(2005/04/11)
Fraîchement débarquée au Japon, mon nouveau pays d'adoption pour les deux prochaines années, il me fait extrêmement plaisir d'inaugurer cette nouvelle section de Takefu.
J'ai tout de suite été emballée par l'idée du blogue, d'une part parce que pour une fois je vais essayer de me discipliner à consigner par écrit ces réflexions qu'on se fait en voyageant, tout en partageant la fascination que j'ai toujours eue pour ce pays étrange (c'est le moins qu'on puisse dire, croyez-moi!). D'autre part, comme je fréquente Takefu depuis quelques mois déjà, je me disais que mes collègues takéfacteurs pourraient aussi être pour moi un port d'attache avec le Québec. Mes lecteurs aussi, je l'espère...
J'ai toujours été mauvaise pour les formalités d'inauguration, je vous laisse donc ici en vous disant bienvenue chez-moi, et bonne lecture!
(2005/04/12)
Depuis mon arrivée ici, on m'a déjà informée de plusieurs choses inattendues mais non moins importantes: l'interdiction formelle d'envoyer des animaux morts par la poste japonaise, et la façon adéquate de manipuler le nitrogène liquide.
Les Japonais, en effet, semblent aimer les instructions. De toutes sortes, dans toutes les circonstances. Tant et si bien qu'on se dit souvent qu'on aurait pu épargner quelques pages de tous ces guides destinés aux étrangers...
J'imagine que l'intention première est qu'en donnant immédiatement toutes les situations possibles, on épargne les plaintes subséquentes. Ou est-ce parce qu'ils aiment se préparer au pire? Toujours est-il que dans le guide destiné aux étudiants étrangers et portant sur les mesures de sécurité, non seulement on nous parle des tremblements de terre (normal), des incendies (banal), il y a aussi un chapitre sur comment éviter un accident d'automobile (je vous le donne en mille: rouler lentement et suivre les indications routières!), et un qui traite, avec illustrations à l'appui, de la manipulation du nitrogène liquide. Car on ne sait jamais, tout peut arriver n'est-ce pas?
Et le guide complet de l'utilisation de la poste japonaise m'a fait clairement comprendre que je devrai réviser mon plan de vous envoyer des rats morts par la poste, à moins bien sûr de les expédier de l'étranger.
Dans ces trop nombreuses réunions d'information, on nous a aussi parlé de fond en comble des coûts reliés au rapatriement des corps si jamais on devait mourir en territoire japonais. Avec une insistance que je trouvais assez morbide en fait, mais j'essayais de me convaincre que c'était encore lié à leur souci du détail. Et comme ils sourient toujours, comment leur en vouloir?
(2005/04/14)
"It is necessary to disgrace yourself, if you want to make progress in foreign language".
Disgrace yourself?!? Qui d'autre qu'un prof de japonais aurait pu dire cela à ses étudiants?
Les questions d'ordre linguistique me passionnent depuis longtemps, même si cet intérêt est toujours demeuré celui d'une néophyte. Je me souviens encore de ces histoires fascinantes de mes cours d'anthropologie linguistique, où ma prof, spécialiste de l'aphasie, nous parlait de gens qui, après avoir eu un accident cérébral, ne pouvaient que s'exprimer dans une langue seconde, ayant complètement oublié leur langue maternelle. Et comme j'ai tenté d'apprendre tellement de langues déjà (avec des succès mitigés..) une série de questions me revient régulièrement: une langue étant nécessairement limitée dans l'expression de ses concepts, peut-on croire que l'on se met à penser différemment quand on parle dans une autre langue?
Mon intuition dit que oui, et j'ai même souvent l'impression que Julie qui parle anglais, ou chinois, acquiert soudain une toute autre personnalité...
Une autre raison pour laquelle je souhaitais créer ce laboratoire d'échange spécifiquement dédié aux questions linguistiques est que, comme à Taiwan d'ailleurs, je sens que je ne parlerai plus français avant bien longtemps, et que je voulais observer le déclin (ou non) de ma langue écrite considérant que je ne la parle jamais. Car ça fait une semaine que je suis ici, une semaine que je n'ai pas prononcé un maudit mot de français, et cette tendance ne devrait pas changer radicalement dans les deux prochaines années.
Un de mes profs de japonais (oui oui, celui qui a utilisé les mots 'disgrace yourself') a une formation en linguistique, et nous racontait que peu importe le temps qu'on peut passer à l'étranger, la langue qu'on utilise pour compter sera toujours notre langue maternelle. Il disait aussi que quand on se met à rêver dans une autre langue c'est signe qu'on commence à la maîtriser.
Je vis ici dans un carrefour étrange où la trentaine d'étudiants que nous sommes parlons tous anglais pour communiquer entre nous, mais ce n'est la langue maternelle de personne.
(2005/04/16)
Bonne journée hier : ai acheté un futon pour 5 dollars canadiens, ai mangé mon lunch en face du dôme de la bombe A en observant les touristes japonais et chinois qui se faisaient photographier devant, et me suis saoulée au saké avec mon prof et mes collègues de l’Institut de recherche pour la paix. Enfin, une vraie journée excitante!
Il faut savoir une chose importante à propos des campus des universités japonaises (chose que j’ai moi-même apprise hier seulement) : dans les années 70, à la suite de protestations massives des étudiants à travers le pays, le gouvernement japonais a décidé, afin de maintenir l’ordre, de déménager presque tous les campus hors des grandes villes.
Ce qui explique les belles montagnes qui m’entourent, mais qui explique aussi qu’après une semaine de ce régime, je me sens un peu trop en campagne à mon goût! Du campus de l’université au centre-ville d’Hiroshima, il faut compter 45 minutes de train ou 1 heure de bus. Et c’est donc seulement hier que j’ai eu l’occasion d’aller faire un tour à Hiroshima-centre, entre autres pour assister à la « petite fête » préparée par l’Institut à mon intention.
Enfin une ville! Des grands magasins japonais, avec des mètres carrés de rayons de papeterie tellement cute! Des boutiques portant des noms français ou anglais absurdes, comme « jouir de bijous »! Et des magasins de céramique où je devais me retenir pour ne pas tout acheter…
Je crois que j’avais vraiment besoin de ce ressourcement urbain, qui fait d’autant plus contraste que le centre-ville est situé juste où la bombe atomique a éclaté. Je ne suis pas encore allée au musée parce qu’une visite est prévue pour vendredi prochain, mais déjà le dôme, que vous avez sûrement vu dans No de Robert Lepage, est un endroit particulièrement inspirant. Derrière, la ville est divisée en deux par un canal, et tout cela évoque vraiment Paris et la Seine
, avec tous les jeunes assis sur le bord, certains arborant même le béret -et je ne pense pas que ce soit une coïncidence.
Autour du dôme, des photos de ce que c’était à sa construction en 1917, d’autres montrant l’endroit juste après le 6 août 1945, et finalement les différentes étapes, physiques et politiques, ayant mené à sa conservation. La bombe atomique a éclaté exactement au-dessus du dôme, ce qui explique que le squelette
soit demeuré, alors que le reste du bâtiment, de même que 2 kilomètres carrés à la ronde, aient été complètement soufflés de la carte. Disparus en quelques instants. Un endroit pour se recueillir, certes.
On comprend aussi pourquoi les Japonais étaient divisés quant au fait de le garder ou non. Un témoignage pour l’humanité d’accord, mais aussi un souvenir que plusieurs souhaitent oublier, pour enfin passer à autre chose.
Mais je me fais trop volubile peut-être, je pense que la rencontre avec mes futurs collègues mérite en soi un billet distinct. Et j'essaie d'inclure les photos (de qualité variable), prises par mon cellulaire, dès que j'arrive à comprendre comment ça fonctionne, promis! Et si je trouve un scan j'en ajouterai d'autres qui sont meilleures...
(2005/04/17)
Certaines choses que l’on prend pour acquis peuvent se révéler de véritables surprises à l’étranger. Prenons par exemple l’exercice assez simple qui consiste à aller pisser.
Il existe bien sûr la toilette asiatique, une espèce de trou au-dessus duquel il faut s’accroupir. Il faut s’y habituer, bien entendu, mais somme toute, et considérant que tout le monde s’entend pour dire que c’est mieux pour les organes internes que d’être assis, pas de problème. Et c’est beaucoup plus propre que tellement de ces toilettes des filles montréalaises…
La toilette occidentale version japonaise, cependant, peut être d’une complexité surprenante. Je dois d’abord préciser qu’elle est en vente dans les grands magasins d’appareils électriques et électroniques.
Déroulement des opérations : pipi, s'essuyer, se retourner pour flusher et oups! Pas de flush, et rien qui ne ressemble à un levier ou une manivelle. Par contre, six mystérieux boutons sur le mur, remplis de caractères japonais auxquels je ne comprends rien. Je reconnais le caractère chinois pour musique, ou son. Curieuse, j’appuie dessus. Un bruit de flush, mais pas de flush. Hum, hum.
Bizarre, mais persévérons.
J’appuie ensuite sur un autre, qui est en fait l’activateur/désactivateur du siège de toilette chauffant (vraiment une belle invention, qui serait particulièrement adaptée aux durs hivers canadiens…). Un autre lance un jet d’eau nettoyant : quand on ne s’y attend pas, on fait le saut, au sens littéral du terme s’entend.
Et ce n’était qu’un exemple parmi tant d’autres, les modèles et options étant très variés. J’ai réussi à obtenir quelques explications de japonais, par exemple le bouton qui imite le son de la flush sert bien entendu à cacher les bruits indésirables et, après avoir constaté que les gens gaspillaient vraiment trop d’eau en faisant véritablement flusher, on a pensé à ce faux-bruit. Un geste écologique donc, qu’il faut saluer.
Compter environ cinq minutes pour la première utilisation. Dépendance possible au siège de toilette chauffant.
(2005/04/19)
J'essaie maintenant de mettre les photos, alors ce billet est un test, sous la forme d'une consultation générale:
Quand je parlais de problème de communication: j'essaie d'analyser ce signe, situé sur le bord d'une rue, depuis mon arrivée.

Et j'aurais besoin d'aide...
(En passant, les caractères signifient 'Université d'Hiroshima', ce qui n'aide pas vraiment..)
(2005/04/21)
Voir son directeur de recherche complètement bourré, faisant tomber les bouteilles de saké partout et incapable de tenir debout plus de trois secondes sans pencher d’un côté est une expérience inoubliable. Je la conseille vivement à tous les étudiants.
C'est ce qui m'est arrivé samedi dernier, à l'occasion d'une "petite fête" organisée en mon honneur.
Cette « petite fête », donc, consistait en une typique soirée japonaise, aux dires de mes futurs collègues qui habitent ici depuis des années : après l’après-midi passé à discuter de théories abstraites de relations internationales, nous sommes allés dans un resto japonais avec les salles fermées de tatamis, le saké et la bière coulaient à flot pendant que les différents plats ne cessaient d’arriver sur la table, et ce pendant des heures après que tout le monde se soit amplement bourré la face.
Le centre de recherche sur la paix où je vais travailler à partir d’octobre est en fait un institut bien abstrait : avec cinq étudiants, on ne peut pas dire que ce soit là où se passe beaucoup de choses. D’autant plus que, comme à Taiwan (et peut-être aussi en Chine), les études supérieures ici sont vraiment le temps pour les Japonais de faire la fête. Depuis leur plus tendre enfance qu’on leur demande de performer, et ce jusqu'au BAC. Une fois cela terminé, le diplôme de maîtrise n’est qu’une simple manière d’avoir un meilleur emploi par la suite, peu importe les notes obtenues ou le domaine choisi. Mes futurs collègues m’ont donc prévenue de ne pas avoir trop d’attentes quant au niveau de réflexion dans le monde post-gradué japonais… L’Europe de l’est est sur-représentée dans l’Institut : mis à part un Russe, un Kazak et un Ukrainien, il y a une nippo-canadienne qui est présentement en stage à l’UNESCO, et un japonais qui fait des recherches en Zambie et qui revient le mois prochain.
(2005/04/23)
Je ne me souviens pas avoir jamais été dans un endroit possédant autant de puissance évocatrice.
J’ai finalement visité le Musée d’Hiroshima pour la paix, qui est en fait le Musée de la Bombe A. Un endroit que le monde entier devrait avoir l’occasion de voir -surtout, bien entendu, les promoteurs d’armes atomiques. Après avoir fait le tour, je crois bien que même eux s’entendraient pour dire : plus jamais, et sous aucun prétexte.
Trois grandes parties à ce musée : une historique, sur la naissance des armes atomiques, les événements ayant mené à son utilisation à Hiroshima, les dommages subis par la ville et les étapes de la reconstruction. Parmi les artéfacts, on a droit aux copies des documents militaires fixant les cibles, d’autres montrant les minutes de la communication entre le QG et le pilote ayant lancé « Little Boy » sur la ville, et plein d’autres encore pouvant aider à la compréhension de ce qui s’est passé, par exemple une lettre signée par la presque totalité des scientifiques ayant travaillé sur la bombe aux États-Unis, écrivant au Président pour lui dire de ne pas utiliser celle-ci avant de faire plus de tests sur les effets secondaires. Demeurée lettre morte, comme on dit.
Ensuite, une très grande salle qui donne des frissons. Et c’est ce qu’on voit d’ailleurs, autour de soi : plein de visiteurs, autant de Japonais que d'étrangers, qui reniflent, essuient leurs larmes, ou essaient de contrôler leur chair de poule. Le musée a vraiment été dans la finesse de l’évocation, avec des objets de gens décédés à cause de la bombe, parfois des objets très simples, mais le fait est qu’ils ont tous été gracieusement donnés par des habitants de la ville ayant perdu des proches, et on peut entendre les histoires individuelles de la fin de leurs vies. Par exemple, une boîte à lunch en métal, à moitié fondue, trouvée sous le corps calciné d’un enfant et qui a permis à sa mère de l’identifier. Cela rempli d’explications sur les effets de la bombe sur le corps humain, la chaleur intense qui fait tout fondre sur son passage, en témoignent les restes d’un parvis en pierre, conservant imprimée la trace d’un corps fondu. J’écris ces mots et je trouve ça même effrayant de l’exprimer.
Le pire, c’est que bien sûr valait mieux être mort immédiatement que de survivre avec les effets. Quelques mois après le 6 août 1945, il y a eu des centaines de personnes auxquelles sont apparues des taches mauves partout sur le corps. On s’est rendu compte que c’était des gouttes de sang qui venaient de l’intérieur et se fichaient sous l’épiderme. Quand le processus était commencé, on n’avait plus qu’à compter les jours.
Finalement, la dernière salle est ambiguë à savoir si elle doit redonner espoir ou non. Elle concerne l’implication politique de la ville d’Hiroshima, et le soutien de plein de villes, pays, et gens importants, à l’abolition totale des armes nucléaires. Je dis ambiguë parce qu’elle parle aussi des difficultés récentes liées au retour de la prolifération du nucléaire.
D'autant plus que le nucléaire est utilisé plus souvent qu’on pense, souvent à petites doses, mais encore régulièrement, par exemple lors de la guerre du Golfe, et si je ne m’abuse encore en Irak aujourd’hui.
(2005/04/25)
Les Japonais font preuve de la plus grande originalité dans l'utilisation de l'anglais: peu importe le sens ou la structure, si c'est anglais c'est mieux!
En témoigne cette photo (lointaine, malheureusement) d'un commerce que j'ai vu l'autre jour.

