Le mur n’existe pas

9 décembre 2010

Le vers du billet précédent est tiré de la chanson On s’aimera de Léo Ferré, laquelle est insérée à la bande son (et incidemment à la trame narrative) du film Des nouvelles du bon dieu de Didier le Pêcheur. À 1 h 00 m 39 s du début, Karénine (interprétée par Maria de Medeiros), fraichement veuve de l’écrivain nihiliste Batavia, l’idole des protagonistes, accompagne le chanteur de sa toute petite voix au cours d’une balade en voiture. C’est un moment émouvant.

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Le singe

7 décembre 2010

(on inspire)

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Voyages

13 octobre 2010

En descendant les escaliers mécaniques de la station Lucien-Lallier (26,1 mètres), je songeais que le temps que j’arrive à la maison (25 minutes), un homme là-bas au bout du monde remonterait des enfers (622 mètres) dans un sarcophage de métal.


La cruche du bureau (histoires d’eau)

2 septembre 2010

Une amie enseignante vous parlera peut-être un jour de ses étudiants lavallois qu’elle envoyait en ville assister à je ne sais plus quelle pièce de théâtre. Chose incroyable, certains d’entre eux franchissaient la rivière des Prairies pour la première fois de leur vie; ils avaient peur, car il est bien connu que c’est Montréal, et non l’oisiveté, qui est la mère de tous les vices.

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Le gnome

26 août 2010

Les temps changent, hélas, et j’ai lu tous les livres : si l’ennemi brandissait aujourd’hui ses drapeaux à la porte de l’Empire, gageons que Verdun ne pourrait s’enorgueillir une troisième fois du plus fort taux d’enrôlement volontaire, conséquence directe de l’immigration d’Anglo-saxons de basse extraction. Il suffit de se promener sur la Well un beau midi de semaine pour comprendre que la Reine de mes concitoyens se trouve aujourd’hui au fond d’une quille de 50, dans un billet de Mini ou derrière un t-shirt « Sexy baby » moulant les bourrelets d’une quinquagénaire édentée.

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Les bonnes gensses

24 août 2010

Au grand dam de Michael Ignatieff, Stephen Harper n’a pas séjourné cet été au camping Ste-Madeleine et il n’envisage pas non plus faire acte de présence au St-Mag Fest, le « Festival de la vache qui… » (authentique). Non, Stephen est parti dans l’Arctique se faire venter dans les cheveux, jouer dans la neige, se chicaner avec des Vikings à propos d’un caillou échappé en plein milieu du passage Kennedy et faire quelques déclarations à la presse.

Aux journalistes qui ne lui ont pas posé la question à savoir s’il ne trouvait pas un peu ridicule qu’on accuse de complot de simples manifestants, qui ne lui ont pas demandé s’il ne trouvait pas abusives les procédures judiciaires imposées à des étudiants impécunieux (notamment les renvois à une date ultérieure, chaque déplacement impliquant des dépenses supplémentaires), qui ne l’ont pas interrogé sur l’attrition manifeste du droit à la libre expression, à ces journalistes, il n’a pas pu dévoiler le fond de sa pensée qui est : « Vous savez, les citoyens honnêtes ne se retrouvent pas dans ce genre de situation Â».


C’est amusant d’être libre

13 août 2010

Cet été, mon fils a appris à faire du vélo. Il n’a pas été facile de lui faire renoncer aux roulettes, puis de lui faire lever les pieds du sol, mais sa mère n’a jamais abandonné, de sorte qu’un soir, il a attendu que je sois rentré du travail pour me faire la démonstration de ses nouveaux talents.

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Ce n’est pas amusant d’être libre tout seul

12 août 2010

Cette phrase d’Alfred Jarry, je la vois tous les jours. Mon regard à tout le moins la survole chaque fois que je me retourne pour consulter un dictionnaire. Elle est là, imprimée hors contexte sur une de ces cartes postales portant des citations d’auteurs et qu’on vendait dans les librairies il y a une dizaine d’années.

Cette phrase, on peut lui faire dire ce qu’on veut : cri désespéré d’un solitaire ou appel à l’anarchie. C’est ainsi que les petites secrétaires l’interprètent, c’est du moins ce que j’en déduis quand au lieu de commenter la phrase elles me demandent « c’est qui le monsieur ? ». Sacré Alfred, toi qui, de ton vivant, tirais au revolver pour animer des soirées mondaines, tu parviens encore à dérider l’ambiance d’un morne cubicule en choquant des petites madames qui s’empresseront d’aller se faire une tisane pour oublier au plus vite que « ces gens-là Â» existent.


Manifeste (genre de)

11 août 2010

Il y a toujours de bonnes raisons pour ne pas écrire ou, ayant écrit, ne pas publier : ce n’est pas prêt, pas achevé, je n’ai pas eu le temps de faire une bonne révision, pas eu le temps de trouver l’idée qui tue, pas eu le temps de terminer mes recherches. Pas le temps.

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Autres miettes

29 juillet 2010

Pour le meilleur et pour le pire, on écrit aujourd’hui directement à l’ordinateur, de sorte que tous ces embryons de projets qui sombraient jadis dans l’oubli — abandonnés sur les versos jaunissant de papiers glissés ça et là dans des archives approximatives, entre les notes de Morphologie et syntaxe du français II et les photocopies recouvertes de graffitis obscènes de chefs d’Å“uvre de notre littérature (comme Jean Rivard défricheur ou la Terre Paternelle) et qu’à l’occasion d’un ixième déménagement l’on finissait invariablement par jeter, parfois par accident et avec un petit regret quand on prenait a posteriori conscience de l’importance de l’autodafé, parfois volontairement mais avec le sentiment partagé d’avoir sauvé le monde d’une grande médiocrité ou de l’avoir privé d’une vérité presque aboutie et qui ne demandait encore qu’un peu de finition avant d’être lancée parmi nos contemporains comme une nouvelle souche de grippe — sont maintenant conservés à portée de clic de souris, éternellement jeunes malgré les formats qui se succèdent, comme s’ils avaient été écrits la veille, et notre stupéfaction de lire ces mots d’un étranger n’est plus neutralisée par le spectacle de la déliquescence du papier qui nous rappelle qu’avec le temps, va, tout s’en va.

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