Étymologie électorale
L’étymologie ne sert à rien, c’est entendu, mais c’est une science extrêmement amusante, notamment en raison des surprises qu’elle nous réserve. Voici, sans souci d’exhaustivité et en vrac la signification de quelques mots emprunté à la terminologie électorale et politique.
Le Québec est divisé en circonscriptions, le Canada en comtés. Le mot circonscription signifie cercle tracé. Aucune circonscription québécoise n’affecte une forme parfaitement, ni même grossièrement circulaire, mais l’important ici est l’idée de limite. Il y a ce qui est inclus dans le cercle et ce qui en est exclus, sans connotation politique aucune, contrairement au comté qui est le territoire administré par un comte.
Conte nous vient d’un mot latin ayant signifié d’abord compagnon, puis plus spécifiquement les gens attachés à la suite de l’empereur. En fonction de ses acceptions antique ou médiévale, c’est un contresens d’utiliser le mot conté en démocratie. Il est vrai que l’usage que nous en faisons dérive plutôt du county anglais (ce qui est une autre histoire). Remarquons le peu d’importance des comtés et circonscriptions dans la vie démocratique de tous les jours. Les vraies divisions territoriales, celles qui comptent pour les organismes d’entraide, de promotion ou de gestion de services, ce sont les MRC et les régions administratives, dont les dirigeants ne sont pas élus démocratiquement.
Électeur est un dérivé de élire. Ce dernier, en français comme en latin, veut d’abord dire choisir, rien de plus, rien de moins. Notons que le mot latin eligere dérive de legere, lire, ce qui m'amène à rappeler l'importance de la connaisance pour faire un choix éclairé. Malheureusement, de nos jours les élections se font plutôt au sentiment, à l’enthousiasme et il serait plus correct de parler d’acclamations
Candidat provient d’un mot latin signifiant soldat d’élite. Cela remonte sans doute à un temps où, pour participer à la vie de la cité, il fallait posséder de la terre ou être soldat, voire réunir ces deux conditions. Dans Starship Troopers, seuls ceux qui ont fait leur service militaire reçoivent leur citoyenneté et, à ce titre, peuvent voter (on n’en finirait pas de dénoncer l’idéologie ultraconservatrice de Heinlein; un corollaire de la loi de Godwin, le corollaire de Sircar, précise que « Tout message abordant les thèmes homosexualité et/ou Robert A. Heinlein mentionnera les expressions nazi et/ou Hitler dans les trois jours suivant sa parution. »)
Pour finir, le mot ministre est un emprunt au latin minister, mot formé tout spécialement pour s’opposer à magister et créer le couple minister-magister, serviteur-maître. Le ministre sert le pouvoir : l’empereur, le conquérant, le roi héréditaire ou Dieu. Chez nous, théoriquement, le pouvoir c’est le peuple, mais ce n’est pas en votant pour un clown comme Mario Dumont que les Québécois vont montrer qu’ils prennent la « gestion de leur devenir collectif » au sérieux.
Ce billet no 470
a été écrit par Le Laborantin
le
lundi 26 mars 2007 et publié dans la section « Le mot juste »
(rss)
Commentaires
1. Le jeudi 17 mai 2007 à 09:11 précises, joe_mabite a enregistré le commentaire suivant :
2. Le jeudi 17 mai 2007 à 10:10 précises, Mo a enregistré le commentaire suivant :
3. Le jeudi 17 mai 2007 à 11:34 précises, Bernard a enregistré le commentaire suivant :
4. Le samedi 20 octobre 2007 à 11:20 précises, Albus31 a enregistré le commentaire suivant :
Ajouter un commentaire