Et à ce même sujet, je dois absolument vous suggérer le savoureux site http://engrish.com/ qui, régulièrement mis à jour, ne cesse de nous en apprendre à propos l'inventivité de ces peuples de l'autre bout du monde!
(2005/04/26)
Tout de suite, je les ai trouvé adorables, si gentils et prévenants. Mais je me disais tout de même: quelle coïncidence que sur deux Indonésiens dans ma classe, ils soient tous les deux gais!
J'ai rapidement compris que je m'étais complètement fourguée. Je crois que c'est quelque chose dans la douceur de leurs gestes, ou dans la proximité physique qu'ils ont, entre hommes.
C'est plus tard, en observant deux vietnamiens jouer au ping-pong que je me disais que l'homme sud-est asiatique n'a rien à voir avec son compère du Nord (j'entend par là les Chinois, Japonais et Coréens). Je ne sais pas trop comment vous faire voir la scène: il fait chaud, les deux portent ces camisoles blanches que les asiatiques portent souvent sous leur chemise, chemises d'ailleurs ouvertes, pantalons de coton roulés et gougounes de plastique. Et oui, dois-je le spécifier, il y a quelque chose de vraiment attirant là-dedans.
J'essayais de voir la différence entre les deux ensembles géographiques, et je crois que, rapidement, on pourrait dire que l'homme sud-est asiatique est plus charnel -en tout cas possède plus de sensualité.
Il y a énormément de beaux Japonais, de même que de Chinois ou de Coréens, mais leur beauté est souvent plus froide, au sens presque plastique du terme. Mon amie Catherine en parlant de son récent voyage au Japon évoquait les Japonais en uniforme tout croche, cigarette au bec, cheveux ébouriffés... C'est effectivement très sexy, mais une peu comme une belle image de magazine.
Et surtout, les hommes d'Asie du Sud-Est chantent...
(2005/04/29)
Le vrai défi quotidien, c'est de prendre sa douche sans se cogner partout.
Tout est fait plus petit par ici. Pas une fois où je ne me cogne pas les genoux sous une table en m'asseyant; quand ce n'est pas ça, c'est la vague impression d'être assise par terre.
Bon, j'exagère un peu. D'autant plus que la chambre que j'occupe présentement fait environ 2 fois celle que j'avais à Paris, et qui me coûtait la peau des fesses... N'empêche que ça donne à réfléchir, savoir qu'une salle de bain, un frigo, un lit, un bureau de travail, deux commodes, un lavabo de cuisine et une table peuvent entrer dans un si petit espace.
Les Japonais ont vraiment développé l'art de vivre dans petit. J'ai déjà vu pas moins de dix magazines différents (des mensuels!) spécialisés sur la question: comment arranger son espace, comment gagner de l'espace, ou parfois même comment en inventer.
Nous, les Nord-Américains, sommes vraiment les privilégiés de ce monde.
(2005/05/03)
Je suis déjà en train de prendre plein de mauvaises habitudes que j’espère ne pas ramener au Canada : abandonner mon sac n’importe où pendant que je vais voir autre chose, ou laisser mon vélo sans le verrouiller, par exemple.
Toutes ces histoires à propos des objets perdus au Japon semblent finalement assez vraies : laissez votre portefeuille sur un comptoir et si ce n’est pas quelqu’un qui va vous courir après pour vous le redonner, vous n'avez qu'à y retourner dans la demi-heure qui suit et, dans la plupart des cas, il y sera toujours.
Dans mes cours de langue, on nous a fait regarder un documentaire sur la police japonaise. Fait déjà assez inusité pour moi, et de surcroît pour l’ensemble de mes compagnons de classe, venant de pays où je ne pense pas qu’on soit fier de montrer aux nouveaux arrivants l’action de la police!
Bref, un documentaire des plus éclairants. Lorsque l’on trouve un objet perdu, la règle informelle au Japon veut qu’on le ramène au poste de police le plus près. Et toute chose est considérée comme objet perdu: ainsi, chaque poste de police est apparemment inondé de paquets de cigarettes et stylos, chacun bien identifié avec sa fiche expliquant le lieu et la date trouvée, la personne qui l’a ramenée, etc. Un travail de paperasse inimaginable. Et on pourrait aussi dire, les excès absurdes de tout système.
C’est comme pour les parapluies. Les entrées de magasins sont pleines de parapluies abandonnés, qui restent là des mois. Ici, ce n’est pas encore la catégorie des objets perdus, ce sont des objets “oubliés”, dont on se dit que la personne concernée va bientôt venir les chercher. Ce qui n’arrive vraiment pas toujours, surtout dans le cas des parapluies.
L’autre jour, nous étions trois à avoir rendez-vous avec des japonais pour souper. Point de rencontre: le bureau de poste. Seul hic, il s’était mis à pleuvoir en début d’après-midi et un des étrangers était parti depuis le matin, donc n’avait pas emporté son parapluie. Pendant ce temps, en plein dimanche soir, le porte-parapluies de l’entrée de la poste est plein à craquer –des mêmes parapluies qui sont là depuis au moins les 4 semaines que j’habite ici, sinon plus.
Vives discussions chez les japonais. On se demande quoi faire. Ils conviennent finalement sur “ok, you can borrow one, but you have to bring it back after (et donc se faire mouiller sur le chemin du retour!) because the owner will surely come back for it”.
D’autres effets pervers étaient aussi présents dans le documentaire sur la police. Car les policiers japonais ne sont jamais inactifs: dès qu’ils ont un moment, ils font le tour de leur quartier, saluer tout le monde, demander quoi de neuf, et rencontrer leurs indics, qui sont généralement les personnes âgées. Ainsi, on avait à l’écran la traduction d’une de ces visites:
Policier- Alors, quoi de neuf?
Dame âgée- Ah, tout va bien, pas grand chose. Les Nakamura du 2è étage ont déménagé, ce sont les Hirata qui les remplacent. Une famille très gentille, ils ont un petit garçon de 7 ans et un chat.
-Oh, je vois. Un chat, c’est un problème.
-Non, non, il ne va pas dehors, et il est très gentil (on voit dans son visage qu’elle semble regretter de l’avoir dit).
-Ça va, merci beaucoup madame, je m’occupe de tout, bonne journée!
Je ne sais pas trop quel type de police je préfère, finalement.
Et si on devait faire un documentaire sur nos policiers québécois pour montrer aux nouveaux arrivants comment ça se passe chez-nous, qu'est-ce qu'on devrait filmer? Comment maîtriser une émeute? Une petite pause chez Tim Hortons?
(2005/05/05)
Vraiment, ces cellulaires japonais ne prennent pas de très bonnes photos, mais n'empêche.
Voici le nom d'une école d'informatique à côté de chez-moi (la photo est celle de l'entrée juste au-dessus de la porte).

Je me demande quand même à quoi ils pensaient.
***
Ma vie ici est remplie de ces joyeux rires spontanés et inattendus...
(2005/05/10)
Un étudiant japonais s’est suicidé ce matin en se jetant en bas de l’édifice de l’une des facultés du campus. Après mes cours, je rencontrais un japonais que j’aide en français. Je lui demande si c’est vrai. Il me répond ah… un étudiant qui se suicide… oui, ça arrive parfois.
Et passe à un autre sujet. L’habitude, j’imagine.
(2005/05/10)
Cours portant sur les couleurs. Le prof attendait visiblement de lancer son punch : "Vous voyez le beau ciel... "aoi" (bleu)? Regardez en-dessous, vous allez voir tous ces arbres, eux aussi sont "aoi"".
En japonais, pendant longtemps, les couleurs bleues et vertes portaient le même nom.
Je me souviendrai toujours de ma première journée à Hiroshima. Je marche avec une japonaise qui me fait visiter. On s’arrête au coin de la rue.
Elle : bon c’est bleu, on peut traverser.
Moi : Bleu?
Elle : Ah ah, c’est vrai! Vous apellez ça la verte!
Aujourd'hui, on note une distinction entre le vert et le bleu, mais cette distinction semble parfois difficile à faire.
Ainsi, j'ai testé mon étudiant de français en lui pointant des objets et lui demandant quelle couleur il voyait, en japonais. Partout où moi je voyais vert (midori), lui faisait des distinctions. Un moment, devant le chandail visiblement vert que porte une fille, longue hésitation. Mmm. vraiment diffficile.... Je dirais... aoi.
(2005/05/15)
On se rapelle généralement de toutes sortes de premières fois, surtout lorsqu'elles consistent en des expériences cosmopolites ou surprenantes. Évidemment, le voyage semble favoriser ce genre de choses. Ainsi, c'est au Ghana que j'ai découvert la bouffe coréenne, et c'est au Japon que je me suis mise à faire de la capoeira. Et c'est ce matin que je me suis couchée à 4 heures, après plus de 12 heures de tournage du premier film commercial dans lequel je vais apparaître.
Ne nous énervons pas le poil des jambes comme on dit, je ne suis qu'une figurante. Mais c'est quand même drôle ce genre de truc, jamais ça n'arriverait à la maison, alors qu'ici c'est si fréquent. On avait besoin d'étrangers, on est donc venus cogner à la porte de ma classe, en nous expliquant l'horaire, le scénario, les stars japonaises qui allaient faire partie du film. Toujours prête à essayer de nouvelles expériences, je suis sautée sur l'occasion, bien entendu!
Et c'est ainsi que j'ai passé toute la journée hier à apprendre à danser la salsa, avec un prof nippo-brésilien, et à reprendre et reprendre des mêmes scènes. Vraiment intéressant, mais crevant. Le plus drôle, c'était de voir les figurants japonais qui s'énervaient quand les vedettes nationales étaient là, alors que pour nous, les quatre étrangers que nous étions, c'était bien sûr l'indifférence totale.
Nous avons aussi rencontré, parmi les acteurs du film, deux étrangers qui font ça à temps plein. Évidemment toute l'équipe était de Tokyo, et c'était vraiment intéressant d'entendre leurs histoires. Le premier, américain blanc mais japonais dans l'âme, a passé toute sa vie ici. Ses parents étaient venus travailler, il a grandi ici, et quand ses parents sont retournés aux États-Unis il les a suivis mais s'est rapidement rendu compte qu'il n'aimait pas ça: son pays, c'était le Japon.
Le second, marocain, est étudiant d'informatique. Il était à Marseille quand un de ses amis qui habitait à Tokyo et faisait déjà pas mal d'argent lui a écrit pour lui suggérer de venir le rejoindre. Il économise de l'argent, mais attend impatiemment le moment où il pourra retourner finir son diplôme d'informatique.
Ce soir, deuxième journée de tournage.
(2005/05/15)
Je crois que la combinaison de métis la plus inusitée est celle des japonais et des brésiliens.
Comment dire? Ce sont deux personnalités culturelles tellement éloignées... Le plus étrange n'est pas ceux qui sont métis de sang, mais plutôt les japonais qui ont grandi au Brésil, ont vécu là toute leur vie, et sont venus au Japon plus tard, pour toutes sortes de raisons. Quand on les regarde rapidement, on voit un visage comme tous les autres ici, mais tout le reste, et surtout leur langage corporel, raconte autre chose.
Je suis arrivée sur le plateau de tournage hier, et tout de suite il y avait quelque chose qui clochait dans mon environnement visuel. Je n'arrivais pas à dire quoi, jusqu'à ce que mes yeux s'arrêtent sur ce japonais: lunettes de soleil, chemise colorée ouverte, l'air d'un stud, mais tout cela avait l'air naturel. Bizarre... Un bon acteur j'imagine. Mais son téléphone cellulaire sonne, et il parle en portugais. Ah ah! Ce superbe accent vaguement traînant que je reconnais.
Finalement ce n'était pas un acteur mais plutôt l'entraîneur de danse qui devait donner un crash course de salsa à tous les figurants. Pas besoin de dire que c'était drôle de le voir, tellement à l'aise dans son corps, ayant vraiment de la difficulté à faire comprendre à la vingtaine de japonais comment bouger les hanches.
Toute la journée aussi, je regardais un des acteurs, quel drôle de visage me disais-je. D'où peut-il bien venir? Il parle japonais parfaitement, avec un accent tokyoïte. J'ai finalement su que sa mère était thaïe, son père mexicain, mais qu'il avait grandi au Japon.
Drôle de monde dans lequel nous visons. Vraiment, j'adore les métis!
(2005/05/15)
Un peu dans la même veine qu'un des mes billets précédents, traitant des drôles d'expériences qu'on fait à l'étranger, j'ai finalement vu G.O.R.A.
Cela faisait quelques mois que je le cherchais au Québec, je l'avais trouvé sur internet mais sans aucun sous-titre, et ici grâce à mon voisin (turc), j'ai finalement vu ce film génial dont la Turquie ne se blase pas.
G.O.R.A., c'est l'Elvis Gratton des Turcs. Le film qui dépeint tous les traits nationaux, les bons comme les agaçants, des Turcs. Mais tout cela dans une histoire absurde où un vendeur de tapis se retrouve chez les extra-terrestres, dans un format visuel impeccable, et avec toutes sortes de clins d'oeils au cinéma américain, et aussi au cinéma turc apparemment-c'est ce que mon voisin m'indiquait, évidemment moi je n'y voyais que du feu.
Bande-annonce disponible à http://www.gorafilm.com/, et j'ai trouvé le fichier en format torrent sur internet avec sous-titres français, sans l'avoir essayé. Je peux l'envoyer individuellement à toute personne qui le désire. Parce que vraiment, je pense que c'est un film à voir. Bizarre que ça n'ait pas été commercialisé en Amérique du Nord encore, pourtant c'est un sens de l'humour qui ressemble énormément au nôtre.
À voir.
(2005/05/19)
Autant il nous est souvent difficile de deviner l’âge des asiatiques, et notre tendance générale est de l’évaluer à la baisse, autant la réciproque semble vraie.
Les signes de l’âge seraient-ils donc indéchiffrables selon les civilisations?
Ainsi, depuis mon arrivée ici, on me pense vraiment plus jeune que je ne le suis. Les « Occidentaux », malgré ma répugnance à faire de telles généralisations, devinent approximativement mon âge, mais dès que je demande à un japonais –et en fait c’en est presque devenu une blague : si on me demande mon âge je réponds systématiquement « quel âge tu penses que j’ai? »-, il ou elle me donne généralement 21, 22 ans. Le plus âgé qu'on m'ait donné, et c'est arrivé une seule fois, c'est 24.
Quand je dis le vrai chiffre, vraiment, c’est la surprise totale pour eux.
Peut-être est-ce un bon pays à visiter quand on se trouve en crise de vieillesse...
(2005/05/20)
C’est avec pas mal de kilomètres de distance que je me sens le besoin de rendre hommage à cette belle ville canadienne qu’est Ottawa. D'une part parce que je n’avais pas le privilège de ce blogue lors de mon séjour là-bas l’automne dernier, et ensuite –surtout, peut-être- pour remettre les pendules à l’heure.
Je m'explique : encore aujourd’hui, je suis convaincue que plusieurs de mes plus proches amis croient que j'ironise quand je dis que j’aime Ottawa. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Y habiter a été fort agréable, et mon séjour là-bas a été des plus instructifs sur plusieurs plans.
C’est aussi un récent billet d’Anne-Marie qui a fait remonter plusieurs souvenirs à la surface. Non mais, quelle anecdote savoureuse!
Ottawa est sans doute le seul endroit où existe le Canada imaginé, c'est-à-dire l'image idéalisée du pays que l'on nomme Canada. Une belle architecture, des espaces verts, un équilibre stable entre francophones, anglophones et immigrants. Le respect, la tolérance. Bon, parfois un ontarien qui va faire un tour à Hull armé d’une machette, mais que voulez-vous, rien n'est parfait. Sinon, seulement des gens sympathiques, qui font du sport. Des clubs de joggeurs matinaux, habillés en uniformes colorés. Le canal Rideau, les touristes japonais qui photographient le parlement. Les arbres illuminés, les tulipes. Vraiment un bel endroit.
Paradoxalement, c’est aussi là que j'ai retrouvé la flamme séparatiste. Entendons-nous: j’aime beaucoup les Canadiens. Nous avons beaucoup de valeurs en commun, mais je ne fais pas partie de ces gens. En fait, je dirais même que plus j’aime les Canadiens, plus, par respect pour eux autant que pour nous, je me dis qu’il est temps d’être pragmatique, de cesser de gaspiller tout cet argent pour des choses inutiles. Qui sait, peut-être même est-ce l'esprit pragmatique et calculateur des anglos qui s'est imprégné en moi et m'incite à dire ce genre de choses...
Le bilinguisme est probablement la chose que je trouve la plus absurde de tout le projet canadien –même si je comprends bien qu’on puisse voir tout cela dans l’autre sens, que dire de plus le débat est ouvert! Combien de fonctionnaires fédéraux se font payer presque la totalité de leur salaire annuel, pendant des mois ou des années, pour apprendre le français, langue qu'ils n'utiliseront jamais?
Car c'est un secret de polichinelle: si tous les gens plus haut placés dans la bureaucratie canadienne doivent absolument être bilingues, tout le monde sait que c'est en anglais que tout se passe. Le bilinguisme est un mythe et, malgré toutes les bonnes intentions de tout le monde, les anglos sont toujours promus avant les francos.
Avant d'aller à Ottawa, je dois dire que j'étais assez soft sur le plan de la séparation du Québec. Pas du tout militante, les militants séparatistes m'énervent généralement, mais toujours prête à voter du bon bord. Les quelques mois passés là-bas m'ont fait aimer la ville, le charme anglophone, mais m'ont aussi rapellé que ultimement, I don't belong here.
(2005/05/24)
Je crois que j'avais oublié à quel point le Québec n'existe pas pour la plus grande majorité de la planète.
Comme nation, je veux dire. Les gens ont entendu le nom, parfois, mais il faut vraiment que j'explique en détail pourquoi ma langue maternelle est le français. C'est-à-dire que, quand je dis que ce n'est pas l'anglais, on s'imagine que c'est au même titre que si j'étais une canadienne-ukrainienne, ou une canadienne-chinoise.
Un Saoudien m'a même dit ce qui sur le coup m'a vaguement choquée: Ah oui! Je me souviens maintenant, la colonie française en Amérique!
Et le dire une fois n'est jamais assez. On me demande toujours comment dire tel ou tel mot en anglais, et quand je dis que je ne sais pas, on s'offusque parce qu'une canadienne devrait savoir tous les mots anglais, apparemment. Rien ne sert de répéter que d'où je viens, on vit en français.
Même pour les gens informés du fait québécois, il y a une certaine surprise quand je dis que j'ai fait toutes les études en français, que la télé et la radio sont en français, et que les gens dans la rue parlent français.
Ça devient agaçant à la fin. Le Ministère des relations internationales du Québec devrait peut-être essayer de sortir un peu de Paris, et de parler du Québec moderne, au lieu de publiciser notre Grand-Nord aux Français, qui sont déjà vendus d'avance.
Je trouve ça d'ailleurs passablement étrange d'avoir à rapeller, parfois même à justifier, l'existence de notre peuple.
(2005/05/25)
Voici sur quoi je me drogue ces temps-ci:

