Labo

(des idées comme ça)

La tentation du néant

« Devrais-je partir ou bien rester / Devrais-je enfin tout laisser tomber ? ». Ce n’est pas la meilleure de Leloup, mais on ne choisit pas les ritournelles qui nous hantent. N’ayez crainte : je ne veux pas TOUT laisser tomber. Je suis seulement occupée à un petit ménage de fin d’hiver et je ne sais que faire de ma participation au Labo. Jeter m’a toujours été facile. Je me départis sans trop de peine de bien des témoignages du passé que d'autres conservent : des lettres, des cartes, des tonnes de courriels. Et mes vieilles photos de party de 1998, voulez-vous me dire pourquoi je ne les envoie pas au rebut ? J’ai livré en pâture au Laboranteau des souvenirs d’une autre époque, dont cette fameuse marionnette dont mes intimes connaissent l’étonnante histoire. Sans remords. Je ne sais pas ce que cela révèle de moi. Y a-t-il un psy en ligne ?

La semaine dernière, j’avais commencé un billet d’adieu, bien décidée à accrocher mon sarrau. J’en ai un peu marre d’Internet. Ai-je encore envie de m’exposer au regard et au jugement de tout un chacun ? de prêter le flan aux attaques personnelles de n’importe quel zouf qui a envie d’en découdre ? Il est si facile de déverser un lot d’insultes sous le couvert d’un pseudonyme ! Le Web me dégoûte, avec sa loi du plus fort, son incivilité.

Paradoxalement, j’aime le Labo en tant que lieu de socialisation. Mes neurones ne se sont pas désactivées avec la maternité : il m’arrive encore d’avoir des pensées à consigner par écrit pour les partager, en débattre. Elle est loin, l’époque où il y avait toujours quelqu’un que je connaissais, attablé devant une pinte au Sacrilège. À défaut de pouvoir encore y faire mon petit tour -pour m'y retrouver, de toute façon, entourée d'inconnus de vingt ans ? Non merci !--, c’est sur ce blogue que je me rabats pour refaire le monde, moins pompette, plus sérieuse.

Il est pourtant rare qu’un véritable échange ait lieu ici. On nous laisse peu de commentaires, même si nous sommes passablement lus. Je ne peux m’empêcher d’interpréter ces silences : indifférence ? manque d’intérêt ? peur de se compromettre publiquement ? Ou diable mes mots vont-ils se perdre ? Les égos fragiles comme le mien ne sont peut-être pas faits pour bloguer.

Pourtant, la perspective d’entretenir un journal intime ne me réjouit guère : le soliloque est un penchant morbide auquel je me livre déjà trop souvent.

Quitter le Labo et tout recommencer sous le couvert d’un pseudo ? Tentant. Mais, dans les circonstances, un peu lâche.

Lâche ? Et alors ? C’est peut-être chouette, après tout, de s’abandonner à la lâcheté, comme on cède à la paresse ou à la jalousie…

La maison est si silencieuse quand les enfants font la sieste. Ta compagnie me manque, cher lecteur. Jusqu’ici, tu as été bon et m’as épargnée. Mais je ne suis pas sûre de te faire encore confiance.

Ce billet no 450 a été écrit par La Laborantine
le lundi 12 février 2007 et publié dans la section « Qui et quoi » (rss)

Commentaires

1. Le lundi 12 février 2007 à 12:17 précises, Nic a enregistré le commentaire suivant :

C’est drôle, je n’avais jamais envisagé la relation blogueur-lecteur sous cet angle. Toutes ces révélations sont fort troublantes (bien que je puisse les comprendre en tant que déblogueur).

Le blogueur doit-il faire confiance à son lectorat?

Je vais mastiquer un peu la question.

2. Le lundi 12 février 2007 à 12:46 précises, Bernard a enregistré le commentaire suivant :

Y'a-t-il une relation quantitative entre les blogueurs et les déblogueurs, comme il existe un fragile équilibre entre matière et antimatière ?

3. Le mardi 13 février 2007 à 01:54 précises, ffa (visitez son site) a enregistré le commentaire suivant :

Les ruptures ont toujours un côté libérateur; elles ont donc un pouvoir d'attraction plus grand chez ceux qui se sentent opprimés que chez ceux qui se sentent libres.
C'était la crash-analyse d'un psy de cuisine.

4. Le mardi 13 février 2007 à 14:49 précises, iwl a enregistré le commentaire suivant :

Peut-etre la Laborantine ressent-elle simplement le besoin de bloguer de ses propres ailes ?

5. Le mardi 13 février 2007 à 16:26 précises, La Laborantine a enregistré le commentaire suivant :

nic : Mastique la question si tu veux, mais ne la rumine pas : c'est disgracieux.
ffa : Je ne crois pas être opprimée par qui que ce soit, sinon peut-être par moi-même.
iwl : Je crois bien que c'est ce qui va arriver, effectivement !

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