(des idées comme ça)
On dit que, il n’y a pas si longtemps, l’Europe était encore entièrement recouverte de forêts et qu’un écureuil pouvait se promener de Moscou jusqu’à Palerme en sautant d’une branche à l’autre, laissant derrière lui une abondante descendance; ce motif a inspiré à Calvino le thème de son Baron perché. Mon intention n’est cependant pas de disserter de la littérature italienne de la seconde moitié du vingtième siècle, mais de m’intéresser à la coévolution des êtres humains et d’un de ses parasites : le pou. Comme quoi mon entrée en matière est complètement ratée.
Le Laborantin, mardi 31 mai 2005
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Je me souviens de la cour derrière la maison de mes grands-parents paternels.
Le Laborantin, jeudi 26 mai 2005
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Répliques du tac au tac, discours enflammés, confrontations d’opinions contraires : si les ingrédients qui font le succès d’un débat sont des plus savoureux, il se trouve immanquablement quelques fâcheux cuisiniers pour venir gâter la sauce en y incorporant les attaques personnelles et les règlements de compte. On venait discuter, et voilà qu’on est contraint de se réfugier sous la table pour éviter les couteaux qui volent bas au-dessus du buffet froid.
La Laborantine, jeudi 26 mai 2005
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Je me souviens du Trou de la Fée de Desbiens, au Lac-Saint-Jean. Cette grotte qui n’en était pas une avait vu le jour lorsque, sous la pression des Grands Glaciers qui recouvraient jadis l’Amérique du Nord, un pan de montagne s’était détaché et avait glissé de quelques dizaines de mètres. Ce bloc immense, mal ajusté sur son nouveau socle, avait laissé un interstice, une impureté, oh! trois fois rien à l’échelle de la montagne, mais bien assez pour que s’y réfugient des chauvesouris, des rats et même des touristes. Je ne me souviens guère du centre d’interprétation, du sentier conduisant à la pseudogrotte ni même des trois chambres principales qui la composent. Ce dont je me rappelle, cependant, ce sont les casques obligatoires dont il fallait se couvrir le chef. Le préposé au nettoyage et à la désinfection s’était-il levé en retard? Avait-il préféré conter fleurette à la guichetière plutôt que d’accomplir consciemment sa tâche? Je ne le saurai jamais. Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard, de charmants souvenirs dont nous nous serions bien passés avaient éclos et fouissaient à qui mieux mieux dans nos cuirs chevelus.
Le Laborantin, lundi 23 mai 2005
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Lundi matin, en lisant Tremblay dans le métro, j’ai redécouvert avec une certaine émotion un mot de mon enfance : « Thérèse l’avait remise en place d’un retentissant “Chenaille, fatigante, tu vois pas qu’on veut pas de toé” qui avait laissé la fillette quelque peu stupéfaite ». J’ai passé le reste de la semaine à me demander d’où ça venait.
Le Laborantin, vendredi 20 mai 2005
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Je me souviens du camping Lejeune. On faisait en famille des promenades sur le Grand Lac Squatec. Nous longions la berge et je scrutais à travers l'onde les petites dunes imprimées dans le sable; elles me faisaient penser à ces replis durs que l’on peut tâter de la langue sur notre palais. Je me souviens du grand vertige qui s’est emparé de moi lorsque le fond soudain s’effaça et me révéla une falaise sous-marine.
J’éprouve encore une grande défiance envers les lacs et les étangs dont l’obscurité peut cacher toutes les horreurs de ce monde. Récemment, j’ai ressenti un véritable malaise à la lecture de cette phrase extraite du Vieux Chagrin :
« Comme le voilier n’était qu’à une cinquantaine de mètres du rivage, je croyais bien être capable de l’atteindre en marchant, mais le fond subitement se déroba et, ayant perdu pied, je fus contraint de me mettre à nager. »
Le Laborantin, mercredi 18 mai 2005
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J’aimerais parfois que le temps arrête nuitamment sa course pour tout le monde sauf moi. Munie d’une clé passe-partout, je m’infiltrerais dans la demeure de mes connaissances à dessein de les observer pendant leur sommeil. Quoi de plus vulnérable qu’un dormeur ? Il me semble que de voir mes amis, ma famille ou mes collègues sommeillant me permettrait de les connaître dans un état d’abandon absolu, qui n’a pourtant rien d’impudique ou de compromettant. Car on ne juge pas un dormeur ; on l’admire. On a d’ailleurs tout le loisir de le dévisager. Même la bouche ouverte, il suscite l’attendrissement.
La Laborantine, mardi 17 mai 2005
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Le cerbère du Labo ne s’est jamais remis du double choc de l’arrivée du Laboranteau et de notre emménagement à Verdun. Je pensais qu’il serait enchanté de passer ses journées dans la cour et que je n’aurais plus à lui faire prendre ses marches quotidiennes, mais pour être heureux, le meilleur ami de l'homme a besoin de marquer un plus vaste territoire. La psyché toujours fragile de Chili menaçait de le renvoyer à l’état sauvage, tel Croc-Blanc dans l’Appel de la forêt. J’ai dû me résigner, si je ne voulais pas le voir sombrer dans la neurasthénie comme le chien Robeur de Fred Fortin, à lui faire prendre une marche tous les soirs dans le quartier.
