(des idées comme ça)
Il est possible de poursuivre plusieurs lectures à la fois, surtout si les livres sont de genres différents et qu’on les confine à des lieux précis. Il y a des livres qu’on apporte à la salle de bain, d’autres qu’on sort dans le métro, d’autres qu’on laisse sur sa table de chevet.
Le Laborantin, lundi 8 janvier 2007
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Nous n’avons pas besoin de nous faire davantage d’ennemis, aussi tairai-je le titre du roman qui m’inspire cet embryon d’art poétique (mais c’est une nouveauté de l’automne, encensée par la critique et publiée chez un éditeur qui n'en est pas à ses premières armes). À trente et un ans, j'ai déjà le foie rabougri par de trop nombreuses lectures indigestes et c'est peut-être pourquoi, métaphoriquement parlant, je préfère la sobriété des scones à l’extravagance du gâteau forêt noire. Je me permettrai donc cette petite réflexion malveillante relative à ce qu’en nouvelle grammaire on appelle « la reprise de l’information ».
La Laborantine, mercredi 22 novembre 2006
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Ces temps-ci, la vie n’est rien d’autre qu’une série de dilemmes sans envergure à la hauteur des micro-ambitions qui permettent à la mère débordée que je suis d’espérer (et donc de vivre !). Ainsi, j’ai choisi de composer un petit billet pour le blogue, question de l’alimenter un peu et de me sentir moins coupable de le délaisser. Ce faisant, je me rendrai coupable : a) de ne pas faire de lavage alors que la chaudière de couches a les dents du fond qui baignent ; b) de ne pas répondre à des courriers fleuves qui me sont parvenus de trois amies bien chères qui ont choisi de m'écrire au même moment ; c) de ne pas avoir tiré de lait en vue de faire garder le Laborantillon et son grand frère pour toute une soirée, lundi prochain, à l’occasion du lancement du flamboyant recueil du très talentueux collectif Alexandre Bourbaki.
La Laborantine, mercredi 18 octobre 2006
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Je me prépare psychologiquement à assister, ce soir, à une représentation du Britannicus monté par Martin Faucher au théâtre Denise-Pelletier.
Plus j’en entends parler, plus l’inquiétude s’empare de moi !
Trois remarques, supposément rassurantes, font consensus : « Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé ça », « Tu ne t’ennuieras pas, c’est certain » et « Le texte de Racine est bien rendu ».
La Laborantine, vendredi 24 février 2006
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J’ai laissé le Tolstoï de côté pour quelque temps, parce que je cherchais dans la littérature une oreille amie, une sœur jumelle qui partagerait ma confusion actuelle, et je l’ai trouvée en Suzanne Jacob. Oh ! pour l'avoir trouvée, je l'ai trouvée ! Je me suis envoyé deux recueils de nouvelles en moins de quarante-huit heures. Je m'y reconnais à ce point que ce matin, j’aurais cru être l’un des personnages de La Survie tant mon désarroi était parent au leur et la vie passait à côté de moi, pauvre corps inutile parmi les corps affairés.
La Laborantine, mercredi 24 août 2005
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À trois cents pages de la fin, j’ai déclaré à Tolstoï que j’avais besoin de vacances. Le marathon de La Guerre et la paix peut bien attendre un peu, et après mille sept cents pages de lecture -soit l’entreprise de tout un été pour la mère au foyer que j’étais-, il est évident que je n’abandonnerai pas ces deux briques pour une histoire de pause, que, cette œuvre, je la terminerai sans fautes, j’ai bien vu de toutes façons dans la table des matières que Natacha allait se marier, mais avec qui, avec qui bon Dieu maintenant que le prince André a passé l’arme à gauche, et qu’Anatole Kouraguine aussi, du moins, le croit-on, mais rien n’est moins sûr, car Tolstoï en a fait ressusciter d’autres qu’on croyait morts et enterrés, mais il y a ce gros franc-maçon de Pierre qui est veuf à son insu, de toutes façons, je dois savoir et je saurai, mais j’ai d’autres urgences…
La Laborantine, mercredi 24 août 2005
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J’ai relu l’Avalée des avalées, histoire de vérifier si l’œuvre était aussi antisémite qu’on le disait.
