Labo

(des idées comme ça)

Nous semblons cultiver avec fierté le trèfle, le foin et la mauvaise herbe ; les araignées filent des toiles grandioses dans nos platebandes et dans les fleurs séchées des jardinières ; nous n’avons toujours pas acheté de rallonge électrique pour donner souffle à la pompe de notre étang artificiel, lequel a la délicatesse de dissimuler son eau stagnante sous une nappe de minuscules plantes aquatiques ; notre cabanon menace de rendre l’âme d’ici un an ou deux ; le métal rougit de partout, sur la boîte aux lettres, sur les clôtures avant et arrière et sur les portières de ma petite Hyunday bosselée ; les jours d’orage, la piscine du Laboranteau, à demi dégonflée, se remplit d'une eau sale (et sûrement acide), qui me sert ensuite à abreuver les plants de tomates assoiffés ; cependant, partout les voisins nettoient, arrosent, tondent, astiquent, clouent et sarclent.

Parmi les propriétaires des quatre maisons en rangée dont la nôtre fait partie, nous sommes les seuls à ne pas posséder d'ensemble de patio. Étrangement, nous sommes aussi les seuls à fréquenter notre cour et à y manger. Et j’ai l’impression désagréable que tout cela n’est pas le fruit du hasard, que nous échappons au grand ordre de la propriété, qu'une équation mystérieuse ne nous a pas encore été révélée.

Si je ne détestais pas tant les mathématiques, je tenterais bien quelques calculs dans le catalogue Canadian Tire...

La Laborantine, vendredi 29 juillet 2005

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Enfonçons une porte ouverte : les fourmis sont stupides. C’est normal, elles appartiennent à un ordre animal inférieur et leur petite taille ne leur permet pas de bénéficier d’un cerveau puissant. Pourtant, collectivement, elles accomplissent de grandes choses : nids élaborées, stratifications sociales complexes, élevages d’autres espèces (pucerons), organisation de réseaux de distribution alimentaire, etc.

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Le Laborantin, jeudi 21 juillet 2005

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Parmi la foire aux malheurs de notre vie de nouveaux propriétaires, on trouve notamment une invasion de fourmis. Le précédent propriétaire nous avait pourtant assuré « qu’il en avait eu, une fois, mais que c’était terminé et qu’elles n’étaient jamais revenues ». Demi-vérité, demi-mensonge… À quelque chose malheur est bon : j’observe avec l’intérêt d’un historien les migrations des diverses populations qui infestent notre foyer.

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Le Laborantin, jeudi 21 juillet 2005

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Hier midi je suis allé vendre des disques compacts. L’acheteur me propose un montant. J’accepte. Les a-t-il tous pris? Non. Il me tend un petit sac contenant trois des rossignols dont je tentais de me débarrasser. Enfer! Tout est à recommencer. Je quitte la boutique en maugréant. Je regagne le métro. Je glisse le paquet à mes pieds en prenant garde à ne pas être vu et je l’abandonne lâchement en quittant la voiture. Personne ne me court après.

J’y pense, il y un paquet de cochonneries qui dorment dans la cave…

Le Laborantin, jeudi 30 juin 2005

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La Bête a profité du bref passage de l’Éditeur pour faire sa première expédition. Se voyant découverte, elle a pris ses dizaines de jambes à ses cous et elle s’est faufilée entre les pattes des chaises, puis sous la table. Intéressé mais prudent, Tapis collait son gros museau sur cette vermine grouillante sans se décider à la croquer. J’ai écarté le chien et, terrifié à l’idée que ça allait faire « crouche », j’ai fait peser le ciel de ma sandale sur la tête de la Bête. Ça a fait « crouche ». La Bête, alias Scutigera coleoptrata, alias Léon le millepatte (le centipède plutôt) est mort dans la rassurante obscurité de ma chaussure.

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Le Laborantin, mardi 5 avril 2005

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« Yark ! C’est quoi, ça ? », s’est écrié Antoine, samedi soir, nous avertissant par là de la première apparition de la bête. Il faut dire qu’il était impressionnant de voir avancer la chose : longue, rapide, pleine de pattes et surtout grosse, énorme, animale ! Moi, la fifille, à la vue de ce monstre d’au moins quinze centimètres, je hurlais d’une voix suraiguë, sans aucune considération pour le Laboranteau que je venais de mettre au lit. Il a d'ailleurs fallu un bon quinze secondes au Laborantin pour trouver le courage d’écraser, dans un grand crac, le bétail qui tentait d’escalader vers le comptoir, peut-être pour échapper aux ultrasons.

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La Laborantine, mardi 5 avril 2005

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De locataires heureux mais un peu à l'étroit, nous avons décidé de devenir propriétaires. Nous avons acheté, un peu vite peut-être, mais avions-nous le choix?

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Le Laborantin, vendredi 11 février 2005

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Vendredi, 17 heures 13, dans le métro, après une semaine de travail acharné devant le moniteur de son pécé, promener un curseur imaginaire entre les lignes d’un roman d’Isaac Asimov. Pire : songer à appuyer sur « TAB » pour tourner une page.

Présenter sa carte magnétique avant d’ouvrir la porte du frigidaire.

En bouquinant dans une librairie, reclasser ou redresser un livre sur un rayon. Plus agaçant : faire la même choses chez des amis.

Le Laborantin, mercredi 19 janvier 2005

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Chili a fait son premier caca dans la cour enneigée de notre petite maison de Verdun; il a jappé après son premier voisin et, pour la première fois, il a essayé de faire pitié pour qu’on le sorte et qu’on le sorte encore.