L'idée était sûrement d'écrire "plain", puisque la même compagnie produit le fromage qui s'apelle "Smoke pepper".
Devrais-je leur suggérer "Smoke herb", fromage aux fines herbes?
Et après dîner, j'ai décider d'abandonner le jogging en faveur de la motocyclette, qui a un slogan on ne peut plus inspirant: Jog Poche!

(2005/05/27)
L'un de mes grands plaisirs au Japon est de regarder la télé. Moi qui déteste le faire à la maison, je trouve ici un plaisir incommensurable à me planter des heures devant l'écran, à zapper entre les émissions toutes plus absurdes les unes que les autres.
Aperçu
Ou ceci.
Et je ne parle même pas des annonces.
C'est d'ailleurs les Japonais qui, depuis quelque temps déjà, sont à chaque année au premier rang mondial du nombre d'heures passées devant l'écran cathodique.
Comment dire? Il y a toujours des gens qui courent partout ou qui crient. Aussi un nombre anormalement élevé d'émissions consacrées à la bouffe. Les chanceux câblés du Québec connaissent déjà The Iron Chef j'espère...
(2005/05/31)
Depuis que je suis arrivée ici, je subis une véritable désintox de l'information. Volontaire. De temps en temps, je regarde le site du Globe and Mail, ou les nouvelles de Google, mais je ne m'attarde pas trop aux détails.
Un coup d'état en Uzbékistan? Un milliardaire russe en prison? Pour la première fois depuis je ne me souviens plus quand exactement, cela ne m'empêchera pas de dormir. Je ne sais pas jusqu'à quand cela se poursuivra, sans que le sentiment d'être déconnectée ne revienne...
(2005/06/01)
C'est un cliché, mais c'est pourtant vrai: les Japonais ne peuvent pas dire non. C'est-à-dire que, techniquement, leur langue le permet, mais dans les faits ils ne prononceront jamais le mot fatidique. Exemple, pris au hasard:
-Tu viens au karaoké ce soir?
-Hum, euh.. chotto....
L'interlocuteur doit alors comprendre qu'il s'agit d'un non, et laisser la personne tranquille.
Ce qu'il y a de fascinant cependant, c'est que nos profs ont pris l'initiative de nous faire comprendre que, en tant que résidents du Japon, il était entendu qu'on devait désormais désapprendre à dire non.
C'est fini, le bon vieux temps. Vous pouvez maintenant me demander n'importe quoi.
Quand même drôle, alors que nous on vend des livres par milliers sur le thème de "apprendre à dire non"...
(2005/06/05)
Si j’en ai la chance, l’Indonésie sera sûrement le prochain pays où j’aimerais passer du temps. J’ai eu des colocs indonésiens à Taïwan, et ici j’ai des indonésiens dans ma classe, et j’en rencontre aussi d’autres au centre de recherche, et ces gens sont d’une gentillesse, d’une bonté remarquable. Coïncidence ou non, ils sont tous des musulmans plutôt dévots.
Je connais très peu l’Islam, et c’est toujours ailleurs qu’au Québec que j’ai eu le plus de contacts avec des musulmans. Dans une proportion extrêmement élevée, ces contacts étaient des plus positifs. Je me rappelle en Chine ou au Ghana, on reconnaissait facilement les quartiers musulmans parce que tout était plus propre, plus soigné.
Quant aux gens, il y a ici toute une diversité des types d’Islam. Des iraniens, des sud-est asiatiques, des turcs, des pakistanais…
Ma seule réticence demeure l’Arabie Saoudite. Je ne peux pas en dire grand chose, parce que nous n'en avons qu’un seul « spécimen » ici, mais vraiment il répond à tous les clichés qu’on peut en avoir. Je comprends pourquoi le reste des musulmans ne les aiment pas. Ce gars a une espèce de sentiment de supériorité sur les autres musulmans, du genre « les saoudiens sont les meilleurs musulmans du monde, vous devriez nous imiter ». Il a complètement traumatisé mon ami turc l’autre jour, j’étais témoin de la scène.
-Salam Aleykum
-Salam Aleykum
-Where are you from?
-Turkey
-So, are you a good muslim?
Pas de quel est ton nom, comment ça va, depuis combien de temps es-tu arrivé au Japon. Rien, niet. Et dès qu’il a l’occasion de faire la morale à un autre musulman il le fait.
Le plus drôle (si j’ose dire!), évidemment, est la relation tendue entre le saoudien et les iraniens. On aurait pu croire que, à l’étranger, les tensions s’effacent et que de simples individus se rencontrent. Un peu comme les canadiens et les américains finissent souvent par fraterniser à l’étranger malgré leurs dissensions à la maison..
Mais non. Une fois quelqu’un a demandé, bien innocemment, au saoudien « so are you from Iran »? Fallait voir sa face. L’insulte suprême.
Faudrait que je rencontre des gentils saoudiens pour faire la part des choses.
Mais je reviendrai sur l’Islam. Une religion fort intéressante. Et non, papa, maman, je ne vais pas me convertir, ne craignez rien! Pas encore en tout cas...
(2005/06/09)
Bébés pieuvres à la moutarde de Dijon. Je ne recommencerais pas.
Grosse tranche de pain blanc tartinée de ketchup. Bizarre.
Ou encore la fameuse montagne de riz au ketchup, surmontée d’un œuf cru…
Je ne suis pas certaine de la cuisine fusion japonaise. Si la bouffe traditionnelle est généralement très bonne, disons que tout ce qui est d’inspiration occidentale mériterait parfois que ça ressemble plus à ce que l’Occident produit pour vrai…
La kitkat au fruit de la passion est pas mal du tout cependant

J'ai aussi trouvé la fameuse kitkat au thé vert
,
qui est moins bonne mais tout de même spéciale.
D'ailleurs j'ai vu une fois du jus de kitkat, pas encore osé essayer mais ça ne saurait tarder...
(2005/06/11)
C'est une banalité à dire, les japonais sont des bourreaux de travail. À l'institut de recherche auquel j'appartiens (mais où je ne travaille pas encore à temps plein), on peut toujours voir de la lumière, à toute heure de la nuit. Tout ça parce qu'une bonne proportion d'étudiants japonais dort, que dis-je, vit! au bureau.
Chère Geneviève, j'espère que tu lis ce billet. Tu pensais que notre bureau à la bibliothèque était signe que nous y habitions à temps plein? Détrompe-toi. Il y a des stades ultérieurs à habiter au bureau.
La première fois que j'ai visité "mon" bureau (nous sommes huit à y travailler), deux choses ont retenu mon attention: les brosses à dents, et la combinaison futon-sac de couchage. On peut bien sûr ajouter le frigo qui contient toujours du whisky, les étagères d'effets personnels comme de l'antisudorifique ou des crèmes pour le visage, et, ça et là, des vêtements abandonnés.
Le plus drôle étant l'annonce dans la salle de bain:

Je ne suis pas tout à fait sûre que je vais adopter ce mode de vie...
(2005/06/14)
Ah, le Japon, ce merveilleux pays où l'on trouve des sandwichs au goût de vent dans le pré...

