(des idées comme ça)
Me dirigeant vers la cuisinette au quinzième étage de la tour où je travaille, je croise un complet au regard torve, tenant d’une main chancelante un café. Le comptoir où repose la machine à café est maculé de taches de crème à 10 % de matières grasses. À 53 centimètres à gauche de ce dégât, un linge neuf laissé à disposition de tous se languit d’éponger le liquide abandonné par le complet. Monsieur est au-dessus de tout cela. Il ne s’abaisse pas à de si dégradantes activités : il paie des gens pour se pencher et se salir les mains. Aurais-je enfin démasqué le compisseur fou qui sévit presque quotidiennement dans les toilettes ?
Le Laborantin, vendredi 28 octobre 2005
Visitez la section : Vices et vertus ; aucun commentaire
Tous les matins, je relève mes courriels sur mon compte Yahoo. Depuis quelque temps, ils ont remplacé la photo des deux pitounes de la page d’accueil par une banque de photos de gens dans le vent.
Le Laborantin, jeudi 27 octobre 2005
Visitez la section : L'armoire du fond ; 7 commentaires
Une église au centre-ville de Montréal, n’importe laquelle : ce ne sont pas les églises qui manquent dans la ville aux milles clochers. Elle a cent, cent-cinquante ans peut-être. Lors de son érection, sa flèche s’élevait au-dessus des plus hauts immeubles du quartier, sa masse plongeait dans l’ombre le square, l’avenue en contrebas. L’église s’appropriait la luminosité du ciel pour en redistribuer une fraction à ses fidèles. La même église aujourd’hui est coincée entre le siège social d’une compagnie d’assurance et le siège social d’une banque. Elle fait figure de naine entre les géants. Elle laisse tomber un peu de soleil sur les passants surpris, sur les gratte-papiers accoutumés à la pénombre des gratte-ciels.
Le Laborantin, jeudi 27 octobre 2005
Visitez la section : Babylone ; aucun commentaire
(Ce billet vient d'être remis en ligne après avoir flotté dans les limbes du cyberespace pendant quelques jours)
Réduisez-moi au chômage, je me plains de ne pas travailler, je jure même que je n’aime rien tant qu’enseigner. Il n’aura pourtant suffi que de deux semaines de remplacement, meublées de préparation de cours frénétique, de *questions déconcertantes, de sonneries de cellulaires importunes, de copies de dissertation à corriger et d’étudiants affalés sur leur bureau pour que naisse la nostalgie des longues plages horaires désertes.
Mon chèque de paie pour un après-midi à faire des casse-tête en bois avec fiston…
La Laborantine, jeudi 27 octobre 2005
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Monsieur Bouchard, la véritable lucidité consiste à voir que, sous votre appel à la modernisation de la société québécoise, vous cherchez tout simplement à donner un nouveau coup de barre à droite. Monsieur Bouchard, puisque vous nous demandez de faire des choix éclairés, je vous suggère d’abandonner votre idée de transformer une autoroute et de bâtir un casino dans un quartier où plus du tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Monsieur Bouchard, aux prochaines élections provinciales, présentez-vous donc pour le PLQ ou l’ADQ. Ce sont là vos vraies couleurs.
Le Laborantin, jeudi 20 octobre 2005
Visitez la section : Vices et vertus ; 4 commentaires
Selon l’OMS, 75 % des américaines de plus de 30 ans sont obèses. Les poignées d’amour ne sont plus une option au pays de l’oncle Sam. Qui plus est, l’obésité ne serait plus l’apanage des pays riches mais frapperait également les pays en développement. Cette obésité galopante qui menace d’étouffer aujourd’hui l’espèce est pourtant ce qui a assuré jadis notre survie.
