –, il n’est pas difficile pour le passant curieux d’en épier les mœurs. Bien sûr, cette situation n’est pas le propre de l’Esse, nombre de ces aquariums pour humains se trouvant ailleurs sur l’île. On pourrait penser que les plus déshérités de la société échouent dans ce type d’appartement – cela est plus que plausible –, mais je ne serais pas surprise d’apprendre que certains habitants du Plateau paient un loyer indécent pour vivre dans l’un de ces « lofts ».
La Laborantine, vendredi 12 novembre 2004
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J’observe la ville par les fenêtres du sud. Je m’attarde aux minuscules piétons, aux minuscules voitures qui évoluent dans cette carte géante en trois dimensions. Il y a des voies ferrées, des usines, des silos, des autoroutes, le fleuve sous ses remparts de brouillards et de glace et, au loin, une autre région administrative.
L’enseigne de Five Roses trône au-dessus d’un édifice d’une quinzaine d’étage. Le soir, les lettres s’allument et percent la nuit, imprimant leur sanglante empreinte dans le décor scintillant de la ville nocturne. On se croirait à Las Vegas. Le squelette du pont Champlain, à l’arrière-plan, et le grand trou d’ombres laissé par la zone commerciale nous ramènent à Montréal et nous rappellent que Five Roses n’est ni un hôtel, ni un casino, mais une meunerie flanquée de quelques silos à grains.
Le Laborantin, mardi 9 novembre 2004
Visitez la section : Au quinzième ; aucun commentaire
Chaque résidant du Levant montréalais subit la livraison des Nouvelles de l’Est dans sa boîte aux lettres. Nul doute que cet organe communautaire sans grand intérêt –entre autres parce que Louise Harel en est la star—constitue une nuisance écologique. C’est pourtant par son entremise que je connais, hebdomadairement, un minuscule plaisir : la lecture de Scène policière.
La Laborantine, mardi 9 novembre 2004
Visitez la section : Babylone ; aucun commentaire
Tous les matins de la semaine, j’attends le 139 au coin de Pie-IX et Lafontaine. J’ai le cœur léger, car je sais que le camion de Québec Linge passera. Le chauffeur, appelons-le Roger, quitte la buanderie sise au 4375, rue Rouen, vers 8 h 45 (HNE). Il tourne à gauche sur Pie-IX et se dirige vers Notre-Dame pour une direction inconnue. Au cours de sa tournée, Roger distribuera d’une main la propreté et la santé tandis qu’il recueillera de l’autre la saleté, la maladie et la laideur. Roger est fier, et le soir avant de s’endormir dans ses draps éclatants de blancheur, il songe au slogan imprimé sur la boîte de son camion :
Québec linge
Service d’uniformes
La Propreté à Travers la Nation
Le Laborantin, mardi 9 novembre 2004
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Dire que je me croyais un homme!
Autrefois, on bâtissait une maison ou on bûchait seul ses quelques arpents de bois pour se prouver qu'on avait des couilles et qu'on était assez fort pour nourrir et défendre sa famille; aujourd'hui, on refinance son hypothèque, on démonte le moteur à deux temps de sa tondeuse ou on programme un blogue les doigts dans le nez. Ô drame inénarrable, j'échoue, ou j'aurais échoué, dans chacune de ces entreprises.
Je pensais apprendre en moins de deux, rien qu'en observant les feuilles de styles mes colocs, les subtilités des classes et des identificateurs, l'héritage des propriétés, le calcul des bordures en fonction des marges et du remplissage. Mais ces innocentes balises déjouent mes calculs et je me sens comme un apprenti scout devant dénouer un amas de cordages entremêlés. Je tire d'un bord et ça casse de l'autre; je reprends tout depuis le début et j'obtiens à chaque fois un résultat différent, de plus en plus affreux.
Lecteurs, amis, vous devrez donc patienter encore un peu. Il ne me plaît pas de consacrer tout mon temps à l’édification de ces murs : mon vrai plaisir est de meubler les lieux.
Le Laborantin, mardi 9 novembre 2004
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Situé dans l'Esse de l'Esse de Montréal, PAT est un paisible quartier de banlieue coincé entre le fleuve et quelques parcs industriels, dont le Petit Bagdad. La caractéristique principale de ce quartier est d’être loin de tout.
Le Laborantin, jeudi 4 novembre 2004
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À Pointe-aux-Trembles, tout porte le nom de PAT-quelque-chose. Ainsi, il y a le Dépanneur PAT, le Club vidéo PAT et, surtout, un extraordinaire PAT-Patate.
Le Laborantin, jeudi 4 novembre 2004
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Bernard Wright-Laflamme est le Laborantin.
Comment me définir en quelques lignes ?
Je suis de la même génération que mes colocataires, ce qui ne vous dira rien si vous ignorez tout de ces deux joyeux lascars.
Je suis exilé à Babylone, ville de tous les vices, bonde béante du lavabo démographique québécois (je reparlerai de Babylone à l’occasion).
Je suis réviseur linguistique, mais il m’arrive encore de laisser passer quelques fautes lorsque j’écris. Je me console en me récitant le proverbe biblique disant qu’il est plus facile de voir une paille dans l’œil de son voisin qu’une poutre dans le sien.
J’ai écrit quelques chansons, quelques nouvelles et quelques billets qui dorment aujourd’hui dans ma guitare, dans un tiroir ou au fond de mon Mac.
Je travaille avec Nicolas sur un projet de recueil de nouvelles à prétextes scientifiques ; nous luttons vaillamment pour qu’il ne sombre pas dans l’oubli.
Dans ma vie, il y a la Laborantine et le Laboranteau que vous découvrirez peut-être un jour au fil de ces pages.
Le Laborantin, mardi 2 novembre 2004
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Les anges et les habitants du paradis vivent en un état de félicité pure, éprouvant des orgasmes de lumière dans tout leur être spirituel. Les diables font la même chose, mais comme ils se sont rebellés contre Dieu, on donne à leurs ébats des qualificatifs comme orgiaques, dépravés, libidineux, lascifs, luxurieux, impudiques, monstrueux, paillards, vicieux, impurs, etc. En réalité tout le monde baise… Tout le monde baise, sauf que les gens de chez Dieu s’arrogent le droit de le faire en toute légalité.
Pourrait-on croire, rien qu’en lisant ces lignes, que je me suis enfin attaqué au Paradis Perdu de Milton ?
Le Laborantin, lundi 1 novembre 2004
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Un moustachu à chemise ocre mange en sapant une banane jaune et pâteuse. S’il me demande ce que je lis, je lui demande ce qu’il mange.
Plus tard, le même moustachu, mâchant un anglais approximatif, discute avec un visiteur asiatique de procédures informatiques. Ils se lèvent, enfilent des chaussons et massacrent quelques figures de tai-chi
Le Laborantin, lundi 1 novembre 2004
Visitez la section : Au quinzième ; aucun commentaire
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