Le Laborantin, jeudi 30 juin 2005
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Les livres d’occasions sentent mauvais, leur reliure est cassée, leurs coins sont racornis, leurs marges sont annotées, leurs pages sont jaunies ou maculées de tâches dont on ne désire pas connaitre la composition, les illustrations de leur couverture sont affreuses, etc., mais on y fait parfois des rencontres extraordinaires (ne pas confondre avec précieuses) qui nous permettent de jeter un regard rêveur sur leurs précédents possesseurs.
Le Laborantin, lundi 9 mai 2005
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La voix de certains auteurs me paraît indissociable de leurs écrits. Ainsi, il m’est impossible de lire les mots de Nancy Huston sans les entendre articulés par sa voix douce et un peu chuintante. Au travers des accents parisien et anglais, on décèle des pointes de sévérité, comme si la voix de la romancière se défendait de vouloir nous bercer; mais je peux aussi concevoir que ce sont les mots mêmes de Nancy Huston qui lui confèrent cette dureté. Il m’est difficile d’en juger, tant, à mes sens confondus, cette voix et ces mots ne font qu’un.
La Laborantine, mercredi 27 avril 2005
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Alors que pour les besoins de mon cours, je relisais Tartuffe, la plus achevée des pièces de Molière, son chef-d’œuvre que, personnellement, je tiens pour la fine fleur de l’humour intelligent, j’eus une pensée (involontaire et rapidement chassée) pour George W. Bush :
La Laborantine, jeudi 10 mars 2005
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Je vieillis. Mes goûts ont changé. Il fut une époque où en littérature, j’appréciais ce qui foisonne, déborde et étincelle; boulimique de sensations nouvelles comme de mots, avide de goûter à tout, je me gavais indifféremment de sentiments gluants et de sophismes mal déguisés, beurrés épais sur une bonne tranche d’épithètes, d’adverbes et de vocabulaire audacieux. Je n’avais rien contre la discordance des images, les emprunts aux sources les plus hétérogènes, l’érudition à outrance ; du bruyant, du dégoulinant, du clinquant, voilà ce que je prisais plus que tout. J’étais d’allégeance baroque.
La Laborantine, mardi 1 février 2005
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Flaubert dans une lettre à Baudelaire : « Ah ! Vous connaissez l’embêtement de l’existence, vous ! » (FLAUBERT, Correspondance, Paris, Gallimard (Folio no 3126), 1998, p. 345). Il vient tout juste de parcourir Les Fleurs du Mal et commente brièvement les pièces qui lui ont plu davantage, pièces parmi lesquelles se retrouve le sublime et incontournable « Spleen ».
La Laborantine, vendredi 17 décembre 2004
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Sauf exceptions, les citations comportant des numéros de pages proviennent du Paradis perdu, NRF Poésie/Gallimard. Les informations sont tirées en partie des notes de ce dernier, mais surtout de la grande toile.
Le Laborantin, mardi 7 décembre 2004
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Paradise Lost s’ouvre sur l'arrivée, sur la chute plutôt, de Satan en enfer. On le voit brûler et souffrir dans un lac de soufre, puis, à force de volonté, s'arracher à ce piège mortel, gagner la rive brûlante elle aussi et rassembler la multitude des anges rebelles tombés avec lui. Ces scènes sont grandioses, les collines de soufre, les vallées de larmes, les roches stériles sortent des pages et sont peuplés des milliers et des milliers de grouillantes créatures toutes plus corrompues les unes que les autres. Milton présentera en particulier une vingtaine des plus grands parmi les diables; je vous les présente à mon tour aujourd'hui dans ce petit bottin mondain de l'enfer.
Le Laborantin, mardi 7 décembre 2004
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Dans mon dernier billet, j’ai écrit : « Baudelaire, c’est moi, mais en mieux ». Cela a pu en surprendre certains, mon allégeance au bovarysme ayant été, à une certaine époque, presque un acte de foi. Je me reconnaissais alors totalement dans l’assertion originale de Flaubert : « Madame Bovary, c’est moi ». En écrivant « Baudelaire, c’est moi », je me suis demandée ce qu’il était advenu de « Madame Bovary, c’est moi ». Moi peut-elle être à la fois Baudelaire et Madame Bovary ? À première vue, je ne vois pas pourquoi Moi ne pourrait pas accumuler les personnalités malsaines. Il me semble même que cette schizophrénie littéraire façon dix-neuvième a quelque chose de « vachement genre ». Le problème est cependant ailleurs.
