J’habite une description du vieux Zola : le désordre qui régnait dans mon oreille interne s’est propagé à mon environnement immédiat.
Une saleté de labyrinthite m’oblige à me reposer plutôt que d’aller vaillamment parler à des gens qui ne m’écoutent pas. J’y ai trouvé un excellent prétexte pour m’abstenir de toute forme d’activité physique, ce qui, dit-on dans les magazines féminins, inclut le ménage. Poussant à l’extrême le désir de me rétablir, mais souhaitant tout de même mettre à profit ce temps supplémentaire pour préparer mon nouveau cours (et rendre plus digeste le vieux, construit par la jeune prof zélée que je ne suis plus), je me suis «laissée traîner» dans le bureau conjugal, minuscule pièce déjà encombrée par quatre bibliothèques surchargées.
Me voilà maintenant égarée parmi les papiers, les crayons, les livres, les manuels, les cahiers à anneaux ouverts et fermés, les élastiques, pinces et bandeaux alliés de la travailleuse à crinière, sans compter mes bien-aimés post-it, panonceaux précaires que je laisserai sûrement se délaver et décoller (mais mon agenda est quelque part, enseveli je ne sais où, et il faut bien prendre en note toutes les photocopies à faire, les documents à imprimer, ceux à distribuer, le powerpoint à télécharger, le numéro de l’ami îlejésusien du chum et les dates des pièces prévues par notre abonnement au Théâtre du Jour d’ennui). Ça y est, les vertiges sont revenus. Et j’ai faim.
«Votre mission ? Trouver le chemin vers la sortie. Si vous croisez un homme-taureau, tuez-le.»
Ma chaise d’ordinateur peut encore vriller, mais reculer équivaudrait à bousiller une feuille mobile non identifiée. Vriller donc, et poser ensuite le pied entre le cartable du 102 ouvert et celui du 103 fermé. Mais bordel ! que faire du second pied ? Cul-de-sac ! Prendre à droite, alors, un chemin plus long, frôler… han ? la chaise pliante ? adossée à la bibliothèque ? enfin, la frôler sans comprendre et sauter l’ami Robert (…), éviter Le Grand Druide (trop vertueux), puis le Lonely Planet : Pwrovence and the Côte d’Azuuuuuuwr…
Que j’ai aussi cwrissé à tewre
Although I have no plans to go there
Bonne mèwre.
Mine de rien, nous voilà revenue au cartable du 102. Rebroussons mentalement chemin, vrillons… vrillons… sans l’aide de la chaise, par le seul pouvoir du poil d’oreille interne. Mais par où passer ?
M’est avis qu’il faudra déblayer.
(Lecteur, tu te dis, mais pourquoi une description ? À quoi ça sert ? Mais lecteur, pourquoi n’as-tu pas sauté la description ? J’ai entendu parler de professeurs de littérature qui conseillaient à leurs étudiants de le faire, et quand un prof de cégep le dit…)