(des idées comme ça)
C’était bien avant les fusions forcées, et là réside tout le drame. J’étais petite, j’avais six ans, et, pendant la semaine de relâche, ma mère et moi nous étions évadée de notre neigeuse contrée pour profiter du soleil kétaine de Fort Lauderdale. Nous demeurions dans une chambre de motel avec kitchenette, et, dans ce même établissement où logeaient surtout des Québécois, il s’en trouvait un fort célèbre dans la vieille capitale, un certain animateur de radio moustachu et gueulard, aujourd’hui député de Portneuf. Ma mère avait profité d’un forfait qu’organisait la station de radio, mais préférait consacrer ses matinées au bronzage plutôt que de se presser avec ses compatriotes dans la salle climatisée où, si on était chanceux, on pouvait entre deux têtes observer l’animateur en action, diffusé en direct au Québec. Comme elle me laissait libre d’y aller, cependant, j’y passais mes avant-midi avec deux amies rencontrées dans l’eau chlorée de la piscine. Nous nous faufilions jusqu’aux premiers rangs et posions nos petits derrières par terre, juste devant le Roi Arthur, grand seigneur des ondes et souverain vitupérateur, que nous admirions, fascinées et fébriles, va savoir pourquoi.
La Laborantine, vendredi 27 janvier 2006
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Ceux que mes mots blessent ou ont blessés remarqueront que j'ai retiré trois mots de mon précédent billet, je ne les répéterai pas, on pourrait croire que je les pense vraiment.
À ceux qui croient que j'aime insulter autrui pour peu que je ne pense pas comme lui, je répondrai que l'on peut décrier une intention collective —et en ce sens, le vote conservateur de Québec mérite quelques insultes et beaucoup de questions— sans viser aucun individu personnellement.
Le Laborantin, mercredi 25 janvier 2006
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La dérive de la discussion déclenchée par les deux billets précédents me mène à une autre question. On s’est insurgé de ce que le Laborantin ait traité de morons et d’imbéciles les électeurs conservateurs. J’ai pris sa défense, même si ses prises de position provocatrices me mettent aussi un peu mal à l’aise, parce que je redoute toujours les réactions d’incompréhension qu’elles risquent d’engendrer. Je persiste à dire que je prends ses billets pour ce qu’ils sont : des boutades, l’expression spontanée d’un désarroi, et il suffit de connaître Le Laborantin pour savoir qu’il n’est pas sérieux quand il affirme que, la prochaine fois que nous irons à Québec, nous paierons en argent comptant. Non mais, vraiment.
Quant au fait que ce soit drôle ou pas, si nous différons à ce point de vue, c'est peut-être parce que l'humour naît du malaise. C'est Bergson qui l'a dit ! Certains choisissent de rire, d'autres de s'insurger. Soit.
La Laborantine, mercredi 25 janvier 2006
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Au collègue Benjamin qui me demandait : « retournerais-tu vivre à Québec si on t’offrait un emploi alléchant? » j’ai répondu : « à partir d’aujourd’hui, non, pas plus que je n’irais vivre en Alberta ».
Le Laborantin, mardi 24 janvier 2006
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Hier soir, je n’ai jamais eu aussi honte d’être québécois. En fait, j’ai surtout honte d’être originaire de la région de Québec.
Le Laborantin, mardi 24 janvier 2006
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Je souviens également du référendum de 1980. C’est de cette époque sans doute que date mon intérêt pour le fait politique et bien que la subtilité des arguties m’ait largement échappé alors, la campagne référendaire m’a donné une grande leçon de vie : on peut s’emporter, se battre et être blessé par des idées, pour des idées. Si le souvenir de mes parents abattus me revient encore aujourd’hui, l’image qui est la plus vive en ma mémoire est celle de la moustache du député de Rimouski qui était venu souper à la maison.
Le Laborantin, mercredi 18 janvier 2006
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Maintenant que je vous ai narré, chers lecteurs, comment la nature m’a d’abord faite fédéraliste, je n’ai plus de gêne et vous raconterai donc cette petite anecdote où l’on verra encore que je fus fort marquée par la propagande que le plusse beau pays du monde destinait jadis aux enfants.
