Ce n’est pas amusant d’être libre tout seul

12 août 2010

Cette phrase d’Alfred Jarry, je la vois tous les jours. Mon regard à tout le moins la survole chaque fois que je me retourne pour consulter un dictionnaire. Elle est là, imprimée hors contexte sur une de ces cartes postales portant des citations d’auteurs et qu’on vendait dans les librairies il y a une dizaine d’années.

Cette phrase, on peut lui faire dire ce qu’on veut : cri désespéré d’un solitaire ou appel à l’anarchie. C’est ainsi que les petites secrétaires l’interprètent, c’est du moins ce que j’en déduis quand au lieu de commenter la phrase elles me demandent « c’est qui le monsieur ? ». Sacré Alfred, toi qui, de ton vivant, tirais au revolver pour animer des soirées mondaines, tu parviens encore à dérider l’ambiance d’un morne cubicule en choquant des petites madames qui s’empresseront d’aller se faire une tisane pour oublier au plus vite que « ces gens-là » existent.


Manifeste (genre de)

11 août 2010

Il y a toujours de bonnes raisons pour ne pas écrire ou, ayant écrit, ne pas publier : ce n’est pas prêt, pas achevé, je n’ai pas eu le temps de faire une bonne révision, pas eu le temps de trouver l’idée qui tue, pas eu le temps de terminer mes recherches. Pas le temps.

Lire la suite »


Autres miettes

29 juillet 2010

Pour le meilleur et pour le pire, on écrit aujourd’hui directement à l’ordinateur, de sorte que tous ces embryons de projets qui sombraient jadis dans l’oubli — abandonnés sur les versos jaunissant de papiers glissés ça et là dans des archives approximatives, entre les notes de Morphologie et syntaxe du français II et les photocopies recouvertes de graffitis obscènes de chefs d’œuvre de notre littérature (comme Jean Rivard défricheur ou la Terre Paternelle) et qu’à l’occasion d’un ixième déménagement l’on finissait invariablement par jeter, parfois par accident et avec un petit regret quand on prenait a posteriori conscience de l’importance de l’autodafé, parfois volontairement mais avec le sentiment partagé d’avoir sauvé le monde d’une grande médiocrité ou de l’avoir privé d’une vérité presque aboutie et qui ne demandait encore qu’un peu de finition avant d’être lancée parmi nos contemporains comme une nouvelle souche de grippe — sont maintenant conservés à portée de clic de souris, éternellement jeunes malgré les formats qui se succèdent, comme s’ils avaient été écrits la veille, et notre stupéfaction de lire ces mots d’un étranger n’est plus neutralisée par le spectacle de la déliquescence du papier qui nous rappelle qu’avec le temps, va, tout s’en va.

Lire la suite »


Miettes

23 juillet 2010

Avant que de me remettre sérieusement à l’écriture, je dois procéder à une vidange complète de mon fichier de billets en attente. Il s’agit de notes jetées sans développement, d’idées à creuser qui ne peuvent plus l’être, figées dans leur forme squelettique, et qui ont fini par me paraitre belles comme un pylône électrique, suffisantes en leur état transitoire. Ce qui m’a semblé vraiment mauvais ou inutile a été coupé sans espoir de collage.

Lire la suite »


La panne

20 juillet 2010

Pour Monik

Ça fait longtemps. Je ne sais même plus s’il y a quelqu’un pour me lire encore. Ceux qui ont oublié de me purger de leur fil RSS, ceux qui par nostalgie font la tournée routinière de leurs vieux liens me liront peut-être.

Je me suis toujours interdit d’écrire ce type de billet où l’on justifie sous divers prétextes son absence prolongée. Le silence fait partie du blogue, il ne doit pas être excusé. Le blogueur est libre de se taire tout autant que de parler.

Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Je suis en panne de mots. Depuis bientôt trois ans.

Lire la suite »


Aspispam 2000

23 janvier 2010

Ne vous réjouissez pas trop vite, ceci n’est pas un billet mais un piège à spam ou à fraudeur.
Lire la suite »


Côté anticipation, j’ai vu pire

1 juin 2009

« De nos jours, les gens se sont tellement habitués aux ordinateurs qu’ils oublient facilement que ce sont de merveilleuses fenêtres sur le monde extérieur. C’est parfois mon cas. On finit par n’utiliser l’ordinateur que pour certains services. Pour payer les factures, téléphoner, suivre les informations, et on néglige ses fonctions les plus enrichissantes. Si l’on paie, on peut tout obtenir d’un terminal, sauf de se glisser dans votre lit. De la musique? Je pouvais écouter un concert en direct de Berkeley aussi bien qu’un récital donné à Londres dix ans auparavant par un artiste mort. La musique est toujours aussi « vivante », aussi proche que si l’on était dans la salle. Le temps importe peu aux électrons. Dès qu’une information est entrée dans le réseau, le temps est gelé. Tout ce qu’il suffit de se rappeler, c’est que les trésors infinis du passé sont à votre portée dès que vous pianotez sur les touches. »

Robert Heinlein, Vendredi, 19821

Le mot « Internet » date précisément de 1982.  Minitel a été créé en 1981. Les premiers NewsGroup en 1979 (des faits et des dates). Un PC en 1981, Lisa en 1983 (premier Mac à interface graphique).

Notes :

  1. traduction française de 1985 (retour)


Compte rendu d’une journée que d’aucuns qualifient déjà d’ historique

21 janvier 2009

Mardi matin, 6 h 14, une voix résonne sur l’étage et s’immisce en mes rêves éveillés : « Veux plus faire dodo moi ».

7 h 55 : dans le métro. Pour une fois, je vais arriver à l’avance, mais à 8 h 01, le FBI détecte une menace dans le périmètre de sécurité étendu du Capitole, entre les stations Peel et Guy.

Lire la suite »


La ronde

17 décembre 2008

Le Provigo qui pue, où je m’obstine à m’approvisionner en raison de sa proximité, a dû être victime d’un larcin quelconque, puisque depuis deux ou trois mois, le soir venu, un argousin en patrouille les allées.

Lire la suite »


Le Chinois qui danse sur mon perron (moment fort des élections)

9 décembre 2008

On savait déjà que, d’une façon ou d’une autre, tout le monde avait gagné ses élections, sauf Mario, et pour profiter jusqu’à la fin du plaisir sadique de voir son parti pulvérisé, on écoutait d’une oreille distraite Marie, Jean-Pierre et Lisa se crêper le chignon, le luxueux Michelcé taponner ses graphiques sur son écran de vingt pieds et Bernard interrompre les uns et les autres (pour une dernière fois, avant de s’en aller).

C’est à ce moment qu’il a appuyé sur le bouton et que la sonnette a jappé.

Lire la suite »