Bouleau jaune
J’espère ne révéler aucun secret en écrivant ici que mon ami Benjamin aime bien se réfugier dans le bois. Bien que je ne m’y adonne pour ainsi dire que très rarement, que je sois facilement débordé par la logistique de la vie rustique et que j’aie horreur des moustiques (sans parler des araignées ou des racounes), j’éprouve dans les bois le sentiment d’être à ma juste place.
Je ne crois pas en l’inconscient collectif, du moins pas en tant que structure génétique transmissible (je me répète, je sais); mais il y a certainement quelque chose de culturel qui s’y approche et que l’on pourrait évoquer pour expliquer ce sentiment de forêt-refuge.
Je ne sais ce qu’il en est pour les inhabitants des autres contrées. Le Touareg civilisé n’a certainement pas la nostalgie des forêts de jeunes bouleaux, mais au Québec oui, en Adéquie comme dans la Confédération du Plateau. Ce n’est pas pour rien que le betula alleghaniensis (le bouleau jaune, ou merisier) est notre arbre-emblème officiel : nos ancêtres françoys se sont faits coureurs des bois et ont fraternisé avec les sauvages pendant de nombreuses décennies, jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Or les nations amérindiennes, en dépit de leur complexité, étaient encore des civilisations néolithiques et vivaient (attention : lieu commun) en harmonie avec la nature dont ils étaient partie.
Ferron prête à l’Église en général et au Chanoine Groulx en particulier le mauvais rôle dans la diabolisation des sauvages. Celle-ci permettait de lutter contre un exemple moral déplorable : la ville (Lorenzo Surprenant) et la forêt (François Paradis) représentaient le mal absolu, par opposition à la terre (Eutrope Gagnon), seul pépinière valable de la foi et des vraies valeurs. Cela permettait aussi (je tente de rendre des idées piquées à Patrice Groulx) de transférer sans risque la haine envers l’envahisseur d’alors (les Angloys) en lui substituant l’ennemi d’hier (car il faut tout de même admettre que les sauvages ont, à l’occasion, rôti du missionnaire et scalpé du paysan). Brefs, ils étaient les boucs émissaires idéaux qui permettaient aux Canadiens français d’oublier leur condition d’opprimés en se faisant à leur tour oppresseurs.
Tout ça pour dire que l’ami Benjamin se réfugie dans le bois, à chaque moment important de sa vie, comme s’il s’imposait un rituel initiatique, et que je trouve ça très intéressant.
Ce billet no 491
a été écrit par Le Laborantin
le
mercredi 2 mai 2007 et publié dans la section « L'armoire du fond »
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Commentaires
1. Le mercredi 2 mai 2007 à 20:09 précises, Nic a enregistré le commentaire suivant :
2. Le mercredi 2 mai 2007 à 20:57 précises, Bernard a enregistré le commentaire suivant :
3. Le mercredi 2 mai 2007 à 20:59 précises, Mo dite La Laborantine a enregistré le commentaire suivant :
4. Le mercredi 2 mai 2007 à 21:01 précises, Bernard a enregistré le commentaire suivant :
5. Le mercredi 2 mai 2007 à 21:32 précises, Nic a enregistré le commentaire suivant :
6. Le jeudi 3 mai 2007 à 08:42 précises, BenjamAnt a enregistré le commentaire suivant :
7. Le jeudi 3 mai 2007 à 10:15 précises, Bernard a enregistré le commentaire suivant :
8. Le mardi 6 octobre 2009 à 13:10 précises, didi a enregistré le commentaire suivant :
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