Le Laborantin, lundi 16 mai 2005
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– Y'a-tu des sourires dans ce bébé-là ?
– Y'a-tu des rires dans ce bébé-là ?
Je ne me moque de personne, ces paroles-là, je les prononce comme tout le monde, Laborantine, parents, beaux-parents, amis, inconnues dans les cafés.
J'aime cette idée de l'intérieur d'un bébé.
Qu'est-ce qu'il y a dans un bébé ?
Le Laborantin, dimanche 15 mai 2005
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Si j’ai un intérêt pour l’histoire, c’est pour sa puissance d’évocation quand, par les événements grandioses qu’elle nous rappelle, elle nous fait vibrer autant que le feraient un roman, un poème ou une chanson. Pour cela, il faut que notre compréhension de cette histoire dépasse le mythe. Il faut faire l’effort de réaliser que des hommes et des femmes ont véritablement participé aux événement qui nous sont rapportés et que ceux-ci ont bel et bien eu lieu.
La Laborantine, samedi 14 mai 2005
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Vendredi soir, après une semaine éprouvante, la Laborantine et le Laborantin se délassent en consommant chacun de son côté des biens culturels différents. La Laborantine visionne, parfois entre ses doigts, la deuxième partie de son film sur la révolution française. Louis XVI, Danton, Desmoulins et sa jeune épouse, Robespierre, Saint-Just et des milliers d’autres y perdent la tête. De mon côté, je dévore cent pages d’Un dimanche à la piscine à Kigali. Ce n’est pas le sommeil ni l’ennui qui interrompt ma lecture, c’est l’horreur. Je sors le chien, Simon and Garfunkel dans les oreilles pour tenter de calmer la rage et la colère qui bouillent en moi : certains des génocidaires vivent parmi nous en toute liberté, sans être inquiétés, sans devoir répondre de leurs actes. Mais ça ne passe pas, ni le ciel qui réserve une place pour ceux qui prient, ni les hé hé hé. J’arrête tout cela. J’écoute le silence approximatif, le grondement et la paix de ma ville d’adoption.
Au programme ce soir : Danton, avec Gérard Depardieu.
Le Laborantin, samedi 14 mai 2005
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Je n’apprendrai rien à personne en vous disant que des petits malins on cru pouvoir tabler sur le succès du Moteur de Recherche Dont Je Tairai le Nom™ en enregistrant un tas de noms de domaines qui seraient absurdes s’ils ne s’approchaient pas du nom de leur victime.
Le Laborantin, vendredi 13 mai 2005
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Au Français qui vous demande comment survivre à la rudesse de l’hiver québécois, ne répondez pas « en mettant des mitaines, bonyenne ». Le pauvre risque de ne pas comprendre comment un « gant qui laisse à nu les deux dernières phalanges des doigts » peut apporter un quelconque réconfort lorsque le mercure descend à plus de vingt degrés sous zéro. Réconfortez-le en précisant qu’il s’agit en fait de moufles, puis racontez-lui la petite histoire des mitaines.
Le Laborantin, jeudi 12 mai 2005
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Afin de me plonger un peu dans le bain de sang de la Révolution Française, dont je dois pour le besoin de mon cours sur Dumas brosser en classe le portrait de certains protagonistes, j’ai emprunté, à la bibliothèque du Collège, et, à tout hasard, le film La Révolution Française (1989) pour en visionner hier soir la première partie, Les Années Lumières. Produit franco-allemand aux intentions didactiques, cette première partie, sans être une grande œuvre, expose avec rigueur et simplicité les grandes étapes qui ont mené la France de la monarchie absolue à la république. Ne serait-ce que pour cela, avouons-le, le film tient de l’exploit !
La Laborantine, jeudi 12 mai 2005
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Le conducteur de disques (le tourneur comme disent parfois les français) montréalais Stéphane Prélar affirme avoir choisi ce nom d’artiste en l'honneur du premier mot qu’il a appris (vous allez devoir me croire sur parole, ce lien est mort). Parents, méfiez-vous, vos enfants vous écoutent !
Le Laborantin, mardi 10 mai 2005
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Dans la toilette des hommes, au quinzième étage de la tour où je travaille, il y a trois cabines et un urinoir. Lorsque que l’occupant de la cabine centrale sort et qu’il donne la moindre poussée à la porte, celle-ci revient à toute allure et claque sur le butoir de la gâche. Sous le choc, le pêne de la cabine voisine se libère, la porte s’entrebâille rapidement et cogne sur les genoux de l’occupant qui panique et s’empresse de refermer la porte, de crainte d’être surpris allant à ses affaires. Un jour, je vis ainsi la porte du milieu claquer et entrainer l’ouverture de sa voisine de gauche. L’occupant, en cherchant à préserver son intimité, eut un geste brusque et échappa le livre qui reposait sur ses genoux. En heurtant le sol, celui-ci se brisa en plusieurs cahiers, et je vis des formules et des diagrammes tapisser le sol autour de deux mollets qui rougissaient en jurant comme des charretiers.