J'attends toujours le commando de rescousse, Nicolas!
(2005/06/15)
Je me demande souvent si notre cerveau a un espace limité pour l'apprentissage des langues, car c'est le sentiment général que j'ai ces temps-ci.
Ah, comme j'aimerais avoir un ami neurolinguiste, ou au moins le temps de lire des articles sur le sujet...
Je me rapelle avoir déjà discuté par exemple du cas des gens bilingues d'Ottawa, qui n'arrivent pas à parler parfaitement aucune des deux langues, tout en les parlant très très bien. Était-ce dans ce blogue? J'ai toujours un peu le sentiment de radoter sur mes thèmes de prédilection, mais enfin. Bref, plus je parle anglais, et de fait plus j'améliore mon anglais, plus j'ai l'impression que l'espace réservé au français dans mon cerveau diminue. Ou encore, que les règles de grammaire, ou la prononciation de l'anglais, prennent la place du français.
Un exemple rapide. Je n'arrive plus du tout à démêler des deux langues, quand est-ce qu'on met une lettre majuscule quand on parle des peuples en tant que nom, ou en tant qu'adjectif. Les Français ou les français? The French ou the french? Et que dire de the french language, ou the French language?
Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, et d'ailleurs je ne parle que de l'écrit, alors que le véritable problème que je constate, c'est que j'utilise de plus en plus la grammaire anglaise pour construire des phrases. C'est extrêmement pernicieux, et plus difficile de s'en rendre compte. Je deviens aussi de plus en plus paresseuse pour trouver l'équivalent français du lexique anglo.
Le fait est que la même situation survient entre le japonais et le chinois (le Japonais et le Chinois???). Première raison technique, évidemment, c'est que le japonais contient plein de caractères chinois, les kanji, que j'ai tendance à lire en chinois, puisque le sens est généralement le même. Mais même pour la grammaire, j'ai de la difficulté à prendre les deux langues à part.
Un de mes profs ici semblait dire que certaines langues possédant des similitudes s'inscrivaient en amalgame dans notre cerveau, et que par exemple il serait impossible de mélanger le français et le mandarin.
Mais comme je déteste ce prof, j'ai pas trop tendance à écouter ce qu'il raconte. N'empêche, si vous êtes au courant de quoi que ce soit...
(2005/06/19)
Les japonais aiment les instructions. Partout, dès que c'est possible, on indique la marche à suivre des choses parfois les plus élémentaires.
C'est ainsi que dans l'ascenceur de mon centre de recherche, il est écrit "Please do not get caught in the door". Merci de me le demander poliment!
On m'a aussi fait parvenir cet article intéressant:
May 12, 2005 How Do Japanese Dump Trash? Let Us Count the Myriad Ways By NORIMITSU ONISHI YOKOHAMA, Japan - When this city recently doubled the number of garbage categories to 10, it handed residents a 27-page booklet on how to sort their trash. Highlights included detailed instructions on 518 items.
Lipstick goes into burnables; lipstick tubes, "after the contents have been used up," into "small metals" or plastics. Take out your tape measure before tossing a kettle: under 12 inches, it goes into small metals, but over that it goes into bulky refuse.
Socks? If only one, it is burnable; a pair goes into used cloth, though only if the socks "are not torn, and the left and right sock match." Throw neckties into used cloth, but only after they have been "washed and dried."
"It was so hard at first," said Sumie Uchiki, 65, whose ward began wrestling with the 10 categories last October as part of an early trial. "We were just not used to it. I even needed to wear my reading glasses to sort out things correctly."
(La suite sur le site du New York Times)
En plus des instructions, il y a une obsession sur le fait d'écrire les calories partout: sur la bouffe à l'épicerie passe encore, mais aussi sur les menus de restaurant, sur les pistes de randonnée pédestre (x kilomètres = x calories)...
Hier soir, encore plus drôle, mais ce n'est pas dans tous les karaokés puisque je n'avais jamais remarqué avant: après chaque chanson, le tableau indique combien on a perdu de calories du seul fait de chanter!
(2005/06/23)
Je crois que je déteste Jean Charest. J'essaie vraiment du fond de mon coeur de trouver quelque chose de positif qu'il ait pu apporter à notre province, mais nada. On dirait que tout ce qu'il touche se met à aller de plus en plus mal. Et c'est à mon tour de goûter à sa médecine, avec la superbe réforme du service des prêts et bourses qu'il nous a concoctée.
Oui, il faut l'avouer, toutes les dernières années je détestais attendre des heures en attente pour rejoindre une vraie personne, employée des prêts et bourses, pour leur poser des questions. Cela n'était pas la faute de Charette, je le reconnais. Mais il s'est passé quelque chose de perceptible et de vraiment bizarre depuis son arrivée au pouvoir. Chronologiquement:
Première étape, on ne povait même plus être en attente. Dès qu'on apellait aux P&B, un message disait: "désolé, toutes nos lignes sont occupées. Aurevoir." et cela raccrochait automatiquement.
Deuxième étape, quand on réussissait à rejoindre quelqu'un, je crois qu'ils étaient tellement écoeurés de se faire engueuler par tous les étudiants insatisfaits de la situation décrite en 1, qu'ils étaient eux aussi d'une humeur masscrante, et pas très aimable.
Je crois maintenant que nous avons atteint le stade 3 de l'affaire. Je ne sais pas ce qui a pu se passer, mais apparemment des nouvelles personnes ont été réengagées, car l'attente est beaucoup moins longue. Mais, et il s'agit ici d'un gros MAIS, ma foi, je ne sais pas où ils ont été repêchés, mais ils ne connaissent rien à ce qu'ils font! Ça fait deux personnes différentes que je rejoins au téléphone, et à chaque fois je me suis dit que j'aurais peut-être préféré ne parler à personne puisqu'ils ne comprennent rien. Je m'explique.
Depuis que je sais que je vais au Japon, donc depuis décembre, que je les ai contactés. Oh oui, pas de problème, vous êtes étudiante à temps plein à l'étranger, pas besoin de rembourser, on maitient votre statut temps plein. Bref, je pars le coeur léger. J'avais même fait une demande de remboursement différé au cas où, qui a été refusée sous prétexte que je suis étudiante à temps plein.
Arrivée au Japon, une belle lettre qui me demande de rembourser mes prêts et bourses, puisque je ne suis pas étudiante à temps plein. Coups de téléphones, lettres, tentatives d'avoir des explications. Cela semble leur mot final: étudier à temps plein à l'étranger équivaut à ne pas étudier du tout. Mais ne vous en faites pas mademoiselle, je transmets votre dossier au service de remboursement différé.
Et ce matin: ta-da! Nous avons le regret de vous informer que vous n'êtes pas admissible au programme de remboursement différé, puisque vous êtes étudiante à temps plein.
Malheureusement, je ne pense pas que ce soit la fin de l'histoire... C'est plutôt le monstre à deux têtes des prêts et bourses, un super endroit où l'information ne circule pas.
(2005/06/23)
C'est seulement après quelques mois d'études que je me permets de dire de grossières généralités sur l'apprentissage du japonais: je trouvais qu'avant ça ne faisait pas vraiment sérieux.
Le plus difficile, certainement, c'est les niveaux de politesse. Ce n'est pas seulement le sujet qui change, mais même le verbe qui prend une autre forme, et tout le reste des phrases qui se transforme. Ainsi, depuis le début qu'on apprend à parler dans un langage "intermédiaire" -parallèlement, j'écoutais tous les étudiants japonais et je ne comprenais pas un mot de ce qu'ils disaient. J'ai maintenant compris pourquoi, car c'est seulement aujourd'hui, donc trois mois après le début des classes (!!!) que nous commençons à apprendre comment parler "normalement".
Une autre considération très générale: de plus en plus je reconnais qu'apprendre une langue c'est nécessairement apprendre et intérioriser une culture. Alors que nous avons une tendance naturelle à aller droit au but, les Japonais aiment tourner autour du pot. Ainsi, à chaque nouvelle phrase apprise, j'ai un prof très sympathique (et bilingue francophone de surcroît) qui nous donne l'équivalent "occidental". C'est-à-dire, une phrase en japonais grammaticalement correcte, mais qu'un Japonais n'aurait pas tendance à dire.
Je ne sais pas si je peux être claire en donnant des exemples, la traduction est nécessairement boîteuse et peut-être que cela semble bizarre dans un contexte non-japonais, mais enfin.
Par exemple, un occidental qui parle japonais dirait: "Tu veux aller prendre un café"?
Alors qu'un Japonais dirait: " Un café, ou autre chose comme ça selon ce que tu veux, j'imagine que ça ne t'intéresserait pas d'aller boire, non?"
Remarquez déjà la tournure négative de la phrase. Pour les propositions, on demande toujours à la négative, par souci de politesse.
Et nous abordons parfois le "style timide", qui est un niveau de politesse se situant entre tout ça. Dans lequel on n'exprime jamais vraiment clairement nos intentions où nos désirs. Je vous en reparle si je réussis à comprendre, mais je sais en tout cas que je vais avoir de la difficulté à l'utiliser....
(2005/06/27)
Il n'y a pas que Bush pour faire des gaffes diplomatiques.
Deux petites blagues rapides sur le premier ministre Mori, qui était là avant Koizumi. Je ne sais pas si ce sont des histoires vraies, mais les Japonais qui me les ont racontées certifient que oui.
(pour comprendre la première, il faut savoir que les Japonais ne font pas la différence entre le L et le R)
Réunion entre chefs d'états. Quelqu'un demande à Mori:
When do you have elections in Japan?
Et lui de répondre:
Oh, we have erections every five years!
Mais ce n'est pas tout! Rencontre avec Bill Clinton. L'anglais de Mori est très mauvais, ses conseillers lui disent qu'il n'a qu'à demander how are you?
en serrant la main de Bill, le temps de la photo, et ensuite l'interprète arrive. Mais à la place, il dit: who are you?
Clinton part à rire, et répond: I am Hillary's husband!
Et Mori, qui avait appris sa leçon par coeur, ajoute en souriant:
Me too!
(2005/06/29)
La chaleur est insupportable, mais le pire, c'est l'humidité ambiante. Le week-end dernier, 36 degrés, et tous les jours, des taux d'humidité entre 80 et 90%. En fait, c'est la saison des pluies mais il ne pleut pas.
Et c'est ainsi que depuis deux semaines, tous les étrangers, moi y compris, souffrent d'insomnie. Incapables de dormir avant trois heures du matin, parfois 4, et chaque jour on doit quand même se rendre à l'école. Le lendemain, ça recommence, mais jamais le temps de rattraper le sommeil perdu.
Ainsi aussi que, alors que d'habitude notre petite ville étudiante semble aller se coucher très tôt, on peut maintenant rencontrer plein de gens partout, dans la rue ou dans notre édifice, à toute heure de la nuit, occupés à des tâches plutôt diurnes.
Et on me dit que août est bien pire...
(2005/07/03)
Trois trucs en vrac, parce que je ne suis pas certaine comment faire la transition entre elles, mais en même temps je trouve qu'elles vont ensemble, d'une certaine manière...
Ai regardé un documentaire de la BBC qui s'apelle Japanorama. À voir (et disponible sur internet..). En 6 épisodes, ces anglais de la BBC essaient de comprendre ce pays étrange.
Un des épisodes était sur la pornographie nipponne. Présentation des trois réalisateurs montants du genre (ça a été tourné en 2002). Et.. surprise! Le réalisateur du film auquel j'ai participé est l'un des trois! J'ai failli m'étouffer, de même que mes amis qui ont participé au film. Comme quoi les japonais sont vraiment pluridisciplinaires!
Dans une autre partie, on parlait d'un artiste dont j'avais déjà vu les oeuvres je pense, mais pas les performances.. Il s'agit de Tatsumi Orimoto, mais son nom d'artiste est Bread Man.

Vraiment, Tokyo produit de drôles de personnages! On peut voir une de ses performances ici.
Finalement, comme je dois déménager en septembre, en regardant pour des apparts je suis tombée sur cette coopérative d'habitation au nom très sympathique... Oui oui, l'immeuble en arrière...

(2005/07/07)
Hé bien finalement elle est arrivée, la saison des pluies. Cinq jours maintenant que le soleil est disparu. À sa place une pluie intense, dense, pesante.
Et moi de me poser toutes ces questions météorologiques. Tout d'abord je ne savais même pas qu'il y avait une saison des pluies au Japon. Mais comment diable les nuages réussissent-ils à contenir autant d'eau?
C'est aussi la saison où les vêtements moississent dans les tiroirs, où les vélos neufs que tout le monde de ma classe se sont achetés il y a deux mois sont en train de se faire bouffer par la rouille, et où les appareils électroniques font défaut. Toujours est-il, donc, que mon Powerbook a pris l'eau, ou l'humidité, et qu'il est en réparation. Petite pause forcée d'une dizaine de jours, car pas facile de trouver un clavier français par ici...
En attendant je demeure au sec, je bois mon café et je regarde par la fenêtre en songeant à mes prochains billets...
(2005/07/14)
La célèbre RoboCup a été amorcée hier, compétition annuelle dans laquelle des robots venus de partout dans le monde s'affrontent, mais malheureusement je ne peux pas prendre de congé pour y assister. Pas grave, on nous en présente des extraits fort intéressants à la télé!

L'an prochain j'y serai, c'est certain!
(2005/07/14)
Annonce à la télé. Une femme, très jolie, peut-être trente ans, avec un tablier. Son mari assis à la table, elle lui sert à manger, s'incline et se retire d'un air soumis.
Bienvenue au Japon.
C'est sans doute l'une de mes plus grandes surprises jusqu'ici. C'est-à-dire que: on m'avait prévenue, mais sûrement que je ne voulais pas y croire, ou que je ne pouvais pas m'imaginer que dans ce pays si moderne les femmes soient encore exclues ainsi. Surtout qu'on ne peut pas le voir au premier abord: toutes les femmes vont à l'université, elles sont partout dans les rues, bref, au premier coup d'oeil c'est l'Occident dans toute sont asexuation (est-ce un mot??! vous voyez ce que je veux dire je pense).
Mais rapidement on est surpris de voir toutes ces annonces à la télé par exemple. Ou dans les émissions aussi, les femmes sont toujours là pour faire tapisserie, être belles et se cacher la bouche quand elles sourient.
Dans mes cours de langue aussi, où à chaque semaine on regarde un vidéo d'une "petite famille nipponne typique". Rencontrez donc la famille Sato: Monsieur Sato, Taro (le fils), Midori (la fille), et "la-femme-de-monsieur Sato" (c'est comme ça qu'on dit en japonais, elle n'a pas d'autre identité dans ce vidéo que la femme de). À chaque semaine une nouvelle aventure: Monsieur Sato va travailler, la-femme-de-monsieur Sato fait le ménage. Une autre fois, c'est monsieur Sato qui entre à la maison, se lance dans le sofa, et crie "Femme, une bière froide!". Et elle arrive en courant à petits pas, la tête baissée.
Une caricature de nos années 50, vraiment.
En fait, c'est seulement plus tard qu'on apprend que toutes ces diplômées, de maîtrise et de doctorat, dans des sujets bien complexes, vont dans beaucoup de cas servir le thé et le café à leurs collègues masculins dans des grandes entreprises.
Bien sûr j'exagère un peu, et la nouvelle génération a des tendances plus égalitaires. Mais quand même, on est loin du Québec.
La bonne nouvelle peut-être, le plus étonnant du phénomène pour moi, c'est que ceux qui réagissent le plus, qui sont le plus choqués de cet état de fait, ne sont pas les femmes, mais bien les hommes étrangers (occidentaux pour la plupart, je dois l'avouer). Ce sont toujours ceux qui s'expriment toujours pour dire: non mais ça a vraiment pas de bon sens de traiter les femmes comme ça! Y aurait-il de l'espoir en Occident?
(2005/07/17)
On vient de mettre sur la marché, en phase test pour l'instant, des machines distributrices pour lesquelles on peut payer avec notre téléphone cellulaire. Je ne sais pas si ça fonctionne avec la technologie Bluetooth, mais si on n'a pas de monnaie sur soi, on pointe notre cellulaire vers la machine et l'achat sera facturé sur notre compte de téléphone!
Malheureusement pas encore expérimenté, mais l'annonce passe constamment à la télé. J'imagine que c'est seulement à Tokyo pour l'instant.
(2005/07/17)
Je me rends compte seulement maintenant que je n'ai pas vraiment parlé du coût de la vie au Japon.
En fait, probablement parce que je m'attendais au pire du pire, ma première impression a été que la vie n'était pas si chère que ça. C'est-à-dire: assez comparable au Canada, pour la majorité des objets pratiques, vêtements, etc.
Deux choses sont remarquablement chères cependant: le coût des transports, de même que certains items culinaires. J'aurais tendance à dire que le "coût du panier d'épicerie" (expression qui me ramène à mes cours d'économique tant détestés..) est un brin plus cher que celui de Montréal, mais le prix de certains fruits et légumes dépasse l'entendement.
L'exemple parfait, c'est le melon d'eau. Taille très moyenne: 40 dollars américains.
Et là c'est la saison des mangues, je salive devant mais je n'ose pas encore payer 6 dollars américains (c'est quoi, 8 canadiens?!?) pour une seule d'entre elles... Vais-je me laisser tenter d'ici la fin de la saison? Vous pouvez aussi m'envoyer vos dons, ou vous bourrer la face à ma santé!
(2005/07/17)
Pas seulement dans les arts martiaux ou dans les monastères zen: le couple maître/disciple existe partout dans cette société hyper hiérarchisée.
Même (surtout?) dans le monde universitaire.
Sur le campus de l'université d'Hiroshima, il existe une bonne cinquantaine de clubs de tout acabits: kendo, baseball, natation, cérémonie de thé, amateurs de manga, etc. Mais si vous voulez faire du sport, faudra être patient!
Prenons l'exemple du baseball. La première année où vous faites partie du club, vous devrez être là à chaque pratique, entraînement, mais vous n'aurez pas encore le droit de jouer. Vous devrez ramasser les serviettes, nettoyer les balles, ranger les battes, apporter des verres d'eau aux joueurs...
La deuxième année, on va probablement vous laisser participer à quelques pratiques.
Et c'est seulement à partir de la troisième année, donc à la fin de votre bac, que vous aurez finalement l'autorisation de jouer. Et des premières années seront là pour ramasser vos battes, vous amener de l'eau...
Cela, nonobstant le talent ou non, tout est question de persévérance. Non mais quelle patience quand même!
Le concept existe aussi, à mon grand malheur, dans la relation de prof à étudiants. Et mes premières frustrations importantes se font donc sentir... Chaque samedi, après notre séminaire de recherche, les étudiants, maîtres et doctorants confondus, doivent nettoyer le bureau de notre prof, sortir les poubelles, déplacer des meubles, faire de menus travaux de secrétariat pour lui. Alors que les deux étudiants japonais de la classe s'acquittent de la tâche sans sourciller, les trois étrangers que nous sommes trouvent ça pas mal moins normal, plutôt humiliant même.
Mais c'est le concept de briser le disciple avant de le former, je pense. Moi qui croyait que j'en avais terminé avec toutes ces conneries!
(2005/07/18)
Décidément, ils se sont vraiment donnés la peine de produire des saveurs originales. Vous devez savoir que chaque saveur n'est vraiment pas disponible partout, c'est pourquoi j'en fait ma quête quotidienne: à chaque fois que j'entre dans un dépanneur, je regarde l'étalage de kit kats. D'habitude rien d'intéressant à signaler, mais aujourd'hui j'ai acheté celle à la saveur de "crème glacée au thé vert et fèves adzuki". Pas mal. Faut juste s'habituer à l'idée de manger du chocolat vert, évidemment.