La Laborantine, lundi 6 décembre 2004
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Je vous avertis, je vais encore citer Baudelaire et ce ne sera pas la dernière fois. Pas que je veuille convertir qui que ce soit à ses vers ou à sa prose -depuis que j’enseigne, j’ai renoncé à ce genre d’illusion. Pas que je veuille non plus étaler ma culture littéraire -je trouverais alors un auteur plus contemporain, plus branché, plus eh-dis-donc-t’as-JAMAIS-lu-Houellebec-pourtant-c’est-vachement-troublant. Pas que je n’aie rien lu d’autre non plus –cela me fait penser qu’il fut une année pendant mon bac où tous mes sujets amenés faisaient référence à Rousseau.
La Laborantine, dimanche 5 décembre 2004
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L’étymologie est un sujet passionnant; appliqué à l’onomastique il l’est encore plus. La racine indo-européenne de Dieu (quelque chose ressemblant à « dei ») signifie brillant, lumineux. Très tôt utilisé comme une épithète, il désigne un être céleste : un Brillant, c’est un dieu. Par extension, le terme en vint à désigner toute divinité.
Le Laborantin, vendredi 19 novembre 2004
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Il y eut un moment dans ma carrière de lecteur où il me semblait que tout me conduisait au Paradis perdu de Milton. Cette impression s’est un peu estompée aujourd’hui, mais j’ai commencé la lecture du poème épique et il n’est plus question que je l’interrompe. Au moment de procéder à l’achat de ce livre, j’ai hésité entre la version anglaise (dont la lecture risquait d’être difficile puisque le texte est versifié et qu’il date du 17e) et la traduction française de Chateaubriand (dont la lecture risquait également d’être difficile, en raison d’un curieux parti pris de François-René qui avait choisi de traduire l’anglais presque littéralement; « J’ai calqué le poème de Milton à la vitre », disait-il). Tout bien pesé, j’ai finalement pris la décision de me procurer une version française de ce texte, décision que je ne regrette pas aujourd’hui.
Je me suis donc dirigé vers le Renaud-Bray situé sur la rue Ste-Catherine Ouest, dans le voisinage de l’université Concordia. J’y ai travaillé pendant quelques mois, peu après mon arrivée à Babylone, et je comptais profiter de cette emplette afin de saluer quelques-uns de mes anciens collègues. Voyant l’achat que je m’apprêtais à faire, Umberto s’anima : son mémoire de maîtrise portait justement sur Paradise Lost. Il y étudiait l’influence du personnage de Lucifer sur une certaine littérature anglo-saxonne des 17e et 18e siècles, comment, notamment, l’ange déchu dépeint par Milton avait servi de modèle à certains personnages de brigands justiciers, un peu comme Robin des bois ou Arsène Lupin.
Quand je vous disais que le Diable était un personnage fascinant…
Le Laborantin, vendredi 19 novembre 2004
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Pourquoi s'intéresser au personnage du Diable ? Pourquoi ne pas disserter plutôt des mœurs sexuelles des orchidées, du programme spatial canadien ou d’une éventuelle reformation des Beatles ? Pour le commun, s'intéresser au diable cela signifie prononcer des messes noires où l'on égorge des chèvres pour recueillir leur sang et le verser en torrents sur le sein d'une jeune vierge, pendant que cette dernière, agenouillée au centre d'un pentacle, entourée de sept fois sept bougies et d'objets ésotériques symbolisant les onze forces primordiales des mondes subtils, récite des vers latins écrits au miroir dans un grimoire relié en cuir d'opossum.
Le Laborantin, vendredi 19 novembre 2004
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Les anges et les habitants du paradis vivent en un état de félicité pure, éprouvant des orgasmes de lumière dans tout leur être spirituel. Les diables font la même chose, mais comme ils se sont rebellés contre Dieu, on donne à leurs ébats des qualificatifs comme orgiaques, dépravés, libidineux, lascifs, luxurieux, impudiques, monstrueux, paillards, vicieux, impurs, etc. En réalité tout le monde baise… Tout le monde baise, sauf que les gens de chez Dieu s’arrogent le droit de le faire en toute légalité.
Pourrait-on croire, rien qu’en lisant ces lignes, que je me suis enfin attaqué au Paradis Perdu de Milton ?
Le Laborantin, lundi 1 novembre 2004
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