Labo

(des idées comme ça)

Un parfum de fin du monde

On aime ou on n’aime pas la musique des années 1980. J’aime, ce qui ne m’empêche pas de reconnaître qu’elle est parfois, souvent, toujours insupportable. C’est qu’il y a dans mon appréciation un fort côté affectif : la musique des années 1980, c’est des madeleines pour les oreilles. Elle me renvoie surtout à ce que j’ai été, à ce que j’aurais pu être, à ce que j’ai aimé et à ce qui m’a fait peur.

Il me semble que la musique de l’époque était désespérée. Que derrière son esthétique particulière, il y avait une position intellectuelle, largement émotive. C’est la musique de la guerre froide, de la bombe, d’une fin du monde programmée, inévitable. C’est la musique qu’on aurait écouté dans nos abris antiatomiques (fascinant : des gens désiraient vraiment survivre à la destruction du monde).

Des chansons humbles, trahissant notre faiblesse, et pas seulement par les paroles (qu’alors j’écoutais peu). La musique surtout n’avait plus grand chose d’humain. On n’y trouve guère de solos emportés, peu de virtuosité. Les rythmes sont constants, programmés. Les instruments sont électroniques ou assistés par des ordinateurs primitifs. Cette musique aurait pu être jouée par des automates (un peu comme dans Bunker Palace Hotel).

J’imagine une ville en ruines, couverte d’une poussière blanche et gluante. Une lumière crépusculaire peine à percer le couvercle de nuages rouges et noirs. Au milieu de cette ville, une place. Au milieu de cette place, un kiosque. Sous ce kiosque, des automates couverts de la même poussière blanche jouent des versions instrumentales d’une compilation de succès : Russians (Sting), Dancing with tears in my eyes (Ultravox), The Final Countdown (Europe)… Ils jouent en boucle les quinze mêmes chansons, à toute heure du jour et de la nuit. Ils joueront ainsi pendant quelques siècles, jusqu’à ce que leurs mécanismes les trahissent. Et alors il ne restera plus rien de nous.

Ce billet no 486 a été écrit par Le Laborantin
le mardi 17 avril 2007 et publié dans la section « Paroles et musiques » (rss)

Commentaires

1. Le mardi 17 avril 2007 à 14:23 précises, Jojo Savard a enregistré le commentaire suivant :

Et tu dis que mes dessins d'avril sont pas jojos ?
Ce n'est que le retour de la mode "No Future"...


2. Le mardi 17 avril 2007 à 22:26 précises, Barrès a enregistré le commentaire suivant :

Cher BWL,

Moi, je l'avoue brutalement, je déteste la musique des années 1980. Je vais peut-être vous étonner, mais ma musique à moi c'était celle des années 1960, celle de la génération de Monterey et de Woodstock qui n'était pourtant pas la mienne. Apprenti guitariste, j'essayais d'imiter Hendrix, Pete Towshend et Alvin Lee. Je labourais les marchés aux puces dans le but de dénicher un album des Kinks, du Jefferson Airplane ou de Procul Harum. Aussi, j'évitais de toucher aux années 1970 auxquelles je ne pardonnais pas d'avoir donner naissance au disco. Pour moi, le festival de l'Île Wight signait en quelque sorte l'acte de décès de la "bonne musique".

3. Le mercredi 18 avril 2007 à 06:11 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

Votre aveu est peut-être brutal, il n'en est pas moins normal. L'esprit et l'esthétique de la musique des années 1980 est en profonde opposition avec les décénnies qui l'ont précédée (attention, je ne parle que de la musique qui "sonne" années 1980; il faudrait en exclure des gens comme John Cougar et Bruce Springsteen). Je ne comprends pas les gens qui ont grandi dans les décénnies précédant et suivant les années 1980 et qui prétendent aimer cette musique froide et, je l'ai dit, objectivement insupportable.

4. Le mercredi 18 avril 2007 à 15:54 précises, Barrès a enregistré le commentaire suivant :

Au fond, j'y repense: les années 80, côté musical, ne sont peut-être pas si pire que ça si on les compare à ce qui se fait aujourd'hui. Un album de Human League doit être un pur délice à côté des chansons en carton de Marie-Élaine Thibert et des hurlements saccadés des rappeurs.

5. Le mercredi 18 avril 2007 à 20:13 précises, iwl a enregistré le commentaire suivant :

Human League ? Hahaha beurk. Wash. Désolée.

6. Le jeudi 19 avril 2007 à 08:08 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

J'ai essayé pour voir. Je confirme : Human League, c'est pourri, à la limite du supportable. Mais ça ne va pas non plus à la cheville de Marie-Élaine Thibert en termes de médiocrité (au moins, c'est du contenu original).

Si vous avez le courage :
www.radioblogclub.com/ope...

7. Le jeudi 19 avril 2007 à 10:54 précises, Barrès a enregistré le commentaire suivant :

Cher BWL,

La musique des années 80 est sombre, apocalyptique : aucun doute. Mais elle semble bien rose à côté de ce qu'annonce le tourmenté Barry McGuire, au milieu des années 60, dans son seul véritable succès, d'inspiration dylanienne, "Eve of Destruction" :
www.youtube.com/watch?v=3...