Le Laborantin, mardi 10 mai 2005
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Les livres d’occasions sentent mauvais, leur reliure est cassée, leurs coins sont racornis, leurs marges sont annotées, leurs pages sont jaunies ou maculées de tâches dont on ne désire pas connaitre la composition, les illustrations de leur couverture sont affreuses, etc., mais on y fait parfois des rencontres extraordinaires (ne pas confondre avec précieuses) qui nous permettent de jeter un regard rêveur sur leurs précédents possesseurs.
Le Laborantin, lundi 9 mai 2005
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Si je suis loin d’aimer prendre la voiture pour faire ma place dans l’heure de pointe matinale, je dois avouer qu’il est une étape du parcours qui m’enthousiasme, peut-être parce que je ne suis pas encore blasée justement de ce parcours en équerre qui me mène du sud-ouest vers le centre-est de l’île, ou simplement parce que la vue du centre-ville et de ses gratte-ciel exerce encore sur moi un peu de la fascination du temps pas si lointain où je ne vivais pas encore dans la métropole et où j’en observais le rythme trépident de l’extérieur. Toujours est-il que cette étape grisante du matin, c’est mon passage dans le tunnel Ville-Marie.
La Laborantine, dimanche 8 mai 2005
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Tous les matins à la station Verdun, deux souriants témoins de Jéhovah proposent aux voyageurs leur panoplie de revues lénifiantes, dans les deux langues officielles, s’il vous plait madame. Généralement, on peut voir sur la couverture de ces magazines un barbu qui tend un lampion à un enfant, ou un loup dont la tête ensommeillé s’appuie dans la toison d’un mouton soigneusement javellisé.
À proximité, le présentoir du dépanneur leur fait une sérieuse compétition, car il tente lui aussi de séduire le voyageur en mal de lecture légère. Il propose une quarantaine de revues différentes, dont ma préférée est assurément le Weekly World News. Vendredi passé, on y titrait en une « Elvis is alive… and running for president », avec photos grossièrement truquées à l’appui.
Je suis passé en riant devant les prosélytes ébahis.
Le Laborantin, samedi 7 mai 2005
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À l'heure de pointe, 1000 personnes peuvent s'entasser aisément dans les neufs voitures d'un métro, 360 assises et 640 debout, la main serrée sur l'un de 216 vecteurs de contamination nickelés mis à la disposition des usagers.
Le Laborantin, vendredi 6 mai 2005
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Il y a de courtes et de longues nuits. Ces jours-ci, elles sont courtes, mais je rêve de fins de semaine de pacha, de dodos jusqu’à huit heures et de méridiennes en hamac. Il y a de courts et de longs billets. Ces temps-ci ils sont courts, mais je rassemble mes forces pour quelques marathons thématiques.
Le Laborantin, jeudi 5 mai 2005
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Quelle heure est-il ? Il est telle heure. Dans une journée, il y a 24 heures, ou 1440 minutes, ou 86400 secondes. En été, dans certains pays, on avance les horloges d’une heure, ailleurs de deux. S’il est midi à Montréal (ou à Québec, ou à Princeville), il est 13 heures à Caraquet et 13 h 30 chez les Ténéliens. Voilà, on croirait avoir vidé le sujet. Mais non. Il existe, quelque part à Paris, une institution qui se nomme le Bureau International de l’Heure. Fondé en juillet 1919, cet organisme est, si j’ai bien compris, une émanation du Bureau International des Poids et Mesures. Tous les matins, de braves fonctionnaires se présentent avenue de l’Observatoire et ils consacrent toute leur journée à l’heure. Hallucinant ! Mais que font-ils ? Se tournent-ils les pouces ? Attendent-ils la pause ? Tuent-ils le temps ? La Laborantine trouve que le sujet est fascinant. Certes. Il y a quelque chose à faire, dit-elle. Un film ! Un film ? Pourquoi pas…
Le Laborantin, mercredi 4 mai 2005
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Je me poste sur le quai de la station Lucien-Lallier, près de la pancarte bleue signalant la position d’un poste téléphonique d’urgence. De cette façon, le métro devrait me laisser juste devant l’escalier de sortie à la station Mont-Royal. Après une attente anormalement longue, j’embarque, m’assied et ouvre mon livre. Il faut vite me rendre à l’évidence, impossible de lire dans ces conditions : deux jeunes Canadiennes anglaises se sont assises à proximité, face à face, et elles parlent d’une voix juste un peu trop haute pour que je puisse me concentrer.
Le Laborantin, lundi 2 mai 2005
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