Le Laborantin, mardi 11 janvier 2005

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Dans mon souvenir, la petite maison n’était pas grande, mais chaleureuse. Bien sûr, il fallait repeindre : les couleurs choisies par l’ancien propriétaire –un amateur de brun— se trouvaient aux antipodes du bon goût. Surtout il fallait libérer la petite maison du papier peint qu'on lui avait collé aux murs. Il me semblait toutefois que ces modifications ne résultaient que d’une question de parure, d'enjolivement superficiel. Peut-être serait-il possible d’emménager en grattant furieusement la tapisserie certes, mais en ne peignant que le minimum …

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La Laborantine, mardi 11 janvier 2005

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Les événements des dernières semaines ont été éprouvants : empoisonnés, jetés à la rue, tenus dans l’ignorance, manipulés, chargés de la faute et haïs par nos voisins, nous rêvions de dédommagements, de poursuites et de grandes croisades contre la race honnie des propriétaires. Mais nous n’aspirons plus maintenant qu’à quitter au plus vite cet appartement où nous avons été heureux, tels Adam et Ève au jardin d’Eden.

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Le Laborantin, mardi 21 décembre 2004

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Contrairement à ce que l’Autre prétendait, ça ne sentait pas les roses hier soir lorsque je suis rentré à la maison. Faïus, qui était passé plus tôt, m’avait averti : « Votre problème n’est pas réglé. » La suite des événements lui a malheureusement donné raison.

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Le Laborantin, lundi 13 décembre 2004

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Je n’ai eu qu’un seul propriétaire sain d’esprit au cours de mes dix ans de vie en appartement et malheureusement pour l’espèce humaine, c’était une entreprise, dont le nom m’échappe aujourd’hui, et qui exploitait des immeubles destinés aux étudiants de l’Université Laval. Depuis, je n’ai signé des baux qu’avec des individus vraiment effrayants.

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La Laborantine, vendredi 10 décembre 2004

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Attention, des travaux effectués au rez-de-chaussée ont forcé l’évacuation du laboratoire.

Hier soir, des vapeurs de solvant se sont infiltrées dans nos locaux par le puit de lumière de la salle d’eau. Malgré des manœuvres d’aération hardies, l’atmosphère est devenue carrément irrespirable et, à 1 h 08, nous avons mis en branle le processus d’évacuation de tout le personnel. Nous avons trouvé refuge à Rivière-des-Prairies, chez l’ami Faïus, qui a été bien aimable de nous accueillir malgré l’heure plus que tardive. Mille mercis à lui.

Étant dans l’ignorance quasi complète de l’étendue des travaux dans le temps, la Laborantine et le Laboranteau se sont mis en route pour Québec où ils arriveront, si le « blizzare » ne les rattrape pas avant, dans quelques minutes. Pour l’instant, je garde seul le fort à Babylone, mais la fin de semaine qui vient me verra peut-être à l’ombre des murs de la Vieille Capitale.

Le Laborantin, mardi 7 décembre 2004

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Pensant à demain, je m’attends à ce que le ciel me tombe sur la tête. Et si on ne parvenait pas à relouer notre appartement dans Maisonneuve? Et si le muffler du char restait dans la rue? Et si les brakes lâchaient en bas d’une côte? Et si les wipers rêlaient le windshield? Et si le toit de notre cottage coulait? Et si la chaudière au gaz explosait? Et si les fondations se fissuraient? Et si les égouts refluaient et envahissaient le sous-sol? Et si une équipe d’archéologue découvrait un cimetière indien dans notre cour, serions-nous expropriés?

J’écoute Across the universe, cette merveilleuse chanson de John Lennon. Les paroles, la mélodie, le son de la douze cordes, tout dégage une impression de paix, de bonheur et de calme. Poème d’amour universel d’un dieu sur l’acide redécouvrant et confondant ses sens. Rien ne changera le monde, tout va bien.

Au fond, on pourrait relouer l’appartement demain et faire un tour à Verdun en voiture pour revoir la petite maison qui nous attend bien sagement.

Le Laborantin, jeudi 25 novembre 2004

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Nous avons reçu le rapport de l’inspecteur quelques jours après son passage dans la maison. À première vue, il était difficile de savoir si le texte était positif ou négatif : il nous paraissait simplement technique. Je crois qu’il faut se mettre dans un mode « castor bricoleur » pour en saisir (voire, pour en savourer) toute la portée. Or, vous le savez peut-être, nous ne sommes pas des castors bricoleurs.

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Le Laborantin, mardi 16 novembre 2004

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Une maison est un être complexe et pudique qui ne se laisse pas découvrir facilement par le premier venu. Ainsi, pour accomplir son ministère, l’inspecteur en bâtiments doit-il contourner divers obstacles que nous pouvons regrouper en problèmes de taille, d’échelle temporelle et d’opacité.

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Le Laborantin, lundi 15 novembre 2004

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Nous avions fait une offre d’achat pour un cottage situé dans la partie occidentale du quartier Mercier. L’offre ayant été acceptée, il ne restait plus qu’à faire inspecter les lieux par un spécialiste. Monik s’est fait recommander un inspecteur en bâtiment avec qui elle a pris rendez-vous.

Il n'était pas grand l'inspecteur, mais il y en avait dedans.

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Le Laborantin, lundi 15 novembre 2004

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