(2005/07/18)
Une petite colle pour vous, chers lecteurs: combien ça prend de japonais pour imprimer une série d'étiquettes?
Réponse: 6. Un assis devant l'écran d'ordinateur et qui fait la procédure, un boss qui supervise, et les autres plantés debout, qui regardent le tout se dérouler.
Seule différence, aujourd'hui ce n'était pas des japonais mais bien des étrangers. Seul le boss (mon prof) était japonais.
Je croyais que tout ce que j'avais vu de l'univers du travail confus et inefficace sur le plateau de tournage était réservé au monde du cinéma. Maintenant que nous travaillons avec mon prof et d'autres japonais à l'organisation d'une conférence internationale sur le thème de la paix, je me rends bien compte que tout cela fait plutôt partie de la manière de voir le travail: en groupe.
C'est ainsi que même lorsqu'une grande partie des employés ont terminé leur boulot, il leur faut rester sur place jusqu'à ce que tout le monde ait terminé. D'une part par solidarité avec le groupe, d'autre part parce qu'on ne part généralement jamais avant son supérieur immédiat, à moins d'avoir une bonne raison.
Pour rajouter au riddicule de la situation, mon prof, nous voyant tous plantés debout à regarder la seule personne travailler, nous a dit d'apporter des chaises pour nous asseoir tous autour de l'imprimante!!!
Verdict temporaire: le Japon est un endroit formidable à habiter, mais jamais je ne pourrais y travailler!
(2005/07/19)
Je veux bien entendu parler du Canada, pas du Japon!
Les images du Canada pour le reste du monde: le froid (en première place), et les chutes de Niagara.
Ce que je trouve plus intéressant cependant, c'est l'image changeante qu'a le Canada pour les Américains. Alors qu'avant l'existence de ce voisin du Nord ne valait même pas la peine qu'on en parle, plusieurs événements d'actualité ont forcé les Américains à se demander qui se cache dans ce pays de socialistes. Et les images projetées dans la culture pop, sans êtres tout à fait surprenantes, sont assez rigolotes.
Je ne sais pas si vous avez eu la chance de voir un épisode où les Simpsons vont au Canada pour acheter des médicaments et les rapporter illégalement aux États-Unis. Flanders, en traversant la frontière, rencontre son sosie canadien et est super heureux jusqu'à ce qu'il constate que ce Flanders canadien fume du pot. Il est visiblement choqué, et évoque le diable.
Dans un dernier épisode de Six Feet Under maintenant, encore un fait divers (ceci n'est pas un punch, vous pouvez continuer à lire!): on fait venir une nanny canadienne. Conversation:
-elle est de Saskatchewan -where the hell is that? (éclats de rires généraux) -probably near Calgary?
Il s'avère que cette fille "parfaite" fait entrer un sans-abris dans la maison, puisqu'elle est si gentille, et qu'on la renvoie en disant "on n'est pas au Canada ici!".
Je ne sais pas encore quoi penser de tout cela, mais le mariage gai devrait encore faire naître une série de blagues/sacres de la part de pas mal d'Américains! Et que dire de la légalisation du pot?
(2005/07/20)
Expérience bizarre vécue aujourd'hui, et qui me ramène dans le passé de quelques années, lorsque j'étais au Ghana.
Comme certains le savent déjà (mais je le répète pour les autres), il m'est arrivé à deux ou trois reprises lorsque j'étais au Ghana de me faire demander si j'étais Chinoise. Idem pour l'autre stagiaire qui travaillait avec moi, une Ukrainienne de Toronto, qui fait on ne peut plus Europe de l'Est. Une fois même, on était ensemble, et une dame nous demande "vous êtes Chinoises"? Nous de dire non, bien entendu. "Coréennes, alors?".
Sur le coup ça nous avait fait bien rigoler, on se disait que probablement beaucoup de gens n'avaient jamais eu de contacts avec des "blancs", et donc ne faisaient pas de distinction entre tous ceux qui étaient plus pâles.
Retour en arrière aujourd'hui, en classe. Quelqu'un demande à la prof comment on dit en japonais les "blancs", les "noirs", etc. Elle donne l'exemple des gens de la classe: les deux Africains sont "noirs", le Vietnamien, la sino-péruvienne et la prof elle-même sont considérés en japonais comme "jaunes", et moi comme "blanche".
Mon collègue du Nigéria, qui quand même a voyagé régulièrement aux États-Unis et ailleurs hors de son pays, dit: "Oh, je m'excuse mais Julie n'est pas vraiment blanche".
Surprise générale de la part de tout le monde, moi la première. Évidemment je demande "je suis quoi alors?"
"Hum.. plutôt jaune. Je veux dire, rien de personnel mais j'ai des amis blancs tu sais et tu ne leur ressemble pas vraiment. Tu ressembles plutôt aux gens du nord de la Chine, ou de Mongolie".
Si quelqu'un veut bien m'expliquer? Papa, maman, m'auriez-vous caché quelque chose?
(2005/07/25)
Yu Ki, le dernier descendant de la dynastie coréenne Choson, est mort hier à Tokyo. Seul, dans une chambre d'hôtel. Un employé a trouvé son corps sans vie deux jours plus tard, à cause de l'odeur.
Il était né au Japon, son père était de la famille royale coréenne et sa mère de la famille royale japonaise. Tout cela faisait partie du grand plan nippon d'annexer la Corée, non seulement physiquement mais aussi par ses symboles. Éduqué au Japon, il parlait mieux le japonais que le coréen, et avait marié une américaine. Le reste de la famille royale avait par la suite forcé son divorce quand ils avaient appris que cette femme ne pouvait pas "produire de descendants".
En habitant ici, je me sens si proche de toute l'histoire et la politique du triangle Chine-Corée-Japon. C'est comme si ce que j'avais appris dans des salles de classe au Québec prenait soudainement vie.
(2005/07/25)
Je suis un peu tannée de tous ces vieux japonais pervers. Il y a certes quelque chose de malsain dans cette société où tout le monde doit tellement se retenir d'exprimer quoi que ce soit: ses envies, ses insatisfactions, ses opinions. Cela amène bien entendu toutes sortes de déviances, plus extrêmes que ce que l'on peut connaître chez-nous, mais qui sont étrangement acceptées.
Encore samedi dernier dans le train, un homme d'afffaire qui venait visiblement de terminer le travail feuilletait tranquillement son journal, de la pornographie pas du tout soft, avec des photos on ne peut plus choquantes, mais tranquillement, comme s'il était en train de lire La Presse. Autour de lui, aucune réaction.
La première fois que j'avais vu ça je pensais que c'était l'exception, là je commence à me rendre compte que c'est plutôt fréquent. Et je comprends mieux qu'il existe à Tokyo des distributrices de sous-vêtements portés par des jeunes filles pré-pubères: il y a tout un marché pour ça! En fait ma surprise n'est pas que ça existe, puisque chez-nous aussi évidemment (pas les machines, la pédophilie..), mais plutôt que ce soit socialement toléré comme comportement.
Et que dire des regards de ces hommes sur les jupes des filles de 9-10 ans en uniforme...
(2005/07/25)
Je viens de terminer quatre jours de travail horribles, passés à aider mon prof dans l'organisation d'une conférence internationale sur la paix qui avait lieu à Hiroshima. Compte-rendu d'une expérience traumatisante.
Je l'ai déjà dit, mais je me sens le besoin de répéter: travailler pour des Japonais est une expérience non seulement éprouvante mais surtout surprenante, parce qu'elle remet en question toutes ces fausses idées qu'on a sur l'efficacité dans ce pays. Je ne pense pas qu'on puisse imaginer à quel point travailler ici ressemble surtout à l'image que les économistes de droite voulaient projeter du communisme il n'y a encore pas si longtemps: des millions de gens payés à rien faire, la rentabilité est tout sauf une priorité, et les relations personnelles prennent le dessus sur le reste.
Comme l'a si bien dit une amie canado-japonaise, le Japon c'est tout sauf une méritocratie.
Le Japon est le pays où il ne faut pas écrire dans son cv "j'ai un grand esprit d'initiative", car cela signifie automatiquement qu'un employeur ne voudra jamais de vous. Je me suis donc fait reprocher, gentiment mais quand même, d'avoir trop d'idées. Assis-toi Julie, attends que le temps passe, et surtout arrête de vouloir faire quelque chose! Et parallèlement, sois reconnaissante d'être payée à rien faire, et prouve ta reconnaissance en te levant et en t'inclinant chaque fois que quelqu'un d'important passe.
***
Le plus intéressant de tout cela était la confrontation avec les "étrangers", car soudainement j'étais du côté des Japonais: en travaillant pour eux ils s'attendent de moi à ce que j'agisse comme ce qu'ils considèrent comme approprié, et les étrangers en me voyant s'attendent à ce que j'agisse plus ou moins comme une "occidentale". Tellement de choses se sont passées, je ne donnerai qu'un exemple.
C'était le jour de l'arrivée des participants. J'étais avec trois japonais dans le hall de l'hôtel, on devait donner les badges des parrticipants à la conférence, ainsi qu'un sac contenant le genre de gugusses qu'on donne à ces conférences: papiers, carte de la ville, etc. Seul hic, le programme n'était pas encore prêt. (Je dois spécifier ici à leur défense que ce n'était pas la faute des Japonais). Tout le monde partait dans sa chambre, et en général revenait 5 minutes plus tard en demandant "vous auriez pas le programme par hasard, je veux savoir à quelle heure je fais ma présentation demain?".
Réponse des japonais: Non, nous n'en avons pas. (déjà un peu sec comme réaction).
-Euh.. alors, savez-vous à quel moment ils vont être prêts?
-Non, nous n'en avons aucune idée. (Bip! Mauvaise réponse!)
Quelques heures plus tard, une dame italienne qui s'occupait de tout cela arrive avec les programmes en s'excusant longuement pour le retard, et en demandant de les donner aux participants qui arriveraient à l'avenir.
-Non, cela nous est impossible.
-(Elle s'est presque étouffée en entendant ces mots mais est demeurée calme). Qu'est-ce que vous voulez dire par "impossible"?
-Nous avons reçu des tâches précises et ça ne fait pas partie des tâches.
-Euh, oui, je m'excuse, mais pas besoin de les mettre dans les sacs, vous pouvez seulement les laisser sur la table et les gens vont les prendre eux-mêmes?
-Non, nous sommes vraiment désolés.
Là elle commence à s'énerver un peu plus et me lance un regard désespéré du genre "est-ce que je suis vraiment en train d'entendre ça?".
-Vous comprenez, ceci est une conférence INTERNATIONALE, et de toute manière peu importe, les gens VEULENT AVOIR LE PROGRAMME! Vous n'avez pas besoin de rien faire, juste les laisser sur la table!
Évidemment plus elle s'énerve plus le visage des japonais se referme. Elle constate le tout et se reprend, en se rapellant sûrement les procédures à suivre au Japon...
-Bon, alors pourriez-vous m'indiquer le nom de la personne qui pourrait prendre une telle décision?
S'ensuite une discussion entre les trois Japonais, quelques appels téléphoniques.
Après dix-quinze minutes, nous sommes finalement autorisés à placer les programmes sur la table, à l'attention des participants.
Et tout au long, je ressentais vraiment la honte, pas celle des Japonais mais celle que ressent un subordonné qui voit quelque chose d'absurde ou de stupide se passer, mais qui n'a aucun droit de parole.
(2005/07/26)
Drôle d'argument de vente quand même: du fromage sécuritaire et propre...

