Je veux communiquer le bonheur d’une enfant sautant à pieds joints dans un gros banc de neige humide, une énorme masse molle et accueillante, bien plus haute qu’elle, qui a amorti sa chute tout naturellement. L’enfant s’est enfoncée profondément. Son habit d’hiver est si épais qu’elle a l’impression d’y flotter plutôt que de le porter. La neige et les étoffes la laissent comme suspendue au-dessus de la terre gelée.
Elle habite pleinement le silence dense de la cavité. De loin en loin, le battement de son cœur devient perceptible; il est si lent, est-ce bien le sien ? Il résonne de plus en plus fort jusqu’à clapoter à la surface de ses oreilles, puis à résonner dans toute cette matière pénétrée.
L’enfant observe avec sérénité le ciel gris et sans vie. Elle le trouve laid. Ce n’est pas un ciel, c’est un reflet de neige cadavérique. Voilà pourquoi elle n’a pas envie de s’envoler, comme les fillettes, là-bas, qui s’amusent à dessiner des anges à la surface de la neige. Elles ouvrent et ferment leurs petites jambes à toute vitesse, en harmonie avec leurs bras qu’elles font battre comme des ailes. Quand elles se seront levées précautionneusement, ce ne sera pas l’empreinte des corps qu’on contemplera sur la neige, mais l’idée des fillettes qui se sont prises pour des anges.
L’enfant, elle, s’endort dans la matrice enneigée, son corps bien moulé, à l’abri de toute transcendance.