Sur les gouffres amers
Mercredi 9 décembre 2009Ce blogue est un espace de liberté, encore que la pudeur y joue les censeurs. C’est à tout le moins mon caprice. Les publications s’y font à un rythme sporadique, mais surtout, je ne choisis pas les sujets pour qu’ils plaisent : ils ne plaisent certainement à personne d’autre aussi bien qu’à moi-même, mais qu’importe ! Ils répondent à un appel et je ne prendrais pas la peine de les explorer avec précision –un jour j’aspirerai peut-être à l’esthétisme- si je ne les savais soupesés par quelques esprits exigeants qui, je l’espère, se promènent encore parfois par ici.
J’ai besoin de m’ennuyer pour écrire, et dans le tumulte de la vie de famille, du travail à accomplir, de la course quotidienne dans notre escalier qui craque, je prétends ignorer cette voix, ce rythme lancinant que je porte incessamment, ou plutôt, ce rythme qui me porte, comme celui d’une mer tranquille, que fendent les paquebots les plus banals, toujours à l’heure et chargés de produits bêtes dont on saurait se passer. Non, je ne suis pas de ces cargos fantastiques…
Les moteurs sont coupés, mais ce n’est pas tout à fait le silence. Bien que subtil, le rythme est là, menaçant, de plus en plus perceptible. C’est un rythme qu’il me faut reproduire avec les mots, et qui s’exprime avec la même ténacité qu’une mélodie qu’on passe tout le jour à fredonner. Je ne dirai pas que c’est un souffle, car c’est aussi l’inspiration, et je ne voudrais pas non plus laisser entendre qu’il s’agit de quelque chose de violent. Cela ressemble plutôt au mouvement court et opprimé de la cage thoracique qui préside aux larmes. Il faut des mots pour le ralentir, comme une caresse peut dominer la respiration et la détendre.
Demain, avec les copies qui me seront remises, je ferai à nouveau vrombir le moteur, et déjouerai pour quelque temps la pulsation de cette mer noire et insidieuse qui me mène je-ne-sais-où.