Et en plus, il a bon goût!
(2005/07/29)
Ok, je l'avoue, je disais il n'y a pas si longtemps que pour la première fois de ma vie j'aimais regarder la télé, hé bien j'ai changé d'avis.
Les ondes sont réservées à trois choses: le baseball, les émissions de bouffe, et les matchs de sumo. De temps en temps, (et je sais que certains d'entre vous seront jaloux) on a droit à des après-midi complets de Go. Pour moi, cela demeure comme si je regardais le bowling.
Mais j'oublie une chose très importante! Aussi les soirées sont réservées aux téléromans coréens.
Bref, de moins en moins palpitant.
(2005/07/29)
Choses que je ne faisais pas avant mais que je remarque faire désormais, après seulement quatre mois passés ici:
-m'incliner tout le temps: quand quelqu'un part, quand quelqu'un arrive, en disant merci, etc..;
-répondre "hai" (qui veut dire oui), même quand je parle en anglais ou en français;
-avoir perdu tout sens critique sur ce qu'il est "normal" de porter comme vêtements;
-me promener toujours avec plein d'argent sur moi (comme c'était le cas à Taïwan d'ailleurs), car contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces sociétés sont très portées sur l'argent comptant, les cartes ne sont pas si répandues, et les guichets ne sont pas ouverts 24 heures..
J'avais fait ma liste mentalement mais j'ai oublié plein de choses! Je vous reviendrai avec le reste.
Une chose que je ne fais pas, et que je ne pense jamais faire (ou du moins je l'espère!), c'est le bruit vraiment horrrible que font les Japonais, hommes et femmes confondus, en mangeant des nouilles. Moi qui pensais que les Chinois étaient bruyants!
(2005/07/30)
Comme si la controverse n'avait pas été assez forte ces derniers mois, le gouverneur de la région de Tokyo vient d'adopter de nouveaux livres d'histoire on ne peut plus nationalistes pour les étudiants du début du secondaire. J'ai lu des parties du contenu, et franchement, c'est effrayant.
Vous m'excuserez de copier autant de texte anglais mais je ne me vois pas traduire l'ensemble... Juste pour vous donner une idée, voici l'introduction du livre:
''The history you are about to study is the history of Japan. In other words, you will be familiarizing yourselves with the stories of your ancestors--your blood relatives. Your closest ancestors are your parents, who were preceded by your four grandparents. As you go back further in time, the number of ancestors increases with each generation. Then you realize that the humans who populated the Japanese Archipelago are ancestors you share with the other students in your classroom. In every era, Japanese history was made by ancestors common to all of us.
Traditions of the Japanese Civilization
Every nation in the world has a unique history; Japan is no exception. From time immemorial, our land has been the wellspring of civilization and unique traditions. In ancient times, the Japanese studied and appreciated the civilization that arose in China, but they never lost sight of their own traditions. Over the centuries, they built an independent nation. To see our ancestors' accomplishments, you need only visit important cultural and historical sites.
In the modern era, the U.S. and Western European nations threatened to engulf East Asia. But Japan sought harmony with Western civilization--a harmony that could be achieved while retaining Japanese traditions. As Japan transformed itself into a modern nation, it made every effort to maintain independence. But those were difficult times, and tension and friction arose between Japan and other nations. We must be grateful to our ancestors for their unceasing efforts, which made Japan a wealthy and safe nation (the safest in the world, in fact).''
Et une petite conclusion avec ça?
''Putting Your Study of History into Perspective
Learning from Foreign Cultures without Losing Our Identity
Two Reasons for Our Loss of Direction
However, the situation changed during the past 50 years or so, for the following reasons. The Japanese were intent on achieving equal status with, or even overtaking, foreign civilizations. Our mission was perfectly clear, and there was never a moment of hesitation. Now we have accomplished that goal we set in the modern era, and we stand abreast of the U.S. and the nations of Europe. Now that we have no ideal we are on the verge of losing our direction.
But there is another reason that is just as important. For a long time, Japan was one of the few nations whose soil had not been trampled by foreign troops. Then came defeat in the Greater East Asian War (the Pacific War), and everything changed. Indiscriminate aerial bombing of Japanese cities claimed 500,000 lives, and then the atomic bombs were dropped. The ensuing Allied occupation made drastic alterations to Japan's institutions. During the postwar period, the Japanese accomplished an economic recovery that required strenuous effort. Although Japan is now one of the world's economic superpowers, we still seem to lack confidence. The wounds of defeat have yet to heal.
The Significance of Studying Our History and Traditions
We must continue to learn, with humility, from other nations. But we must not forget that by blithely placing foreign nations on a pedestal, we risk turning into a spineless nation with no spirit of independence.
A strong sense of self-awareness is more important than anything else. Without that, we cannot possibly study foreign history or cultures. The road to self-awareness begins with a thorough knowledge of our country's history and culture. That is our parting message to the readers of the New History Textbook''.
Franchement, les mots me manquent. Heureusement il y a des groupes de citoyens actifs contre ça, qui essaient de se faire entendre. Mais un discours tellement nationaliste, et en plus diffusé dans les salles de classe?
De quoi donner raison aux Chinois: il faut ce méfier de ces Japonais...
(2005/08/01)
Ah la la...
Je viens tout juste d'apprendre que John Garang, le leader des rebelles du sud-Soudan qui venait de signer un accord de paix après vingt ans de guerre civile, était mort dans un "accident" d'avion...
C'est déprimant, je sens le Rwanda qui revient... déjà sur internet on peut lire que les gens du sud sont sortis avec des machettes et des couteaux pour se venger... Je me rapelle il n'y a pas si longtemps quand l'accord de paix a été signé je me disais voilà, il y a de l'espoir à la résolution de conflits, même quand ça prend du temps!
Je pense avec la plus grande ironie au cirque médiatique qui a entouré Live 8. Vont-ils se mobiliser pour faire des pressions sur le Conseil de Sécurité pour envoyer une mission préventive, afin d'éviter le pire? J'ai de gros doutes.
Mais quand est-ce que ça va aller mieux dans le monde? Devrais-je changer de domaine d'études???
(2005/08/03)
Ça m'a pris plus d'une semaine à le digérer, je cherchais comment en parler, et surtout je testais mes propres opinions sur le sujet. Les difficultés rencontrées m'ont dans un sens indiqué qu'il s'agissait d'une question pour moi toujours taboue: la langue parlée au Québec, considérée dans l'ensemble de la Francophonie.
On y réfléchit si peu au fond. Je me rapelle avoir abordé le sujet dans divers cours de linguistique, et il y a toujours la confrontation avec les Français qui habitent au Québec, ou quand moi-même j'ai habité en France. À l'époque, j'étais assez militante, et ça me dérangeait profondément que les Québécois se mettent à parler avec un accent français. Je les comprenais aussi, dans un sens, car rien de plus agaçant que de se faire dire toujours "oh quel drôle d'accent"...
Mais les commentaires qu'on entend à l'étranger, de gens dont le français est une langue seconde (ou tierce), sont parfois beaucoup plus directs. J'ai donc entendu parler, à quelques jours de décalage, de "l'accent affreux" du Québec par un Égyptien francophone (suivi bien entendu par "oh, je veux dire, excusez-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire"), et, en faisant écouter Pierre Lapointe à un Japonais francophone: "ah super! lui il chante dans un français normal!".
À chaque fois, je pense aux autres langues qui sont parlées dans différents pays. L'anglais ne semble pas être un problème: il y a des "accents", c'est tout. L'espagnol, le portugais, même chose. Mais dès qu'on arrive au français, c'est comme si la France a un tel pouvoir d'influence, c'est le pays qui est considéré comme le "pôle", sans aucun autre pays pour la concurrencer, qu'elle a réussi à faire admettre non seulement à tous les francophones, mais aussi au reste du monde, que c'est la "source" de la langue française.
Le reste du monde francophone est ainsi condamné à la subordination (linguistique bien entendu). Et parfois j'ai l'impression qu'il vaut mieux pour les Français entendre un Africain francophone parler qu'un Québécois. Est-ce la couleur de la peau, l'idée que nous sommes les "cousins d'Amérique" (est-ce qu'ils parlent des "cousins togolais" aussi? je me le demande soudainement), mais notre accent dérange franchement.
Et pourtant, pourtant... Combien d'études ces dernières années, démontrant que les étudiants québécois maîtrisent significativement mieux le français que leurs "cousins européens"?
La question, c'est le stygmate négatif attaché à notre accent. Je ne sais pas s'il y a moyen de s'en débarasser, sinon en devenant nous-mêmes un pôle d'influence?
(2005/08/04)
Loin de moi l'idée de faire dans la propagande haineuse, mais les circonstances actuelles (la commémoration des 60 ans de la bombe atomique lancée sur Hiroshima est dans deux jours) me donnent envie de vous raconter une petite histoire.
Après avoir lancé la bombe atomique sur Hiroshima, les Américains, en bons scientifiques, voulaient savoir plus précisément quels avaient été les effets de la bombe sur les humains, et sur l'environnement. Pour beaucoup de Japonais d'ailleurs (mais je ne sais pas s'il s'agit d'une théorie de la conspiration ou si les archives le démontrent), la bombe lancée sur Nagasaki visait surtout à remplir cet objectif, puisque Nagasaki n'était pas une cible militaire importante.
Enfin, voilà. Dans les semaines, les mois qui ont suivi la bombe atomique, plusieurs Japonais eux aussi voulaient avoir un témoignage de l'horreur. Ils ont donc pris des photos et filmé les victimes. L'une des premières préoccupations des Américains lorsqu'ils sont ensuite débarqués, après la capitulation du Japon, a été de confisquer toutes ces données, et de les envoyer dans les archives militaires top secret à Washington.
Des décennies plus tard, les Japonais ont enfin pu réccupérer une partie du matériel confisqué par les Américains, et en ont fait un documentaire. J'ai eu l'occasion de le voir (et d'ailleurs d'en obtenir une copie). C'est vraiment horrifiant: on m'aurait dit que c'était un film de science-fiction que je l'aurais cru. Mais le plus intéressant est l'histoire qui entoute ce documentaire, et la raison pour laquelle les seuls mots qui me sont venus à l'esprit sont "American bastards".
Premièrement, une partie du documentaire montre les tests que les Américains ont fait sur leur propre territoire, en cachant aux civils et même aux militaires les effets sur la santé, alors qu'ils avaient très bien vu les effets à Hiroshima et Nagasaki. Les gens affectés ont poursuivi le gouvernement américain, mais sont en général tous décédés avant que les procès ne soient terminés.
Mais le pire, ce qui rajoute à l'ignominie, c'est que les Japonais, pour obtenir ces bouts de film, ont dû payer l'armée américaine! Je ne sais pas le montant exact, mais l'argent est venu d'une collecte nationale des citoyens. Comme quoi le côté pragmatique des sociétés capitalistes ne fait pas dans le cas par cas.
(2005/08/06)
Discussion surprenante aujourd'hui, et dans un sens très éclairante. Une Japonaise qui travaille dans le lab à côté du mien me fixait et s'exclame soudain: "you are so feminine, I would like to be like you!".
J'ai eu bien du mal à retenir mon éclat de rire, mais en même temps je savais bien que le sens de l'humour nippon ne comprend généralement pas l'ironie. Je lui dis donc "tu sais, même sans parler de moi directement, les Occidentales en général sont pas mal moins féminines que les Japonaises!".
Et elle de répondre "mais non, tu fais erreur. Vous, vous êtes des femmes. Nous, on est des femmes-enfants".
Son commentaire était très juste en fait, je n'avais jamais vu la situation sous cet angle. Les Japonaises portent presque toutes des talons hauts par exemple, chose qui me faisait sentir qu'elles étaient plus "féminines". Mais dans les relations sociales, que ce soit avec les femmes ou avec les hommes, elles ne semblent pas posséder cette conscience de leur corps, cette assurance "adulte" (je ne sais pas comment la décrire autrement) d'être une femme. Peu importe l'âge, car je vois souvent des femmes plus âgées agir de la même manière, elles sont comme de jolies poupées, je dis jolie mais il y a un mot exact en japonais pour décrire cet état, c'est Kawai, ou "cute".
Après cette conversation plein de choses me sont revenues à l'esprit. La femme-enfant, en plus de tous les thèmes pornographiques que cela inspire ici, est aussi inscrit à même la langue nipponne, mais je vous reviens là-dessus ultérieurement, c'est un peu long à expliquer.
L'un des exemples les plus affreux, selon moi, de cette tendance, est que la fille/femme japonaise marche les pieds pointés l'un vers l'autre. Cela est considéré comme "cute". Pour quiconque ne vient pas du Japon, même les Chinois, hommes ou femmes confondus (ce qui me rassure...!), cela n'est pas "cute" du tout, on dirait la démarche d'une personne légèrement handicapée physiquement. Parfois c'est subtil, mais parfois c'est tellement prononcé que c'en est effrayant.
Encore la semaine dernière, je rencontre une prof d'une autre université qui travaille sur les conflits. Sûrement 45 ans, l'air très sérieuse, en tailleur, mais vraiment un beau visage. Le genre de femme qu'on regarde en se disant j'espère qu'à son âge j'aurai réussi à me conserver aussi bien. Juste comme on se quitte, je remarque qu'elle marche aussi avec les jambes complètement arquées vers l'intérieur! Consternation, car effectivement c'est une démarche qui fait très enfantine.
Et c'est en fait ce qui est supposé être "cute": avoir l'air timide d'un enfant de 6 ans. Alors peut-être qu'effectivement je suis "une vraie femme", après tout!
(2005/08/07)
J'ai reçu un email d'un ami cet après-midi, qui me disait est-ce possible que t'aies oublié de mettre le cadenas sur ton vélo? Effectivement, non seulement j'avais oublié, mais le cadenas était bien en vue dans mon panier. Mais le plus important, c'est que ça faisait bien une semaine que mon vélo était là, le cadenas orange dans le panier, car lundi dernier j'avais une course urgente à faire et j'avais complètement oublié de le barrer, ensuite je n'avais plus eu besoin de l'utiliser. Évidemment il se tenait là, intact, personne n'y avait touché, même si des centaines de personnes ont dû prendre conscience qu'il y avait là un beau vélo neuf à prendre.
On sait toutes ces choses avant de venir, mais à chaque fois c'est surprenant. Et que dire du fait de laisser toutes ses commissions pendant des heures dans le panier de son vélo pendant qu'on continue à faire les courses ailleurs... Je trouve ça quand même assez fantastique, mais tout aussi incompréhensible!
(2005/08/09)
Depuis plusieurs billets déjà je tente d'expliquer le côté vague des Japonais et de leur langue, mais à chaque fois je trouve que je manque de mots, ou à tout le moins de subtilité peut-être?
Heureusement pour moi, hier dans le train j'aperçois ces deux pancartes d'intérêt public, à propos de la cigarette.

