Un pont d’une nuit à l’autre

(La précédente version de ce billet a disparu ! Qu’est-ce qui s’est
passé ?)

J’ai employé ma journée à me perdre dans l’abondante correspondance que B* et moi avons échangée depuis plus de dix ans -avouons d’emblée que les dernières années ont été plutôt pauvres… Dans les premiers courriels, j’étais en Espagne, nous étions jeunes et verbeux, puis le ton a changé, quelques cent courriels plus tard, quand nous sommes devenus amoureux. J’aime voir mon style qui se modifie, devient plus rigide, et trahit un trouble. Quelques semaines et mois plus tard, j’aime nous voir transis d’amour, j’aime vivre par procuration mon propre passé comme celui d’une héroïne de roman.

J’ai la nostalgie des lettres –envoyées par courriel–, que j’échangeais jadis avec mes plus proches amis, un commerce qui n’existe plus et auquel le blogue a, en quelque sorte, mis un point final. On y a perdu quelque chose : cette intimité de la lettre, cette affection qui se faufile entre les mots, les déclarations timides d’amitié qui n’existent pas à l’oral, les récits écrits pour une seule personne, celle à qui l’on choisit de raconter des choses parce que c’est le regard de cette personne-là sur ce récit-là qui nous importe, et parce que la lettre implique une réponse qu’il est plaisant d’espérer. Alors qu’ici, je jette des bouteilles à la mer.

2 commentaires à “Un pont d’une nuit à l’autre”

  1. Mélanie a écrit :

    C’est vrai que l’avènement du courriel a fait renaître (en tout cas, moi je n’avais de relations épistolaires avec personne avant hotmail) le plaisir de s’inventer à l’écrit pour une personne à la fois et en particulier. Alors qu’avec toutes nos vitrines internet, on a un peu l’impression d’un souper cacophonique. J’ai soudainement envie d’installer un guéridon et deux chaises confortables dans le salon, près d’une armoire à liqueurs bien garnie.

  2. Madineg a écrit :

    Bizarre les blogues. T’as l’impression que tu y es seul, et soudain, tu reçois des clins d’œil, des réactions, des marques d’affection. Parfois une chorale de marques d’affection. Et tu sais que ta bouteille, finalement, elle ne s’est pas perdue dans la mer.

    N’empêche que les courriels, c’est quand même bien.

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