Quelques débris laissés sur une plage
Je n’ai pas cette faculté de citer de mémoire des phrases avec de l’à-propos ou qui ont du sens dans ma vie. En fait, la plupart du temps, je les souligne dans un livre, au mieux je les note et en perds la trace. Ou alors je m’essaie à quelque paraphrase : «il y a cette phrase de Flaubert… quelque chose comme… mais c’est bien dit»…
J’ai voulu cette semaine retranscrire une citation de Ghandi qui m’aiderait à mettre un peu d’humour dans mon début d’année en zone sinistrée et un peu d’humilité dans ma vie, en général :
« Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.»
Je me suis donc résolue à ouvrir un fichier sur l’ordinateur afin d’y consigner pour de bon les phrases récoltées au fil de mes lectures et qui sont aussi vraies pour leur auteur que pour moi. Or, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il existait déjà un document intitulé «Citations» ! Une seule phrase m’y attendait :
« Ce qui t’empêche d’écrire, c’est là le véritable sujet de ton écriture » Marina Tsvetaeva
D’où vient cette phrase ? Qui est cette auteure ? Je m’étais promis de me remettre au clavier une fois les fêtes passées ; avec cette phrase, le chaos qui me paralysait n’est plus une excuse. Mille mercis à madame Tsvetaeva pour m’avoir fait comprendre qu’il n’y a pas qu’Emmanuel Carrère pour repêcher des mots des raz-de-marée…
Je prends donc une résolution pour 2010 : celle de venir plus souvent ici, pour partager de ces phrases que j’aime et que je trouve belles. Il se trouve qu’on vient de m’offrir un Butor qui est, paraît-il, plein de ces phrases… Et surtout, soyez avertis, il y aura encore du Baudelaire, d’autant que je le fréquenterai beaucoup dans les prochaines semaines. (Je me sentirais coupable si je n’avais croisé, dans le dernier Laferrière, cet ancien ami de l’auteur, assis sur un banc de parc. Laferrière prétend que dans sa jeunesse, il traînait partout avec lui Alcools «dont il ne s’est jamais dégrisé » et c’est encore Apollinaire qu’il tient dans ses mains, des années plus tard, assis dans ce parc. Dans le même esprit, je pense que seule la mort pourra me séparer des Fleurs du mal.)
J’en profite pour partager avec vous mon expérience de l’exposition Waterhouse au Musée des beaux-arts. Aucune reproduction ou captation quelle qu’elle soit ne rend justice à la luminosité des tableaux de Waterhouse, aux couleurs exceptionnellement belles et vives, et si vous n’allez pas voir cette exposition, vous manquez un rendez-vous avec la beauté. Tout de même, j’insère ici quelques liens, question de lancer à la volée une ou deux réflexions sur des tableaux qui m’ont éblouie.
Dans les trois premiers cas, ce qui me fascine, c’est l’adhésion immédiate du spectateur avec un extrait de récit (littéraire ou mythologique); c’est à mon sens un exploit. Sans même avoir eu à fréquenter ce qui précède la scène, nous sommes parachutés dans l’émotion, avec une compréhension exacte des enjeux :
1- Miranda (de La Tempête) :

2- Mariamne leaving the judgement seat of Herold. La ceinture seule de l’héroïne valait les 15 $ d’entrée, mais le commentaire de l’expert n’est pas superflu.
3- Une incursion dans l’Odyssée : Circé offrant la coupe à Ulysse (même s’il est trop barbu, trop musclé, trop sûr de ses moyens : m’énerve).
J’ai aimé les expressions faciales des personnages de Waterhouse. Celle de Marianne, bien sûr, personnage fort émouvant, avec sa fierté ombrageuse, mais celles de Médée et de Cléopâtre aussi.
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L’ami qui m’accompagnait me faisait remarquer la pudeur des femmes dans les tableaux de Waterhouse, laquelle tranche avec leur caractère tentateur (comme ici) ou puissant : cette pudeur se traduit aussi dans leur expression faciale, souvent captée dans un moment de vérité, où les masques sont tombés, laissant voir une mélancolie ou une blessure. Circé se veut séductrice et pourtant, il y a un manque, un trouble réel dans ces yeux, dans cette tête inclinée vers l’arrière, dans cette bouche entrouverte. Est-ce parce que le héros perçoit comme nous la faille dans la magicienne qu’il réussira à la déjouer ?
J’adore la façon dont le peintre rend la solitude de cette femme au milieu des couleurs fortes :

Peut-être n’en est-elle que plus cruelle, cette mort dans la vie…
Comment clore tout cela ? Je sens bien que ce billet ne va nulle part et surtout, qu’il rompt avec mes habitudes. Mon habitude, c’est une chute à la fin. Or, cette fois-ci, si vous permettez, je préfère me relever et quitter.
8 janvier 2010 à 1:33
Tu peux te lever et partir, du moment que tu reviens, comme tu l’as promis.