Et je me suis soudain dit voilà exactement ce que je veux dire. C'est un peu ça que je vis à tous les jours, quand je parle à des Japonais. On comprend vaguement ce qu'ils veulent dire, mais c'est entouré d'un nuage d'éléments facultatifs qui font perdre de vue le message principal.
Dois-je aussi ajouter, et cela me mystifie toujours, qu'encore aujourd'hui, moi et mes camarades de classe n'arrivons pas toujours à faire la différence entre un verbe, un adjectif ou un nom à l'intérieur d'une phrase? On peut comprendre par exemple l'ensemble de la phrase, mais quand on demande au prof "alors ça c'est le verbe?", on reçoit parfois des réponses telles que "non, dans ce cas-ci ce n'est pas vraiment un verbe, c'est un adjectif. Le verbe est deviné par l'interlocuteur, donc on l'omet".
Et après ça on nous dit que la grammaire française est compliquée!
(2005/08/10)
Je pars pour Taïwan demain, prendre des petites vacances et revoir ces endroits et ces amis que je n'ai pas revus depuis 5 ans maintenant... Je m'absente donc de mon blogue temporairement, mais je vous reviens bientôt!
(2005/08/25)
Deux semaines à Taïwan, deux semaines à bouffer. C'est ça quand on est invité par des Chinois (ou même par des amis Européens qui habitent depuis si longtemps à Taïwan qu'ils sont devenus comme les Taïwanais!): on se fait amener aux meilleures tables, mais on ne sort jamais de cette table avant d'avoir mangé au moins trois fois l'équivalent d'un repas normal. Je sais, on pourrait croire que c'est un peu l'équivalent de notre temps des fêtes, mais la différence, c'est qu'ici à chaque fois qu'on pense avoir fini, on voit des paniers de bambous remplis de dumplings délicieux apparaître sur la table, et notre hôte de sourire en disant: "ah mais il faut absolument que tu goûtes à ça aussi!".
Les amateurs de cinéma asiatique auront d'ailleurs remarqué qu'on ne peut pas faire de films chinois sans au moins une bonne et longue scène où la bouffe est soit l'acteur principal, ou tout au moins un deuxième rôle remarquable.
Bref, je me suis bien bourrée la face à votre santé et suis prête à reprendre mon ascèse de poisson cru.
(2005/08/27)
En débarquant à Taipei, qui n'est ma foi pas la ville la moins chère du monde, j'ai été emplie d'une vague qui m'a subitement rapprochée des Japonais: une envie incontrôlable de consommer. Le cerveau qui travaille à cent milles à l'heure, calculant les taux de change et le prix relatif des choses, et qui s'exclame sans arrêt :"non mais c'est vraiment pas cher! Il faut absolument que j'achète ça!".
Finalement, je comprends un peu mieux les Japonais.
(2005/08/27)
Une des nouvelles qui m'a le plus intéressée lors de mon séjour à Taïwan: le ville de quelques millions d'habitants s'apprête à être totalement branchée sans fil.
En fin de compte, le Japon n'est toujours pas le Mecque technologique à laquelle je m'attendais. Tokyo mis à part, pour certains aspects, bien entendu.
(2005/08/29)
Je trouve ça fascinant à quel point le corps semble s’adapter à toutes les conditions possibles. Juste avant de partir, je trouvais qu’il faisait très chaud ici. Deux semaines à Taïwan, entre autres dans la fournaise de Taipei (réveils en sueur durant la nuit, je pense que les Montréalais s’y reconnaîtront), et à mon retour il faisait un correct 28 à Hiroshima.
Or, au lieu de me réjouir, ma seule réflexion fut de me dire « oh, c’est frisquet! ».
Et, comme les Japonais, j’ai ressorti mes manches longues.
(2005/08/30)
J’ai eu une prise de conscience soudaine que je m’ennuyais des parfums. Les Japonais portent très peu de parfum, et l’absence d’odeur diverses me dérange je crois. C’est comme si mon environnement odorifère était désormais réduit à néant. J’ai toujours aimé marcher dans la rue et passer à côté de quelqu’un, homme ou femme, et après quelques pas sentir une odeur.
À la limite, je serais tentée de dire que même les parfums que je n’aime pas, ou les gens qui se mettent trop de parfum, remplissent un certain vide de l’air et que ça les rend utiles, dans un sens.
Je pensais aborder ce sujet le mois passé, lorsque j’ai travaillé pour la conférence ici. J’ai rencontré plusieurs hommes, relativement âgés, de différents pays du Moyen-Orient et je me faisais justement la réflexion qu’il y seulement eux pour porter certaines fragrances, comme celles qui contiennent beaucoup de musc et d’épices. Sur un homme plus jeune, ça a l’air con. Sur un homme autre que du Moyen-Orient ou de l’Afrique, c’est comme si ça ne colle pas. Je ne sais pas si c’est simplement qu’on a des images qui viennent avec certaines odeurs, ou encore, plus probablement car le parfum est un truc complexe, le type de peau et sa chimie s’agencent plus ou moins bien à tel ou tel type d’odeur.
(Et je me disais aussi en même temps que c’était drôle ce contraste : les intellectuels du Moyen-Orient portent généralement le complet et la cravate, même ceux qui ont émigré ailleurs comme j’ai pu le constater, alors que dans nos universités nord-américaines on privilégie vraiment le décontracté… J’aime pourtant leur style, je suis peut-être vieux-jeu.)
Ce billet va vraiment dans tous les sens, m’enfin. J’avais perdu mon idée jusqu’à ce que je fasse un transfert d’avion à Séoul et que je voie toutes ces Asiatiques, Japonaises comprises, se jeter sur les comptoirs de parfums des boutiques hors-taxes (oui oui, telle la misère sur le pauvre monde), et je me demandais sincèrement : pourquoi achètent-elles ces parfums qu’elles ne porteront jamais?
Mon nez est en lock-out obligé.
(2005/09/01)
Une manchette du Taipei Times attirait récemment mon attention.
Une étude américaine sur les perceptions utilisait des sujets chinois et américains. L'exercice étais simple : on montrait des photos et on demandait à la personne ce qu’elle voyait.
Hé bien j’espère que vous ne serez pas surpris de savoir que les Américains et les Chinois ne voient pas la même chose lorsqu’on leut présente une photo. On donnait plusieurs exemples : dans une photo que j'aurais moi-même décrite comme celle d’un poisson (la réponse des Américains), les Chinois commençaient par dire « il y a un cours d’eau, des plantes, des rochers… ». Bref, l’élément principal pour nous ne l'est pas pour les Chinois, ceux-ci faisant plutôt des remarques sur l’environnement complet et les relations entre les éléments.
Je me demande vraiment ce qu’il faut en conclure de tout ça. Dans l'article de Taiwan, plus long, on disait aussi (ce qui ne me surprend pas) que les Chinois-Américains, qui ont grandi aux États-Unis, ont les mêmes perceptions que les Américains, et non pas celles des Chinois. On parlait aussi brièvement des Japonais, pour conclure qu'ils étaient à peu près identiques aux Chinois.
(2005/09/05)
Depuis une semaine environ j'ai droit à un très grand plaisir gustatif: en effet, chose que je n'aurais pas pu imaginer, la région d'Hiroshima est spécialisée dans la production de figues. Or, cette année a dû être bonne parce qu'elles ont inondé tous les supermarchés et marchands de légumes, et sont vendues à un prix dérisoire (je ne parle pas ici à partir du standard japonais: 1 dollar pour un gros paquet de figues fraîches).
Ce que je me régale... Mes déjeuners ont pris une toute autre allure!
(2005/09/05)
Les typhons au Japon n'ont pas de nom, on les numérote plutôt. Et numéro 14 arrive demain, pas de doute là-dessus.
On ne niaise pas avec la puck en prévision d'un typhon (ah, on dirait que plus le temps passe plus j'ai envie d'utiliser tous mes québécismes pour ne pas les oublier... pardon pour l'aparté..). Des 13 précédents, surtout Okinawa a été affectée, mais aussi Tokyo et Osaka il y a deux semaines. Ici, c'est la première fois que nous sommes sur la ligne de front pendant la saison des typhons. L'université est déjà offficiellement fermée pour les deux prochains jours, mon examen d'entrée est remis.
Et il règne toujours un calme étrange avant un typhon (c'était pareil à Taiwan), dû je pense au changement de pression atmosphérique: on entend les insectes qui font un bruit plus intense que d'habitude, et on sent le vent qui prend peu à peu de l'ampleur.
Pour les Japonais c'est clair: on ne sort pas de la maison durant un typhon. On doit mettre du ruban gommé dans les fenêtres en X pour éviter qu'elles éclatent. Et surtout, règle informelle, s'armer de chips, bière et passer au club vidéo.
Allez, numéro 14, je t'attends!
(2005/09/16)
Excusez mon silence, je reviens d'une petite promenade d'une semaine à Kyoto, Nara, Nagoya et l'exposition d'Aichi. Plusieurs billets à suivre, mais pour l'instant je suis à la recherche d'un appart qui:
-ne me coûtera pas la peau des fesses pour un minuscule 6 tatamis
-ne refuse pas les étrangers
-ne possède pas de fenêtre donnant sur un parking, chose apparemment très courante ici...
En attendant de pouvoir vous écrire longuement, je poursuis ma quête aux kit kats, À Kyoto j'ai trouvé celle au chocolat blanc et à l'érable:

Malgré le gros logo méchant rouge, il est clairement indiqué à l'arrière (que je n'ai pas photographié vu que c'était en japonais) que le sirop d'érable utilisé dans cette barre de chocolat provient du Québec...
(2005/09/19)
Trouver un appartement convenable au Japon n’est pas chose facile.
Je n’habite même pas en ville, et les prix sont tellement « relativement » élevés que ça me décourage. Je dis « relativement » parce qu’on m’a fait remarquer que 400 ou 500 dollars américains par mois étaient de plus en plus courants à Montréal. Vrai, mais reste à comparer ce qu’on obtient pour le même montant…
Première étape : les agences de location. Je dois dire que j’ai pris un certain plaisir à aller m’asseoir pour discuter de mes besoins, pour ensuite me faire transporter en auto (assise à l’arrière, l’agent faisant office de chauffeur de taxi) pour visiter ces nombreux apparts, découvrant ainsi des coins de la région que je n’avais jamais vus auparavant. Tout cela sans frais, évidemment, l’agence recevant sa commission seulement après location, et donc chacune s'efforcant à donner le meilleur service possible…
Mais c’est justement cette commission qui est agaçante. Elle équivaut à un mois de location, et s’ajoute aux trois mois de loyers donnés au proprio en dépôt avant d’emménager. Cela fait donc un peu moins de 2000 douleurs américaines à sortir de son portefeuille d’un coup, et on n’a pas encore payé le premier mois, ni rien acheté pour les besoins essentiels de l’appart, soit les frigos, fours, meubles nécessaires…
Heureusement pour toutes les fournitures, les contraintes japonaises font parfois des heureux! Les coûts pour disposer des déchets sont tellement élevés au Japon, surtout pour les gros meubles, qu’on trouve toujours des annonces de meubles, frigos, etc. à vendre pour un prix dérisoire, ou même, assez régulièrement, des listes complètes de choses à donner. Il existe aussi des tonnes de « recycle shop », magasins de deuxième main, qui font que la réutilisation prime vraiment sur le recyclage au Japon, et que des gens comme moi s’évitent d’énormes coûts lors de déménagements.
Mais ce sera mon problème de trouver quelqu’un à qui donner tout ça dans deux ans!
En fait je parle des coûts mais plusieurs choses sont surprenamment pas chères ici : tout ce qui est fait au Japon, en fait. Un frigo neuf se trouve donc pour 200 dollars, une laveuse neuve pour 150 (les formats sont plus petits, bien entendu). Idem pour les autos, et je dois avouer que l’idée de m’en acheter une me trotte dans la tête, vu la faiblesse des transports en commun : les autos japonaises de deuxième main (ici on se débarrasse souvent de son auto après deux-trois ans d’utilisation, donc elles sont presque neuves à nos yeux de nord-américains) s’achètent facilement pour 300-500 dollars, et régulièrement j’en vois à 200. Seul hic? Le prix des assurances, mes amis! Ainsi que les stationnements. Le prix pour passer son permis de conduire est aussi extrêmement élevé : 3000US$. Mais étant canadienne, mon permis est transférable pour 50.
Après une trentaine d’appartements visités, et ce dans quatre agences différentes, j’ai finalement trouvé l’option la moins chère : une maison!
(2005/09/21)
Ceux d'entre vous qui ont vu Lost in translation de Sofia Coppola se rapellent sans aucun doute de l'étrange émission avec un animateur aux cheveux décolorés qui a frappé notre imaginaire à tous, montrant un côté complètement surréaliste du Japon.
Hé bien je suis tombée sur son émission par hasard l'autre soir (oui, c'est un vrai animateur!). Mais le choc, cette fois-ci, c'est que je me suis rendue compte que cette émission était pareille à tellement d'autres sur la télé nipponne, et que j'étais complètement indifférente, immunisée à ce que je percevais comme "étrange" il y a seulement quelques mois.
Décidément, on est en train de m'assimiler... Tant que je ne commence pas à m'habiller comme les Japonaises, ça devrait bien aller.
(2005/09/23)
Par un certain concours de circonstances, j’ai eu l’occasion de voir, depuis que je suis au Japon, les pires bêtises qu’Hollywood ait pu produire.
J’explique immédiatement ces circonstances : ce sont des films que jamais je ne verrais à la maison, ni au cinéma ni en vidéo, mais ici, vu une certaine nostalgie de l’Amérique, il m’est arrivé d’ouvrir la télé et de me dire, en voyant le début d’un mauvais film américain : « ah pourquoi pas, ça pourrait être divertissant, j’ai vraiment trop de préjugés, il est temps de les mettre à l’épreuve »! Aussi, je possède toujours cette pulsion d’analyser la culture, et je trouve que c’est plus facile de le faire à l’étranger. Bref, toutes sortes de belles excuses pour regarder un film poche.
C’est ainsi que, hier soir, je suis tombée sur ce qui se rapproche du pire (je me suis aussi dit ça il y a un mois, mais je me rappelle plus du film...) : j’ai vu Meet Joe Black. De plus en plus intolérable à chaque instant, mais mes instincts masochistes me faisaient en regarder toujours plus : la mort qui s’est emparée du corps de Brad Pitt et qui mange du beurre de pinottes, Brad qui joue le débile profond en société, Brad qui parle en créole…
En fin de compte, je n’ai pas espéré que ça s’améliore dans les cinq dernières minutes, j’ai changé de poste.
(2005/09/25)
Moi qui trouvais l'été insupportable, je me suis réveillée ce matin et il faisait un très respectable 25 degrés. Signe infaillible du début de l'automne, que je me disais. Erreur de ma part, je regarde les prévisions de la semaine et les vents froids sont reliés à Numéro 17, qui se dirige présentement vers Tokyo (mais épargne Hiroshima cette fois-ci). Dans deux jours, retour à 29.
Je sais que je vais regretter avoir écrit ces paroles, mais j'ai hâte qu'il fasse froid!
Au moins, à mon plus grand plaisir, le Japon a quatre saisons et ce que j'ai vu jusqu'ici me laisse croire que les couleurs pourront rivaliser de beauté avec celles du Québec. Enfin, on verra!
(2005/09/25)
Une autre soirée épique dans les karaokés pour tuer le temps, plus de voix ce matin, je peux donc seulement exprimer mes réflexions par écrit...
Il me semble que la grande fracture dont on se rend compte en chantant (à part celle entre Asiatiques, qui prennent le karaoké au sérieux et Occidentaux, qui se saoulent la gueule et n'ont aucune honte à chanter faux), est celle entre les Américains et les Européens. Je pensais avoir imaginé la chose, mais encore une fois hier ça s'est reproduit: les grands succès, peu importe les décennies, semblent ne semblent pas avoir traversé l'Atlantique, mais étonnamment, du Grand Nord jusqu'au sud de l'Argentine, les mêmes chansons sont connues de tous.
Et, inversement, quand les Européens choississent leurs chansons, et qu'ils semblent tous connaître les paroles, les Américains se retrouvent complètement surpris de constater qu'ils n'ont souvent jamais entendu ces "grands succès".
Hé bien, la pop n'est pas aussi universelle que je le pensais.
Mais je pense que je commence à prendre réellement goût au Karaoké...
(2005/10/03)
Voilà, j'ai une nouvelle maison! Ce qui explique mon silence récent, car ça demande pas mal de démarches afin de se faire brancher l'eau, l'électricité, le gaz, et que je suis temporairement sans accès à internet à la maison...
J'ai hérité de la chambre en tatamis puisque c'est moi qui a trouvé la place, bien contente je suis! Et je crois que je vais bien m'entendre avec mes colocs, puisque l'un des premiers achats de déco fut ma suggestion, et leur enthousiasme était presque équivalent au mien... Ainsi on peut désormais retrouver chez-moi ce super porte-papier cul de Godzilla, qui crie à chaque fois que le rouleau tourne! Made in Japan of course! Ah, tout ce qu'on peut trouver dans les magasins de deuxième main!