Propagande ? Où ça ?
La Laborantine, mardi 17 janvier 2006
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ou Le référendum de 1980, compris par une fillette de cinq ans
Les élections prochaines m’ont-elles portée à cette réflexion ? La maternité me rapproche-t-elle toujours plus de ma propre enfance ? Toujours est-il que depuis quelque temps, j’essaie de retrouver mes premiers souvenirs politiques.
La Laborantine, mardi 17 janvier 2006
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Je me souviens de l’intégrale Beethoven en 21 coffrets de quatre 33 1/3 tours qui a occupé au moins 4500 centimètres cubes de tous les salons de mon enfance. Sur la couverture de chacun de ces coffrets, la photographie d’un buste de Beethoven avait été subtilement colorisée, en 21 couleurs pastel bien en avance sur leur époque. La colorisation créait un curieux effet de transparence, la chevelure bouclée du grand compositeur évoquait des volutes de fumée ou le mélange de deux liquides hétérogènes. On avait envie de plonger dans le boitier et de manipuler les boucles, les courbes et les masses comme s’il se fut agi de pâte à modeler plongée dans un liquide irisé. Je me souviens de ce coffret à chaque fois que je verse de la crème dans mon café, c'est-à-dire plusieurs fois par jour.
Le Laborantin, mardi 17 janvier 2006
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Mon attention a été récemment attirée par une nouvelle plaie qui afflige le cinéma : le pipeau, aussi appelé pipeau irlandais ou flageolet.
Le Laborantin, lundi 16 janvier 2006
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En montagne sur le bord d’une falaise, sur un pont piétonnier surplombant un gouffre, perché dans l’échafaudage ceinturant un bildigne en construction, le vertige est partout le même : ce n’est ni l’accident ni l’effondrement qui fait peur, mais la tentation de se jeter dans le vide.
Le Laborantin, jeudi 12 janvier 2006
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Je demande votre indulgence, chers lecteurs. Pardonnez mon absence du Labo, elle n’est pas volontaire. J’affronte ces jours-ci une nouvelle vague de nausées, plus puissante que la dernière, et les anti-émétiques ne me procurent qu’un secours bien limité durant cette grossesse houleuse. Résultat, je passe une partie de mes journées au lit avec l'envie de gerber et le coffret Gainsbourg qu’on m’a offert à mon anniversaire.
La Laborantine, mercredi 11 janvier 2006
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En cette période électorale, je relis le Contrat social. Jean-Jacques s’évertue à nous persuader que les hommes ensemble ne sont pas mauvais : « la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique ». On pourrait en inférer que Stéphane La Harpe (nouvelle incarnation du Mal Absolu) ne pourra jamais être élu grand manitou du plusse beau pays de monde. Rien de moins certain, et Jean-Jacques nous avertit : « Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe… »
Le Laborantin, jeudi 5 janvier 2006
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Ce qui est le plus difficile pendant le temps des Fêtes, ce ne sont pas tant les abus alimentaires, les montagnes de dinde et de tourtière, la bière avant midi et la crème de menthe après le souper, l’avalanche de cadeaux qui a failli engloutir le Laboranteau, les éprouvants voyages sur des routes enneigées, les becs en pincettes des matantes, les discussions sur l’innocuité des armes à feu, la capacité de Stéphane la Harpe à diriger le plusse beau pays du monde ou les autocollants Liberté Choix qui polluent encore la paysage de la capitale, non madame, c’est l’absence d’une source accessible et continue de café filtre de mauvaise qualité. Après onze jours de congé, le taux de caféine dans mon sang rappelait le niveau d’eau des réservoirs d’Hydro-Québec en 2001. Ce matin, les derniers grammes de cette précieuse toxine, stockés préventivement dans mon foie, m’ont tout juste suffi pour atteindre la machine de la cuisinette.
Le Laborantin, mercredi 4 janvier 2006
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