Labo

(des idées comme ça)

En français parlé, le pluriel n'a que fort peu à voir avec cette manie agaçante de mettre des « s » ou des « x » en fin de mots. La véritable marque du pluriel, c'est ce rude « z » avec lequel nous attaquons tous les mots commençant par une voyelle. Le Laboranteau en sait quelque chose, lui qui vient d'enfoncer une zaile, puis une autre, dans les vitres des portières de son mini-monster-truck-jacké.

Le Laborantin, vendredi 6 avril 2007

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Comment s’assurer de transmettre à mes enfants les valeurs que je juge les meilleures sans leur transmettre mes névroses ou mes obsessions ? Ce que je suis et n’aime pas toujours les poursuivra-t-il toute leur vie ? À quel point serai-je responsable si l’un de mes fils termine derrière les barreaux ? Si l’un d’eux obtient un Darwin Award ou le prix Robert-Cliche ? Est-ce que mon influence engraissera les coffres d’un éminent psychanalyste, sera-t-elle le déclencheur d’une œuvre grandiose, sera-t-elle, tout simplement ?

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La Laborantine, mercredi 25 octobre 2006

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Le jour où nous allions rentrer de l’hôpital avec un poupon tout neuf, je m'attendais bien à ce que le Laboranteau multiplie les tentatives pour attirer l’attention. Qu’il se rebelle systématiquement devant chaque demande, qu’il exprime son désir de voir l’intrus quitter la maison, cela allait de pair avec le caractère bouillant de ses deux ans.

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La Laborantine, samedi 2 septembre 2006

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Rimailleurs, pianoteurs troubadours de fins de veillées, artistes manqués recalés par la critique, le consommateur et l’establishment, vous que vos proches continuent à encourager, à entretenir dans l’espoir que votre demi-talent vous mènera un jour quelque part, vous qui attendez une gloire qui ne viendra jamais, cessez d’écrire, de composer ou d’interpréter des disques pour enfants.

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Le Laborantin, lundi 12 juin 2006

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Les femmes enceintes souffrent souvent d’hypersensibilité et à cet égard, mieux vaut pour le budget familial qu’on les tienne loin des téléthons sur les maladies infantiles et des infopubs de Vision mondiale. Et comme si j’avais besoin d’être sensibilisée, la revue Agir me proposait ce trimestre un dossier à vous faire verser des torrents d’eau salée : Enfants, partout maltraités. Viols, enfants-soldats, exploitation... On connaît la chanson, mais on ne s'y habitue pas. On voudrait même parfois l'oublier. Un peu comme du Plamondon...

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La Laborantine, jeudi 22 décembre 2005

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Verdun, mercredi matin. Suspendu par le bras, les pieds battant l’air au-dessus des marches de l’escalier, un petit Laboranteau de 20 mois a été hissé par la main salvatrice de son inconsciente de mère, qui aurait été alertée par son appel angoissé : « ch’ai pe ! ch'ai peu ! » (traduction : « j’ai peur ! j'ai peur ! »).

Contre toute attente et profitant d’un moment d’inattention, Le Laboranteau aurait décidé d’entamer la descente des quatorze marches de l’escalier, en dépit de l’interdiction formelle qu’il avait l’habitude de respecter. « Il demandait toujours de l’aide en disant ‘‘bas ! bas !’’», affirme la mère ébranlée, qui s’habillait en vitesse au moment du drame, croyant que son fils s’amusait derrière elle avec Maman Singe -un gros toutou abondamment poilu qui n'a eu conscience de rien. Alertée par l'appel de détresse, la mère aurait alors aperçu son fils, agrippé au garde-fou du premier, en train d’observer avec horreur la céramique du rez-de-chaussée et y voyant peut-être défiler le court-métrage de sa vie.

L’enfant va bien, et semble avoir tout oublié. La mère, elle, souffre d’un choc nerveux. Elle songe à installer une clôture Frost au premier.

La Laborantine, mercredi 7 décembre 2005

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Petit matin pas chaud au parc Richard (aucun lien de parenté), aux abords du fleuve, devant l’Île-des-Sœurs dont j’admire pour la première fois de la saison les rives enneigées. Le Laboranteau a l’air du bonhomme Michelin, avec sa salopette qui fait chuite-chuite, sa doudoune rouge et son bonnet à oreilles en polar. Il lui reste encore tout l’hiver pour apprendre à manœuvrer au travers des multiples épaisseurs de textile la semelle épaisse de ses bottes lunaires ornées sur le bout d'une bande réfléchissante, qui semble avoir été apposée là pour lui indiquer le chemin de ses pieds. En attendant, il peine à se redresser, quand, après avoir glissé sur une plaque de givre ou trébuché contre un monticule de sable gelé, il se retrouve étendu sur le dos, les yeux fixés sur la voûte céleste, ne sachant trop s’il doit trouver du courage ou de l’aide. Sa stratégie la plus efficace consiste à lancer mon nom dans l’air, sans direction précise, comme une fusée de secours en mer, un de ces « maman ? » où retentit un microscopique accès d’angoisse auquel je ne peux refuser rien.