Le Laborantin, jeudi 20 octobre 2005
Visitez la section : L'armoire du fond ; un commentaire
Six ou sept hommes ont débarqué à la maison à sept heures trente avec scie à métal, requin et compresseur. Ils sont repartis quatre heures plus tard en remballant tout leur matériel. Le chef de la meute s’est attardé quelques minutes pour me faire signer des paperasses et se faire payer ses bons et loyaux services. À l’endos de sa copie de la facture se trouvait une liste de consignes à laquelle je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil. Dans l’ensemble, c’était plutôt bien écrit, jusqu’à ce que… Mais voyez plutôt :
Le Laborantin, mercredi 19 octobre 2005
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Uderzo a forcé l’arrêt de la production du film « Astérix en Hispanie » sous prétexte que l’adaptation ne respectait pas l’esprit de la série. Pourtant, le film « Astérix et Cléopâtre » poursuivait l’œuvre de Goscinny bien mieux que n’a su le faire ce vieux sénile d’Uderzo.
Pour une fois, je pourrai laisser les autres être méchants à ma place. Critiques littéraires et bédéphiles tirent à boulet rouge sur « Le ciel lui tombe sur la tête » : « un ultime sacrilège », « des aventures sans saveur et sans imagination », « une daube intergalactique », hé! hé! Vous pourrez consultez ici une page de l’album et quelques commentaires de lecteurs outragés.
Monsieur Uderzo, vous vous êtes déjà mérité le bâton et le fouet, et malgré tout vous avez récidivé. Je crois qu’il est temps de passer aux choses sérieuses : dans le lac avec des chaines.
Le Laborantin, vendredi 14 octobre 2005
Visitez la section : Le neuvième ; 3 commentaires
Arrivée à la shop. Bonjour, bonjour tout le monde. Une collègue arbore un superbe col roulé bleu ciel.
— Hé! C’est cool, tu portes le même chandail que Gilles Vigneault
— Gilles qui ?
Le Laborantin, vendredi 14 octobre 2005
Visitez la section : Au quinzième ; 5 commentaires
Au MoMA, j’ai failli pleurer devant la « Route sinueuse à Montgéroult » de Cézanne.
C’était si beau, si équilibré, si parfait et c’était devant moi.
Entre mon regard et la toile, défilaient quelques rebuts de l’humanité, pressés de montrer leur graisse ou leur regard vide devant les plus belles choses de ce monde.
Il faudra que je vous reparle de Cézanne un de ces quatre. Voilà un type qui, de son vivant, n’a essuyé que des critiques, des insultes et, occasionnellement, une bavure de Bleu de Prusse et de qui tout le monde s’est réclamé après sa mort : Matisse, Braque, Picasso, Léger…
Le Laborantin, jeudi 13 octobre 2005
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Cette visite n’était pas prévue, mais une fois sorti du métro, j’ai été happé : il me fallait voir de mes propres yeux l’épicentre du grand tremblement médiatique du 11 septembre 2001. Ground Zero a beau n’être qu’un trou, c’est le trou le plus célèbre du monde.
Le Laborantin, jeudi 13 octobre 2005
Visitez la section : Babylone ; 2 commentaires
Le métro de New York, du moins celui de Manhattan est loin d’être aussi glauque que je l’imaginais. Certes il est sale et laid, et l’air qu’on y respire (pour autant qu’il s’agisse bien d’air) pue, mais force m’est d’avouer que le cinéma et la bande dessinée avaient noirci le portrait.
Le Laborantin, jeudi 13 octobre 2005
Visitez la section : Babylone ;
Certains lieux sont à jamais associés dans notre imaginaire aux écrivains qui les ont habités ou qui s’y affichent toujours. Jadis identifiée à Michel Tremblay, l’avenue Mont-Royal est maintenant fréquentée par son lot de jeunes vedettes du monde littéraire – et la groupie littéraire avertie saura facilement qui retrouver où si elle le souhaite vraiment. Québec a aussi ses lieux de cultes. Je pense notamment aux trottoirs de l’avenue Cartier, hantés par l'homme fort des mots, le soleil noir de notre littérature, l'Indiana Jones des éditions Libre Expression, le tout-puissant Paul Ohl lui-même.
La Laborantine, jeudi 13 octobre 2005
Visitez la section : Babylone ; 14 commentaires
Celui qui, se promenant dans la ville, lève un peu le regard au-dessus de la façade des édifices commerciaux, risque d’apercevoir l’une des citernes dont la fonction réelle m’a toujours mystifié. S’agit-il vraiment de réservoirs alimentant les systèmes d’extinction automatique ? Il faudrait mettre un homme là-dessus. Ici, ces réservoirs sont faits de métal et servent parfois de réclame. Parfois, ils sont dissimulés dans un élément architectural.