8. Le vendredi 20 avril 2007 à 05:48 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

Certes Barry n'était pas de bonne humeur le matin où il a écrit ces paroles. Mais je vois une différence fondamentale : il s'agit d'une protest song, cela fait partie d'un mouvement (pacifiste, anti-Vietnam ou ce que vous voudrez), celui qui chante ces paroles tourmentées agit, il fait appel à ces pairs dans le but de changer le monde. Les années 1980 dont je parle (et il ne s'agit peut-être que d'un reflet de ce que je percevais à dix, douze ans) sont comme un abandon, le constat que la fin du monde était inévitable.

9. Le vendredi 20 avril 2007 à 07:25 précises, Barrès a enregistré le commentaire suivant :

Cher BWL,

Je vois bien la différence. Vous avez raison d'écrire "les années 1980 dont je parle", car à côté de celles que vous avez décrites - celles qui annoncent la fin du monde - il y a celles de la puérilité qu'incarnent par exemple Culture Club ou Duran Duran.

P.S. Vous devriez nous parler de votre propre carrière musicale dans un éventuel billet.

10. Le vendredi 20 avril 2007 à 08:34 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

Ma carrière musicale! Ah! Ah! Certes j'aurais des choses à dire sur le fait d'écrire des chansons et de les jouer sur des scènes (fort peu professionnelles, les scènes, soit dit en passant), mais vous aurez sans doute remarqué que nous parlons fort peu de ce que nous sommes et faisons en réalité. Appelez-cela de la pudeur ou de la protection de la vie privée. Sauf quelques exceptions, la distance me semble un mot d'ordre ici, la même distance qu'en science ou qu'en journalisme, mais comme pour les chansons, de façon un peu lâche (lousse quoi), en amateur, pour le plaisir.

Je vous vois par ailleurs aussi curieux de ma (pseudo) carrière musicale que moi de votre (véritable) carrière universitaire... (c'est fou ce qu'on trouve sur gougueule, et notez bien que je ne vends ici la mèche à personne).

11. Le vendredi 20 avril 2007 à 08:36 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

En ce qui concerne Culture Club ou Duran Duran, s'ils sont légers ou puérils ou les deux et ne s'intéressent pas à la fin du monde, ce n'en est pas moins de la musique d'automate.

12. Le vendredi 20 avril 2007 à 09:00 précises, Oncle Robert a enregistré le commentaire suivant :

Cher BWL,

Je vous ai gougueulé dans l'espoir de trouver un site www.bolducjaunes.com, mais en vain. Je vais donc poursuivre mes recherches ailleurs.

13. Le vendredi 20 avril 2007 à 10:46 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

« Oncle Robert », c'est très fort... On pourrait n'y voir qu'une allusion à un personnage du Traité de balistique. Baille de oué, pas de « s » à jaune dans Bolduc Jaune, malgré le les. C'est comme ça.

14. Le vendredi 20 avril 2007 à 13:42 précises, iwl a enregistré le commentaire suivant :

C'est une idée bien bizarre que de tenter de comparer Human League (les bananes) à Marie Hélène-Thibert (la poire). Années 80 ou pas, la musique québécoise a toujours été un peu à côté de la plaque (Je dis ça pour vous faire choquer). Je vous laisse sur une citation de Boy George :" What's really sad is that a lot of very talented people are being forced to do things that are very embarrassing and I don't intend to be one of them." Lui, au moins, il savait rester digne !

15. Le vendredi 20 avril 2007 à 14:31 précises, iwl a enregistré le commentaire suivant :

Pour les amateurs de Miss Thibert ET des années 80 :
www.youtube.com/watch?v=O...

(Pardon de polluer votre blog monsieux Doroschuk)

16. Le vendredi 20 avril 2007 à 15:43 précises, Le Laborantin a enregistré le commentaire suivant :

Boy George, il fallait le voir faire ses travaux communautaires l'an passé sous le regard curieux des journalistes. En grosses bottes jaunes, il balayait les mégots et les cochonneries de Nouillorque. Certainement une chose embarrasante qu'on l'avait forcé de faire, hein ? Il avait été condamné pour quoi déjà ? Outrage au moeurs ? Encore des choses embarrassantes.

17. Le vendredi 20 avril 2007 à 16:02 précises, Barrès a enregistré le commentaire suivant :

Cher BWL,

Mille excuses pour ce "s". Mais je tenais mon information de cyberpresse...
Je me propose par ailleurs de lire votre Traité. Le nom Bourbaki m'est particulièrement sympathique. J'ai moi aussi de l'admiration pour ce groupe de mathématiciens dont les travaux étaient publiés par la prestigieux éditeur Hermann.
J'ai évoqué l'autre jour le nom de Thibert sans doute parce que ces temps-ci on a -hélas!- recommencé à parler de cette innocente qui vient de lancer son deuxième album. On dit d'elle qu'elle est devenue une interprète plus mature... pffffff

18. Le mercredi 2 mai 2007 à 16:40 précises, iwl a enregistré le commentaire suivant :

Encore lui :
www.cyberpresse.ca/articl...

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