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La Laborantine, mercredi 23 novembre 2005

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Nos plus fidèles lecteurs se rappelleront peut-être un certain billet composé l’hiver dernier à propos d’une garderie de Ville-Émard que le Laboranteau et moi avions visitée et dont la jeune clientèle nous avait paru bien en peine. Or, voilà que ce matin, au terrain de jeux, j’ai été confrontée à l’aile verdunoise de cet établissement que jadis, dans un vif élan de réprobation, j’avais surnommé l’orphelinat roumain –à tort, car je me suis rendu compte que les éducatrices parlent russe.

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La Laborantine, vendredi 23 septembre 2005

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Après un mois de vacances en la très cinétique compagnie de mon fils, j’ai dû me résoudre à l’abandonner aux soins de son éducatrice. Larmes, cris, regards turquoises éplorés, petits bras tendus dans ma direction, le Laboranteau a mis le paquet pour me retenir, mais je n’ai pas flanché, j’ai quitté la garderie en me faisant une raison , j’ai filé vers notre maison silencieuse et plutôt que de m’y morfondre, j’ai enfourché mon vélo ; j’avais tout le loisir de me lancer dans l’une de ces randonnées depuis longtemps projetées mais que je ne pouvais jamais entreprendre avec fiston, lequel ne prise guère les sangles contraignantes du siège arrière, non plus que les soubresauts causés par les craques et chaînes de trottoir. « Tu es seule, profites-en », me répétait l’impitoyable Raison à dessein de voir pétrifier ce cœur de mère trop prompt aux effusions.

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La Laborantine, mardi 2 août 2005

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– Y'a-tu des sourires dans ce bébé-là ?

– Y'a-tu des rires dans ce bébé-là ?

Je ne me moque de personne, ces paroles-là, je les prononce comme tout le monde, Laborantine, parents, beaux-parents, amis, inconnues dans les cafés.

J'aime cette idée de l'intérieur d'un bébé.

Qu'est-ce qu'il y a dans un bébé ?

Le Laborantin, dimanche 15 mai 2005

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C’est chouette la garderie. Cela apporte beaucoup à notre petite famille.

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Le Laborantin, jeudi 24 février 2005

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Trois jours par semaine, je paye pour qu’on brise son petit cœur. Et le mien. Alors que je m'apprête à le confier aux soins d’une autre, il s’accroche à mes pantalons, il hurle. S’il le pouvait, il grimperait jusqu’à mon cou et me crierait : « Pourquoi, maman ? tu n’es pas bien avec moi ? Dois-tu vraiment te débarrasser de moi ? ». Je me dépêche de partir : je ne voudrais pas pleurer devant lui.

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La Laborantine, jeudi 3 février 2005

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J’avais rendez-vous à 10 h 00 et j’étais à l’heure. J’ai pourtant dû sonner cinq coups et cogner deux fois avant qu’on daigne m’ouvrir. La dame portait un habit de coton à texture moutonneuse. Son rouge à lèvres couleur peptobismol dépassait. Je lui ai rappelé notre rendez-vous pour visiter la garderie. Elle m’a laissée entrer. Ce n’était pas avec elle que j’avais convenu d’une rencontre, mais avec la directrice, absente ce matin. Manifestement, la patronne avait oublié d’avertir son personnel de notre venue.

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La Laborantine, lundi 24 janvier 2005

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Stupeur!

La bande dessinée ne nous mentait pas : les bébés font vraiment gagaga.

Le Laborantin, jeudi 2 décembre 2004

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(Je dédie ce billet à tous les étudiants étrangers dont j’ai écorché le nom en début de trimestre.)

Au moment de choisir un prénom pour notre fils, je me suis intéressée à ceux qui s’inscrivaient dans l’histoire et plus particulièrement à ceux qui relevaient de la tradition judéo-chrétienne. La tâche s’est avérée plus ardue que je ne l’aurais cru : aussi beaux étaient-ils, les Samuel, Jérémie et Mathieu posaient un problème d’originalité, alors que les classiques moins usités comme Moïse, Hérode et Zachée auraient pu laisser place, dans la cour d’école, à des quolibets bien mérités. À la fois sobre et non-conformiste, le prénom Josué possédait la plus harmonieuse des résonances : sa chuintante, sa sifflante et son hiatus ne forment-ils pas la plus jolie des musiques ? Prononcez le nom de mon fils : c’est un air de fado que vous entendrez.

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La Laborantine, mardi 16 novembre 2004

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