Vous êtes bien sûr invités à venir constater par vous-mêmes...
(2005/10/05)
Depuis une semaine environ, une odeur extraordinaire se retrouve partout dans la région, et surtout après que le soleil se soit couché. Est-ce qu'elle provient de certaines fleurs qui s’ouvrent dans la noirceur, je n'en sais trop rien, mais je suspecte surtout les champs de riz puisque l’odeur se fait plus prononcée lorsqu'on s’en approche. Toujours est-il que c’est comme une effluve d'abricots, mélangée avec l’humidité ambiante et la mousse.
Chaque soir, on ne veut qu’une chose : aller prendre une très, très longue marche.
Et les feuilles des arbres commencent tranquillement à virer au rouge...
(2005/10/05)
Une tradition japonaise, qui se perd évidemment, surtout dans les grandes villes, veut que le nouvel arrivant d’un logement fasse cuire des nouilles soba et les amène à ses voisins comme cadeau, cela en se présentant.
Pas encore osé, je trouve cela délicat de faire de la bouffe japonaise pour les Japonais..
(2005/10/10)
Ça doit bien faire six ou sept ans que je n’avais pas vu la couleur naturelle de mes cheveux, et le changement s’est fait graduellement : c’est à Taiwan que j’ai fait couper les derniers bouts de repousse plus foncée. Me voyant chaque jour dans le miroir, je n’avais pas vraiment fait de différence, mais on a commencé à m’appeler « blondie », une fois, deux fois… une autre fois on parlait du sort malheureux des roux et quelqu’un, trouvant que je prenais la question un peu trop à cœur, me dit « oui mais toi t’es pas vraiment rousse de toute façon! ».
Hier, j’ai demandé à mes colocs, unilingues d’Angleterre, quelle était la couleur de mes cheveux. En plus je me dis que je peux leur faire confiance question couleur, les deux sont en design graphique. Sans aucune hésitation, et d’une même voix, ils ont répondu « strawberry blonde ».
J’avais jamais entendu cette expression. Ma mauvaise traduction française imagine une drôle de couleur. Je dois vraiment me trouver un salon de coiffure pour changer ça.
(2005/10/12)
Pour la première fois, je vis à proximité l'importance du Ramadan. Entourée d'Indonésiens, de Kazakhs, d'Égyptiens, je vois tous ces gens, hommes et femmes, qui ne mangent ni ne boivent (chose que je ne savais pas, même pas d'eau) rien du lever au coucher du soleil, et franchement je trouve ça assez impressionnant comme détermination.
Surtout dans un pays étranger, où les choses ne vont pas plus lentement durant ce mois-là.
(2005/10/17)
... où on est complètement crevé. On prend le train pour rentrer chez-soi, après une journée de randonnée de vélo assez intense, et sur le quai de gare, on s'achète un thé pour se requinquer un peu. On boit tranquillement, l'esprit un peu dans les vapes, et soudain en retournant la tasse de papier on aperçoit un truc inimaginable ailleurs

et on se prend à sourire, heureux d'habiter ce pays surréel.
(oui oui, en tournant la tasse on voit les pas de danse)
(2005/10/17)
On m’a posé une question fort intéressante mais en même temps des plus difficiles à répondre : quelles sont les différences dans l’apprentissage du chinois et du japonais, quelle langue est la plus facile à apprendre et pourquoi?
Sujet complexe, et comme ça fait quelques années déjà que je n’ai plus étudié le mandarin formellement, j’essaie de répondre de mémoire.
Commençons par dire que toutes mes réflexions sont reliées au fait d’avoir le français comme langue maternelle, car comme je le constate à chaque fois, c’est notre langue maternelle qui nous aide ou nous handicape dans l’apprentissage de langues subséquentes, bref, c’est elle qui pose certaines structures, et ensuite il y a la persévérance, le talent et l’oreille, qui appartiennent à chaque individu.
Ceci étant dit, pour moi, bien entendu, la prononciation japonaise est plus facile que celle du mandarin. Les tons de la langue chinoise sont certainement le plus grand défi, car ils nous obligent à entendre des distinctions sonores que l’on ne fait pas a priori. Par opposition, la grammaire chinoise est d’une simplicité relative, surtout comparée à la complexité du japonais. Elle est beaucoup moins stricte, on peut déplacer l’ordre des mots plus facilement, et on n’a pas besoin d’accorder quoi que ce soit : objet, verbe, sujet. Par exemple, pour parler au passé on ajoute une particule de temps.
Quant au japonais, je ne veux pas répéter mes nombreuses plaintes contre les niveaux de politesse, auxquels je ne suis qu’au début même, mais je dois rappeler que l’un des plus grands défis aux niveaux les plus avancés (c’est ce qu’on me raconte, je suis loin d’être là!) est que souvent les Japonais, ces êtres pleins de subtilité, ne terminent pas leurs phrases et laissent à l’interlocuteur le soin de deviner le reste de la pensée de son émetteur. Ce qui peut fonctionner entre Japonais, mais s’avère beaucoup plus ardu quand on a affaire à des étrangers!
Encore pour balancer les choses, le lexique japonais est vraiment plus facile à apprendre/retenir que celui du chinois, à cause de tous ses emprunts à l’anglais, au français et, (heureux pour moi!) au chinois. Le Japonais avec son alphabet réservé aux mots étrangers, le katakana, permet déjà, au premier abord, de voir qu’un mot est emprunté, mais aussi tente de trouver le son japonais le plus ressemblant du mot en question. Alors que du côté du chinois, on tente aussi de trouver le son le plus proche, mais ceux-ci sont déjà pas mal plus éloignés, et par ailleurs les mots ne sont pas écrits dans un alphabet comme le katakana mais sont écrits en caractères chinois réguliers, ce qui fait que quand on ne sait pas comment lire le caractère il est impossible de deviner le sens du mot.
J'aimerais rajouter un côté analyse psychologique à cette évaluation. De manière générale, les Chinois sont fiers de leur civilisation, culture et langue, et trouvent donc normal que même des étrangers veuillent s'y intégrer en apprenant le chinois. Dans leurs contacts avec moi donc, j'ai toujours senti (et je ressens toujours) ce désir de m'aider à apprendre le mandarin. Ici cepandant (mais je pense aussi que c'est une question de contexte), il me semble toujours exister une ambiguïté chez les Japonais qui veulent parler anglais -et lui empruntent tellement, au lieu de créer leurs propres néologismes- et ne semblent pas trouver si "nécessaire" qu'une étrangère comme moi améliore vraiment son japonais. Ce qui ramène évidemment au sujet de l'intégration des immigrants, vaste sujet...
Ouf… je dresse cette liste avec tout ce qui me passe par la tête, mais je devrai revenir avec des parties ultérieures, à mesure que je progresse en japonais! À suivre, donc.
(2005/10/18)
Ah ben là je suis impressionnée.

La couleur finale est rose et le goût.. ma foi.... ça goûte vraiment le vin, pour le meilleur et pour le pire!
(2005/10/19)
La fraîcheur de l'automne annonce au Japon le retour de la saison des sièges de toilettes chauffants.
Le bonheur est parfois fait de choses si simples...
(2005/10/29)
Comment ai-je pu oublier de le mentionner? À l’endroit où j’habite a lieu chaque octobre un grand festival du saké, qui rassemble des producteurs de partout au pays. Y ai assisté, ai bien bu, ai vu bien des Japonais couchés près de leur vomi, un week-end de plaisir, bref!
Et pour une fois qu’il se passe quelque chose dans mon quartier…
(2005/10/31)
Un des grands plaisirs, des grandes redécouvertes devrais-je dire, depuis que je suis ici, est d’avoir repris les rênes de mon vélo, et à temps plein cette fois-ci.
Je veux dire, ce n'est pas seulement le vélo de plaisir, c'est le vélo moyen de transport. La structure métallique comme continuité des jambes.
Entre 40 et 60 minutes par jour pour aller à l’université (entre 8 et 10 kilomètres par jour, dépendamment de mes activités), parfois de grandes randonnées pendant le week-end dans la campagne nipponne, les seuls jours où je ne l’utilise pas je me sens des fourmis dans les jambes.
Et souvent le plus grand plaisir de ma journée est le retour à la maison: traverser les champs de riz, à la queue leu leu avec tous les étudiants japonais qui font de même, et le merveilleux soleil couchant, spécialement beau dans ce pays (malgré le surnom de pays du soleil levant, le coucher est vraiment plus remarquable). Vous imaginez la Chine ou le Vietnam, hé bien je me dis c'est peut-être l'Asie? Même la manière de faire du vélo n'est pas la même, elle ressemble à celle des Africains, dans le sens où on ne va pas vraiment vite, mais régulièrement. L'apparence des bicyclettes diffère aussi, pour nous même les vélos des étudiants ressemblent à ceux de grand-pères (s'il existe une telle chose qu'un vélo de grand-père ailleurs que dans mon imaginaire): des grosses structures métalliques, des sièges larges...
Mais je ne peux pas m'empêcher de dépasser tout le temps. Mauvaise fille occidentale qui aime la vitesse!
(2005/11/07)
C'est drôle aussi qu'on associe toujours l'Asie au riz, car en fait, et peut-être même plus au Japon qu'ailleurs, ce sont les nouilles qui sont la source des spécialités régionales culinaires les plus intéressantes, et elles sont aussi particulièrement associées au "comfort food".
D'ailleurs, pour ceux qui ne le savent pas encore, ce n'est pas l'Italie qui a inventé les nouilles, mais bien la Chine! Fait dont les Chinois sont fiers, et conscients, au même titre que l'invention de la poudre à canon. J'ai comme l'impression qu'on le leur apprend à l'école...
(2005/11/09)
Je n'ai pas lu le livre d'Amélie Nothomb sur la beauté avant de partir et maintenant je le regrette: est-ce qu'elle y parle de la vision japonaise de la chose?
Évidemment parmi toutes les observations et réflexions possibles dans un autre milieu, la beauté est un thème très intéressant. Déjà, une des premières choses remarquables en Asie (pas juste au Japon) est le nombre de couples blanc-asiatique dans lequel la fille est très belle, et le gars, selon "nos" standards, ma foi très ordinaire. Ceci est peut-être encore plus vrai au Japon qu'ailleurs. Alors de deux choses l'une (mais peut-être aussi les deux?): soit le gars est considéré comme très beau, soit la fille est localement pas considérée comme très belle. Mais quelques sondages informels auprès de filles japonaises de mon âge m'ont appris que les hommes blancs sont, presque par essence, "beaux". Le côté exotique j'imagine, autant les hommes blancs pensent que toutes les femmes asiatiques sont belles... (et généralement se disent très déçus en arrivant ici!).
Une des choses souvent mentionnées, et vous n'avez qu'à penser aux Mangas pour imaginer, est que les blancs sont beaux parce qu'ils ont de "gros yeux". Bon, je pourrais dire "grands", mais on me dit "big eyes", et quand je pense aux yeux disproportionnés des images de mangas je ne peux que me dire qu'il s'agit de gros plutôt que de grands. Autrement dit, les yeux bridés n'ont pas la cote...
Et les hommes Chinois ou Viets que je côtoie ici m'ont dit la même chose. Même vont jusqu'à dire que les Japonaises sont moins belles que par exemple les Coréennes parce que leurs yeux sont trop petits, trop allongés.
***
Dans un autre ordre d'idée maintenant, une fille du Kenya hier m'a sorti à brûle-pourpoint: "I like your nose!". Et moi de lui demander pourquoi. Alors elle baisse la voix, vu la présence d'un Roumain (Caucasien) pas très loin: "ton nez est petit, mais d'habitude les nez des Blancs -elle pointe le Roumain- sont très grands. Alors tu as un beau nez, voilà!".
Je savais que les Asiatiques traitaient les Blancs de Gros Nez, mais les Africains aussi?
(2005/11/09)
Une petite brève: j'ai enfin mis la main sur un catalogue de maquillage pour homme. Qui présente les produits, la façon de s'appliquer du fond de teint, de mettre le crayon à yeux et de faire une belle ligne de sourcil.
Je le conserverai précieusement.
(2005/11/09)
Gros titre ce matin: "Death toll rising among secretive mushroom hunters".
On apprend dans l'article que, de plus en plus et en particulier cette année: "More people have died picking mushrooms than have died mountaineering". Les cueilleurs de champignons nippons, afin de conserver leurs meilleurs endroits secrets, ne disent même pas à leur famille à quel endroit ils vont pour le week-end, disparaissent et souvent ne reviennent pas.
Et moi qui pensait que le Japon était un endroit sécuritaire...
(2005/11/09)
Cela faisait quelques années que je n'étais pas partie du Québec pour une aussi longue période de temps et je me rends bien compte que les changements technologiques rendent la vie plus facile aux expatriés.
Moins de sentiments de déconnection avec la maison, tout cela grâce à de nouvelles innovations. D'une part on peut désormais télécharger la majorité des émissions de télé québécoises (ou autres, selon les goûts) -j'ai donc le plaisir de regarder Infoman chaque semaine pour me bidonner un brin, mais plus récemment encore, c'est la balado-diffusion, ou "podcast", qui a vraiment changé ma vie.
Bon, depuis plusieurs mois déjà je téléchargeais l'excellente émission de CBC qui présente les nouveaux groupes du paysage musical, aussi quelques podcasts de Montréal, de diverse qualité, mais enfin (mieux vaut tard que jamais!) Radio-Canada a commencé à mettre en ligne certains bulletins de nouvelles, l'émission de Bazzo, ainsi que les "meilleurs moments" de la Première Chaîne.
Ainsi, soit sur mon vélo (car les écouteurs en vélo sont très répandus et pas du tout interdits ici), soit le matin en déjeunant, j'écoute tout ça et vraiment, je découvre que j'ai une toute autre perspective que quand je suis chez-moi. D'où cette nouvelle catégorie de mon blogue, qui me trottait dans l'esprit depuis quelque temps déjà...
(2005/11/14)
La prononciation de mon nom d'habitude ne pose pas de problème aux Japonais. Ici je me nomme quelque chose comme "Jury", prononcé à l'anglaise, puisque le son japonais est entre le L et le R.
Ce qui ne m'a pas empêchée de me faire apeller "Jelly" à répétition par l