Le Laborantin, mercredi 12 octobre 2005
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Manhattan n’est pas le lieu de villégiature idéal pour le claustrophobe en proie à une crise de panique. Il y a un tel foisonnement humain dans les rues de la grande pomme qu’on a l’impression que la moitié de la planète s’est donnée rendez-vous au coin d’une rue et d’une avenue.
Le Laborantin, mercredi 12 octobre 2005
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J’ai déjà parlé des rêves d’incompétence qui m’assaillent irrémédiablement les soirs précédant les rentrées en classe et comme je suis chargée de remplacer une collègue malade cette semaine, mon inconscient n’a pas trouvé mieux à faire que de me servir, encore une fois, un de ces scénarios cauchemardesques qui me font croiser les doigts et prier afin qu’ils ne se matérialisent jamais.
La Laborantine, mardi 11 octobre 2005
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Autoroute 20 en direction de Québec, des champs et des forêts à perte de vue. Pareil dans les deux sens. Je contemple cet océan de maïs qui recouvre l’ancienne mer de Champlain. Année après année, on récolte des tonnes de matière ligneuse. Je me demande comment il se fait que la terre ne se soit pas épuisée en l’espace de quelques générations, que le sol ne se soit pas affaissé sous cette ponction continue de sa substance jusqu'à l'épaulement nu du bouclier canadien.
Le Laborantin, lundi 10 octobre 2005
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Au sortir de l’ascenseur ce midi, le collègue Benoît me fait remarquer qu’il ne voit pas comment 22 personnes pourraient s’entasser dans un espace aussi restreint. « Il n’y a même pas 20 tuiles sur le plancher » ajoute-t-il. Le poids moyen employé pour calculer le nombre de passagers à partir de la charge maximale est de 68 kilos. 150 livres ! En quelle année le poids moyen des canadiens était-il de 68 kilos ? Peut-être en 1947, alors que le peuple émacié se remettait difficilement de quelques années de rationnement. Mais le poids moyen doit être aujourd’hui beaucoup plus élevé, et à plus forte raison le poids moyen d’un informaticien. Les fabricants d’ascenseurs doivent-ils équiper leurs appareils de câbles plus robustes, de contrepoids plus lourds et de moteurs plus puissants ? « Non mais, tu te rends compte, il y a un ingénieur quelque part dont c’est le travail, de modifier des équipements ou des normes en fonction du poids des gens ».
Quelques heures plus tard, cette nouvelle.
Le Laborantin, vendredi 7 octobre 2005
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Ingrate situation que celle du précaire, à qui il revient trop souvent de s’aventurer dans les recoins les plus inhospitaliers de la tâche…
Il se peut, viens-je tout juste d’apprendre, qu’une généreuse demi-tâche d'enseignement (deux préparations sur quatre jours mettant actuellement au programme deux livres que bibi a certes déjà lus, mais jamais enseignés) me tombe dessus la semaine prochaine. Or, ce n’est par sûr… Et pour combien de temps ? Une semaine, deux, toute la session ? Nul ne le sait : ni la direction du collège, ni la coordonnatrice du département, ni même la collègue que je devrai remplacer. Tout cela, je le saurai ce soir peut-être, sinon en fin de semaine, peut-être lundi !
La Laborantine, jeudi 6 octobre 2005
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Rêver relève parfois du masochisme. J’ai emprunté à la GBQ le Routard de l’Afrique noire, alors que je ne prévois pas me lancer dans un tel projet de voyage. Pas de sitôt, en tout cas. J’ai une liste impressionnante de prétextes, en tête de laquelle apparaît le peu d’intérêt que suscite un semblable périple auprès du Laborantin… Moi, j’en rêve depuis mon trop court séjour au Maroc, quand, à l'orée des dunes de Merzouga, majestueuse porte d’entrée du Sahara, j’ai remarqué cette pancarte à l’intention des nomades, méharistes et autres aventuriers des étendues désertiques, qui leur indiquait la direction de Tombouctou et la distance à parcourir.
La Laborantine, lundi 3 octobre 2005
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